Appellation « fait maison » : et si le client (se) faisait la belle ?

Les députés ont voté le 27 juin dernier le principe d’une appellation « fait maison » obligatoire pour les restaurants. Si les détails seront précisés dans les décrets d’application, cette initiative appelle déjà nombreuses remarques, notamment sur le rôle que l’on demande au client de tenir.

Cette initiative parlementaire repose sur une volonté de transparence, elle-même guidée par le sacro-saint devoir d’information du consommateur. L’axiome est simple : celui qui sait agit forcément mieux. Sauf qu’aujourd’hui on ne demande pas seulement au client de s’informer pour faire le meilleur choix personnel, on exige de lui qu’il se comporte en acteur responsable pour le bien de la société.

La différence est de taille. Là où hier le choix de son restaurant relevait d’une multitude de choix privés et subjectifs – bouche à oreille, guide gastronomique, article de presse, etc. -, la bien-pensance actuelle nous pousse à faire nos choix alimentaires selon des critères sociétaux, donc politiques.

N’ayant peur de rien, ni de la surabondance des labels, ni des exigences de notre temps – bio, locavorisme, saisonnalité, etc. -, les contempteurs de la mauvaise restauration souhaitent aller plus loin encore. Certains voudraient ainsi que l’on indique le pays d’origine de la viande, que l’on écrive noir sur blanc si le plat a été préparé totalement sur place ou un petit peu seulement, voire indiquer si le produit a été congelé. A suivre ces donneurs de leçons, nos cartes de restaurants devraient s’enrichir rapidement d’un glossaire et d’une grille de notation  pour juger du degré d’acceptation sociale du repas.

Sauf que, sur le terrain, pointent déjà des réactions épidermiques face à cette moralisation de notre alimentation. Aux États-Unis, des vidéos montrant l’opposition d’étudiants face à des repas parfaitement calibrés ont été vues des millions de fois. En France, des étudiants ont également réagi dans l’Académie d’Aix-Marseille après la suppression du pain… non bio. Les étudiants ont exprimé leur envie d’avoir le choix de leur alimentation.

Quel intérêt pour le client qui, une fois son séant posé au restaurant, entend juste se faire plaisir et certainement pas se trouver face à des questions qu’il ne se pose parfois même pas en faisant ses courses ? Manger hors domicile ne doit pas devenir un référendum permanent sur l’état de nos mœurs alimentaires. Le danger de l’abstention guetterait alors et l’effet serait inverse à celui désiré. Le fait maison se ferait alors… à la maison et le client du restaurant n’aurait plus qu’à se faire la belle.

Franck Pinay-Rabaroust

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