Moi, je ne sais pas dire j’aime pas

service salle

L’art du service en salle est un savant mélange de traditions et de savoir-faire. De personnalité et de spontanéité. Est-ce un manuel ou un penchant naturel qui dicte au serveur cette petite phrase apparemment si anodine, si affable qu’elle semble se fondre dans le ballet des gestes ? Quelques mots presque aussi banals que le sempiternel « comment allez-vous ? » qui n’appelle le plus souvent guère de réponse. A table, cette politesse d’usage s’intercale entre les plats. « Cela vous a plu ? », « tout s’est bien passé ? », « c’était bon ? ».

Je ne sais pas répondre à cela. Ou plutôt je ne me vois pas répondre autrement que par un sourire convenu et une formule tout faite. « C’était parfait », « très bien, merci », « excellent ». Heureusement, la plupart du temps, j’exprime là ma franche satisfaction. Mais il arrive qu’une assiette me déçoive. Que je la trouve ratée. Ou simplement pas extraordinaire. Sauf que je ne sais pas dire j’aime pas. J’imagine aussitôt l’embarras du serveur, la curiosité de la table d’à côté, la question suivante, le service qui soudain se fige, le chef qu’on informe. Une réaction en chaîne dont on ne mesure ni l’issue, ni les conséquences. Alors je l’avoue, j’ai la faiblesse de me retrancher parfois derrière une réponse de circonstance. Ainsi le service est sauf, le chef serein. Je suis une cliente modèle.

Mais aussi, j’aime à penser que si un plat n’a pas brillé, le suivant peut-être m’éblouira. Je lui laisse sa chance, au cuisinier. Demande-t-on son avis au spectateur à l’entracte ? Et quand bien même le rideau est tombé et le dernier plat emporté, je plaide pour qu’on me laisse méditer autant que digérer. Et exprimer plus tard, ailleurs qu’à table, cet indicible « je n’ai pas aimé ».

Marie-Laure Fréchet

VISUEL DOSSIER SALLE

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  • Moi je sais, le plus souvent… J’ai fait beaucoup de progrès en la matière ! Maintenant, je donne mon avis, que j’ai adoré, bien aimé ou que j’ai des remarques moins positives à faire, alors, j’essaie de le faire avec délicatesse. Bien sûr, c’est subjectif mais je trouve que cela peut permettre au restaurant de prendre conscience et d’améliorer d’éventuels défauts des plats, surtout si plusieurs personnes font la même remarque.

  • Combien cet article est vrai…d’un point de vu ou d’un autre…il est systématique dans notre établissement de s’enquérir de la satisfaction du client…mais quelle marge de manœuvre ce dernier à t’il ? Il arrive que je sente que le très bien ne soit pas des plus sincères…alors je me permets d’insister : avez vous réellement apprécié ce plat ? Y a t’il un problème que vous souhaitez me soumettre ? Il arrive qu’un client vous précise que bien que le magret était cuit comme il le fallait : rosé, pour elle c’était trop… Elle l’aime particulièrement rosé ??? Pourquoi ne pas avoir précisé ce désir au moment de la commande ? Un magret se sert rosé, mais si certains l’aiment bien cuit ou très rosé c’est tout de même bien d’en faire la demande …certains ne savent guère que répondre :  » cela a été ? » Oui cela a été …et lorsque inquiet vous insistez pour savoir si il y a le moindre mécontentement, il répond :  » oh non tout était parfait,  » heureusement au fil du repas les clients se détendent…et viennent caustiques et volubiles…cela crée du lien et permet de découvrir tout un tas d’attentes parallèles aux notions gustatives… 🙂

  • Ma compagne d’origine chinoise m’a traduit ce qui ce dit en Chinois : « Je ne sais pas l’apprécier ». Ceci permet simplement de dire que notre palais, habitudes, gout ne nous permet pas d’apprécier le plat à sa juste valeur, ainsi l’on peut exprimer le fait que le plat ne nous a pas convenu tout en admettant qu’il est parfaitement cuisiné et que la personne l’ayant préparé n’a pas à se sentir blessée.

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