Conflit de canards

presse gastronomie

La presse gastronomique entame sa mue. Et nul doute que certains y laisseront leur peau. Car au-delà de la profusion des titres se cachent quelques réalités à l’amertume marquée.

Le constat est là : Régal et Saveurs perdent chaque année des lecteurs, l’Hôtellerie-Restauration s’écroule doucement, le très parisien Grand Seigneur rame pour boucler chaque numéro, et ce ne sont que quelques exemples symptomatiques. Les titres les plus engagés, à l’instar de GMag, stagnent avec des tirages confidentiels tandis la pratique de l’article sponsorisé – parfois non indiqué alors que cela est obligatoire – se multiplie lourdement. Cela fait plaisir à celui qui paie la publicité déguisée et ça réduit les coûts. Quant à la presse généraliste, elle est séduite par le sujet de la gastronomie mais sans trop savoir par quel bout l’attraper. Après les hors-séries, comme celui du Monde ou de Géo cet été – le Nouvel Obs hésite depuis longtemps à se lancer. Mais, pour l’instant, les caprices du marché publicitaire douchent les ambitions.

timthumb-2Forcément, de nouvelles parutions cherchent à réinventer le genre et occuper le terrain. Il se murmure que le groupe Alain Ducasse se tournerait vers la presse en reprenant le magazine Thuriès. Ce que le groupe de l’homme d’affaires dément. Récemment, outre le très classique Arts & Gastronomie, la revue 180° a surfé sur le succès des « mook ». Avec un certain talent, elle a fait entrer le thème de la cuisine dans un format éditorial encore inédit pour elle. Mais 180° a marqué ses limites dans la rupture des codes en laissant la part belle aux recettes. Avant la fin de l’année, de nouveaux titres sont attendus. Romain Jubert et son équipe vont lancer le magazine Hardi avec un positionnement plutôt masculin (une des nouvelles tendances de la presse gastronomique). Ils ne seront pas les seuls avec de nouvelles parutions, notamment dans le domaine très tendance de la pâtisserie.

En cuisine plus qu’ailleurs, on sait que quantité n’est pas synonyme de qualité. Si le petit écran tirent ses marrons du feu grâce à la téléréalité, la presse ne peut s’exonérer de revoir son économie de près : chaque année les points de vente diminuent (moins de 27 000 kiosques ; plusieurs milliers disparaissent chaque année), le marché publicitaire est imprévisible et le web va prendre une place de plus en plus importante. Selon l’institut GfK, les Français devraient acheter près de six millions de tablettes tactiles en 2013, soit une augmentation de 60% par rapport à l’an dernier. Comme le rappelle un récent dossier du magazine Télérama, la crise n’est pas tant celle de la lecture que celle du livre et de l’écrit.

Il n’y aura probablement pas de miracle dans la presse gastronomique. Oui, la cuisine est le sujet du moment mais elle n’est pas une poule aux œufs d’or. Elle n’échappe en rien aux contraintes grandissantes de la presse, entre un marché publicitaire imprévisible, la chute des points de vente et la crise de l’écrit. Surtout, cette presse spécialisée souffre d’un terrible paradoxe. Proposer un positionnement éditorial marqué et de qualité – Gmag, Grand Seigneur – ne suffit pas pour trouver son lectorat. Au pays de la gastronomie, il semble bien difficile d’échapper au contenu consensuel (les recettes) ou sensationnel (les scandales alimentaires) – pour gagner des parts de marché. La presse gastronomique a entamé sa mue. Mais il reste encore du chemin à faire avant que ne se profile une offre réellement diverse, pour tous les goûts.

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Dans le cadre de la Fête de la Gastronomie, un débat aura lieu le vendredi 20 septembre à l’école Ferrandi sur le discours gastronomique – Intervenants : François-Régis Gaudry, Yves Camdeborde, Franck Pinay-Rabaroust. Débat animé par Laurent Séminel

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