La Croatie ressuscite son vignoble

Vin Croatie

La Croatie n’a pas attendu d’entrer dans l’Union européenne pour réaffirmer sa tradition viticole. Depuis quinze ans, après le communisme, la guerre et le phylloxera, le pays valorise à nouveau les trésors de son terroir, qui compte quelques 300 cépages. Malgré la concurrence de ses voisins des Balkans et la proximité de la France et de l’Italie, les deux premiers producteurs mondiaux, quatre cépages y connaissent un renouveau remarquable.

De la terre rouge de la région d’Istrie, tout à l’ouest du pays, poussent des vignes qui font la fierté des exploitants. Le teran donne un puissant vin rouge qu’il n’y a pas si longtemps encore, les Croates buvaient au petit-déjeuner avant le travail aux champs. Une forte teneur en alcool (rarement inférieure à 14%) et une juste acidité, rafraîchissante avec les goulasch locaux et les jambons d’Istrie, constituent ses principales caractéristiques.

S’il n’est pas exclusivement croate, puisqu’il pousse aussi en Istrie slovène (les Slovènes sont d’ailleurs en négociation pour protéger l’appellation dans leur seul pays), le teran est caractéristique du terroir. « Plus représentatif de la Croatie que de la Slovénie, estime Dimitri Brecevic, vigneron franco-croate. Comme Bordeaux a son merlot et son cabernet sauvignon, comme la Bourgogne a son pinot noir, l’Istrie a le teran. C’est le vin qui s’y adapte le mieux. »

Vigne en Croatie
Paysage croate

Le berceau des vins émergents ?

Installé au nord de l’Istrie il y a quinze ans après avoir grandi dans les vignes bordelaises, Dimitri Brecevic vinifie aussi un autre cépage autochtone et emblématique de la région, le blanc malvazija, plus léger que le teran, héritage de l’Empire grec que l’on retrouve sur l’ensemble du bassin méditerranéen. Mais d’autres cépages retrouvent des parentés beaucoup plus loin sur la planète. À commencer par le gravesina, cultivé plus au nord du pays et apparenté au riesling. En Dalmatie, sur le littoral adriatique, au-dessous de l’Istrie, on trouve le mali plavac, un cépage cousin du zinfandel. Le mali plavac s’est d’ailleurs fait un nom sur la Côte Ouest et ailleurs aux Etats-Unis. Il fait partie des vins croates qui s’exportent le mieux. « On n’est sûr de rien, mais après les analyses ADN qui ont conclu à la parenté des deux cépages, il y a des raisons de croire que le mali plavac fut importé par des migrants croates, et que le zinfandel vient de là », raconte Dimitri Brecevic. En Nouvelle-Zélande, le musée de Wellington expose l’histoire de la famille Babich, des vignerons croates installés dans la capitale au début du XXe siècle. Si le musée ne fait pas mention de pieds de vigne, il retient l’importation du savoir-faire familial.

Le marché français étanche au vin croate

La France, premier producteur de vin, importe très peu de vins en provenance de la Croatie, qui se classe 20e sur le marché mondial, et en très faibles quantités. Le réseau existant est familial et discret. Dimitri Brecevic exporte quant à lui son vin en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, et est entré en pourparlers avec l’Italie. « J’aimerais que les Français ou en tous cas, une partie des gens qui s’intéressent aux vins, explorent davantage le terroir croate », affirme-t-il. Pour le goûter, le plus sûr reste de se rendre sur place, à la faveur d’un été.

Kim Levy

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