Top chef : le savoureux bestiaire !

Top chef, onzième ou douzième semaine, enfin quand on aime on ne compte pas… Mais, disons-le, difficile de rester la soirée entière devant son écran de télévision, tant l’émission tient plus du sanatorium que du concours survolté. Pourtant, j’y suis chaque lundi et, grâce à une ado de 15 ans, j’ai compris où et comment Top chef pouvait devenir intéressant. Pour cela, la recette est simple à défaut d’être digeste : il faut lire la presse people et regarder sans en abuser les Anges de la téléréalité. Si chacun se doute que les candidats cuisiniers ont été soigneusement choisis, sélectionnés pour leur ADN télévisuel, l’indulgence l’emporte d’abord. « Eux au moins, ils savent faire quelque chose. Ce ne sont pas des bombasses siliconées ou des crétins tatoués. Même s’ils perdent, ils pourront toujours travailler quelque part, ils ne retourneront pas dans leur néant quotidien. » me disait-elle, sûre de son fait. Et c’est vrai ! D’autant que certains pourront toujours (re)faire de la télé, voire même devenir tête de gondole étoilée. D’autres plus prestigieux l’ont bien été avant. La télé reste une machine à recycler ceux l’ont bien servi.

Pourquoi donc parler ici de presse people ? Parce que Top Chef est traité exactement de la même façon que n’importe quelle émission racontant les aventures d’improbables Marseillais à Rio. Rien sur la cuisine mais tout sur les détails des relations entre les candidats, les bruits, les rumeurs et de l’émotion, surtout de l’émotion. Rien ne différencie les deux émissions : « On met des gens dans un bocal, on agite, on leur donne des contraintes et on filme en espérant que ça se frite, que ça pleure… Aujourd’hui, c’est la cuisine, les Marseillais, les Chtis, si demain les plombiers deviennent sexy, on fera un Top Plombier et on renverra les cuistots aux fourneaux, les vrais. On aura aucun état d’âme et on tiendra un beau discours sur l’histoire de la plomberie française et son importance culturelle qu’il faut préserver et transmettre.» raconte un journaliste travaillant pour cette fameuse presse people.

Comprendre Top chef grâce aux Anges de la téléréalité s’impose donc comme une évidence. La production crée un microcosme dont la composition doit produire de l’émotion, et de la tension. Du rire mais pas trop car la cuisine c’est du sérieux ; on n’est pas là pour se marrer ou alors il faut que le candidat soit certifié « marrant » avant d’être labellisé « cuisinier » par la production. Le montage accentue le caractère de ces archétypes, voire les invente. Top Chef, c’est un voyage organisé par le tour operator M6 au pays de la caricature… Le candidat, lui, s’y retrouve ou pas. Peu importe, il est comme le premier voyeur venu : il fait comme tout le monde, il découvre une émission les fesses sur son canapé, plusieurs mois après le tournage.

Pour mieux comprendre, une galerie de portrait s’impose, à chacun de mettre un visage sur la description :

Le « sérieux qui sait mieux que les autres ». Ce candidat n’est vraiment pas marrant, c’est l’expert. Il maitrise le vocabulaire, la technique. Il s’exprime en français et ne jure pas toutes les deux phrases. Ce sérieux est respecté et craint par les autres mais pas forcément très aimé. Il s’en fout, il a raison. C’est un gagnant potentiel.

Le « créatif à qui la vie n’a pas fait de cadeau et qui peut pleurer devant la caméra ». Importante figure de la téléréalité, avec lui, le téléspectateur fond, il l’aime et le trouve sensible donc sympa. Sa sensibilité est un handicap car il peut perdre pied à tout moment, il est respecté mais pas craint. Finaliste potentiel, gagnant improbable. Attention pour être vraiment efficace, le « créatif à qui la vie n’a pas fait de cadeau et qui peut pleurer devant la caméra » doit être un homme. Si c’est une femme elle deviendra vite énervante et vite éliminée.

Le « créatif qui ne comprend pas toujours ce qu’il dit ». C’est l’intello, il y en a toujours un. Là encore, c’est un homme. Tout est dans le discours. Il sait des trucs, il a vu beaucoup de choses mais ne maitrise pas toujours ce qu’il fait et le discours plaqué sur les réalisations semble souvent assez surréaliste. Son sérieux est à l’image de ses lacunes techniques. Même si tous les candidats «l’adore vraiment », il n’est pas toujours bon camarade.  Finaliste et gagnant improbable. Faut pas déconner la cuisine ce n’est pas que des recettes mais quand même un peu.

Le « chef super bon et avé l’assent » est lui aussi une figure incontournable. Garant de la tradition, son accent et son impétuosité plaisent toujours. Son franc-parler lui permet de s’énerver sans énerver. Il a une fonction : allier tradition et modernité, donner envie d’aller goûter sa cuisine mais pas à Top chef, plutôt dans son restaurant. Candidat redoutable, finaliste potentiel, gagnant peut être.

« L’autodidacte », il force l’admiration. « C’est dingue le niveau que tu as, je ne sais pas comment tu fais et en plus tu es toujours de bonne humeur » lui rappelle les autres pour bien lui montrer qu’ils ne viennent pas du même monde. Aucune chance de gagner.

Dans toute bonne émission de téléréalité, il faut des filles. Elles aussi répondent à des exigences de casting très sexuées.

« La belle plante » est une figure essentielle. Si en plus elle sait parler, si elle a du goût pour la déco (eh oui, c’est une belle plante…. ), elle est parfaite. Sauf que… À moins d’avoir un niveau technique exceptionnel, elle n’a aucune chance pour finir la course en tête.

La « chef un peu sécosse mais qui assure ». Elle pourrait distribuer des baffes quand elle bosse en équipe mais se retient. Elle garde le cap, elle dirige, donne des ordres. Inconstante malgré son savoir-faire, elle peut chuter sur une erreur bête. L’admiration du jury pour elle est grande. C’est une finaliste potentielle et pourquoi pas une gagnante mais après deux années qui ont vu des femmes gagner, c’est mal parti pour cette saison.

«La petite nerveuse, toi t’es ma sœur », elle aussi est un personnage permanent. Généreuse, elle jure comme un charretier, met ses couilles sur la tables, putain fait chier quoi merde…. Elle a souvent une compétence supérieure aux autres dans un domaine. Souvent la vie ne lui a pas fait de cadeau mais elle surmonte tout sans s’apitoyer sur elle même, bordel quoi… Malheureusement pour elle son vocabulaire lui barre la route vers la victoire. Fais chier…

Peu ou prou, chaque année la production impose ses archétypes caricaturaux, les construit, les polit et en joue de plus en plus puisque les spectateurs ne se posent pas la question de la véracité ou de la scénarisation. Les réseaux sociaux sont utilisés à leur maximum avec de gros dérapages, rappelons-nous les réactions ignobles qui ont accompagné la victoire de Naoelle. Tiens d’ailleurs, le public ne les appelle plus que par leur prénom comme Loana ou Nabila…. On a vraiment envie de que les chefs retrouvent leur nom. Mais ça, ce n’est pas people Faviconfondblanc20g Stéphane Dubreil

Atabula 2020 - contact@atabula.com
Haut de page