Les plats « signature » de la cuisine espagnole par Sergio Coimbra

La cuisine tecno-emocional  semble avoir porté à son comble la tendance décorative des assiettes servies dans les restaurants étoilés.  Sergio Coimbra nous emporte dans cet univers qui bouscule nos références visuelles et gustatives

Sergio Coimbra, gagnant en 2012 du prestigieux « The Gourmand Cookbook Award » et créateur d’un studio photographique est connu et reconnu pour son sens de la mise en scène simple et spectaculaire. Avec un talent affirmé, l’homme vient de réaliser une série d’images sur les plats « signature » des chefs espagnols qui comptent.

Fils d’un producteur de café, homme d’affaires, passionné de voyage et de cuisine, Sergio Coimbra a crée un lieu unique au Brésil. Un studio photo conçu à la fois comme une galerie, un lieu de recherche gastronomique et un endroit où les chefs réalise des performances culinaires pour un public choisi. Les chefs invités semblent amusés et surtout étonnés de trouver un lieu où ils peuvent créer des plats en dehors de toutes contraintes, juste pour la photo. Mais le photographe discute avec les chefs, les regarde travailler. Il veut saisir, selon ses dires, « l’âme du cuisinier ».

Le résultat est stupéfiant. Il nous entraine hors du champ traditionnel de la photo culinaire. Pas vraiment d’assiette, de couverts, pas de rappel à une quelconque convivialité, on est très loin des magazines culinaires, ces plats ne sont pas faits pour être consommés mais pour être regardés. Ils ne donnent pas envie, n’ouvrent pas l’appétit. En revanche, ils intriguent. Le spectateur tente de comprendre, de savoir. Est-ce un plat, un dessert, est-ce sucré, salé, liquide, solide ? L’absence de profondeur, d’horizontalité renforce le questionnement.

Normalement la photo culinaire ne doit pas laisser place à de telles interrogations. De même, le spectateur ou le lecteur doit pouvoir imaginer refaire le plat photographié. Là encore, le travail de Sergio Coimbra se singularise pleinement : point de reproduction possible.

Sergio Coimbra ne nous donne aucune indication, ni titre, ni nom d’ingrédients. Seul le nom du chef est signalé comme s’il s’agissait d’un portrait. Une belle signature.

Stéphane Dubreil

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  • Serait-il possible de connaitre les noms des chefs dont les « portraits » sont reproduits ici ?

    La première photo ressemble un peu trop aux « clichés » de la cuisine moderniste, à mon goût (et je ne serais pas étonné qu’elle déclenche une belle salve de commentaires sur les additifs etc…). La deuxième est kitch, me fait penser à du Jean-Paul Goude. Par contre l’avant dernière est magnifique, étrange, on dirait ces fausses photographies « spirites » de la fin du 19e siècle, et la dernière image me paraît très appétissante, contrairement à ce que vous écrivez.

    Merci pour cet article, je vais me pencher sur ce Sergio Coimbra !

    • cher Thomas, si question, vraie ou fausse, il y a, ce n’est pas tout à fait celle-ci. Cet article ne parle pas de la manière dont on fait cette cuisine mais de la manière dont le photographe la représente. A ma connaissance, aucune photo de Sergio Coimbra n’a jamais rendu malade personne :-)))))

    • c’est un photographe très intéressant qui renouvelle de façon assez radicale la mise en scène photographique de la cuisine. Son travail est effectivement truffé de références à d’autres arts visuels mais résonne/raisonne aussi avec les images scientifiques microscopiques ou astronomiques.

  • la vraie question est celle ci: est ce que ces plats filent une bonne chiasse carabinée comme à el bulli, au noma ou chez blumenthal, c’est vrai non??

  • On va finir par croire que je suis un savant fou ne mangeant que ce qui sort d’éprouvettes et de centrifugeuses… pourtant je vous assure, j’adore le bœuf bourguignon, la salade caprese, et mordre dans une bonne pêche bien juteuse…

    Mais je me sens tout de même obligé de réagir lorsque je vois des commentaires comme celui de Thomas.

    Donc pour rappel :
    – El Bulli n’a rendu malade que quelques mauvaises langues (aucun fait avéré).
    – The Fat Duck a rendu malade une trentaine de personnes à cause de leur fournisseur d’huîtres, et non pas à cause de leur cuisine moderniste. Suite à l’annonce qu’ils rembourseraient ou offriraient un dîner aux personnes malades, pouf, tout d’un coup le nombre de malades à décuplé…
    – Noma a rendu malade quelques dîneurs à cause de la propagation d’un « norovirus », qui venait d’un des cuisiniers.

    Est-ce excusable ? Non. Mais il n’est pas non plus excusable de les pointer du doigt en créant de faux liens entre cuisine moderniste et maladie, alors que ces cas auraient très bien pu arriver dans n’importe quel resto traditionnel (et ça arrive d’ailleurs sûrement souvent… mais la presse semble moins intéressée par la chiasse du coq au vin…).

  • Je vis en Espagne et je peux vous dire que les tendances de la jeune cuisine moderne (David Muñoz, Ángel León qui était à l’Omnivore, Ricard Camarena,Paco Morales, Dani García, Jordi Cruz, Jordi Vilà…), héritière de la « vanguardia », ne vont pas dans ce sens. Recherher une esthétique dans les plats est légitime, mais la beauté de la cuisine est surtout « intérieure », et se révèle dans la bouche.
    Ces photos sont d’une froideur…

  • Il me semble que l’essentiel est annoncé dans l’article : ces plats sont faits pour être regardés et non pas pour ouvrir l’appétit. Dès lors, pourquoi palabrer sur la cuisine de tel ou tel chef, cela me paraît hors sujet.
    Pour ma part, je prends ces photos comme des oeuvres d’art à part entière ; d’ailleurs,la première peut évoquer la palette d’un peintre, renforçant ainsi le lien entre art et photographie.

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