Drôles d’oiseaux, de Manuel Lauti : les abysses végétales révélées

Manuel Lauti fait partie de la corporation peu nombreuse des cuisiniers-photographes. Loin de s’arrêter à la photographie culinaire, ce photographe français explore et découvre des mondes inconnus.

Son parcours est intéressant. Cuisinier professionnel, après des passages chez Ganier, Le Divellec, Passard, Robuchon, il reçoit en même temps une solide formation à l’Ecole Estienne qui lui ouvre le regard sur la création photographique contemporaine. Le grand Robert Doisneau l’encourage même à continuer.

Noix de coco
Noix de coco

Il mène de front deux carrières, professeur de cuisine dans l’enseignement spécialisé, Manuel réalise aussi des reportages pour la presse, des portraits pour l’édition. A côté des ces travaux de commandes, il développe une vision personnelle des choses. Sa série Drôles d’oiseaux matérialise sa curiosité et sa fascination devant les promesses poétiques du quotidien. Les légumes le passionnent, il aime les cuisiner, les acheter, les photographier. Mais de nombreux photographes ont déjà travailler ce motif, comment renouveler le genre ?

Manuel Lauti a choisi de transfigurer le végétal en le photographiant au fond du sac de course. De cet endroit, finalement peu connu, il fait tour à tour, grâce à de savants jeux de lumière, un pays de merveille, une forêt hantée, un laboratoire expérimental. Le légume semble être découvert « au travers la vitre du casque d’un spéléologue », il devient une bête, une algue monstrueuse surgissant « de Vingt Mille lieux sous les mers qui est un souvenir de lecture très puissant. Ma photographie cherche à emporter le spectateur dans le merveilleux, ce merveilleux que je trouve sur les étals des marchés ».

Les photos jouent sur la perspective, la profondeur. Où est le haut, où est le bas ? « Le projet Drôles d’oiseaux rend visible l’ordinaire, extra ordinaire. Je cherche à sensibiliser ce qui reste de fragile et de beau entre inquiétude et émerveillement ». A première vue difficile de reconnaître la chose photographiée, il faut s’y pencher, lire la légende puis retrouver un détail qui fait sens et rappelle enfin une forme connue.

Passer un moment avec les Drôles d’oiseaux de Manuel Lauti, c’est faire une expérience qui empêche pendant quelques temps de manger des légumes. Comment griller une châtaigne ou briser une noix de coco après l’avoir pris pour un petit animal sous marin ?

Stéphane Dubreil

Lien vers le site de Manuel Lauti

(photo de Une – Bogue de marron)

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