Violences en cuisine : levons le voile

Il y a d’abord les faits : un apprenti volontairement brûlé sur les bras avec une petite cuillère chauffée à blanc. Un lieu : dans l’un des plus grands restaurants parisiens, le Pré Catelan, riche de ses trois étoiles au guide Michelin. L’auteur : un chef de partie en mal de sensations. Ces actes ne datent pas : ils viennent d’avoir lieu, il y a tout juste quelques jours. Le chef, Frédéric Anton, rapidement averti des faits, n’a pas tardé à réagir. L’apprenti a quitté l’établissement, le coupable a été mis à pied immédiatement, puis évincé de la brigade. La réaction a été prompte et juste. Certains parleront de bizutage ou d’acte somme toute banal, le Code pénal, lui, est clair : coups et blessures volontaires. A ce jour, aucune plainte n’a été déposée suite à ces faits.

Jusqu’à maintenant de tels actes ne sortaient pas de l’antichambre des cuisines. Ils étaient relatés dans des cercles restreints où le nom des coupables était à peine prononcé. Mais chacun y allait de son anecdote, de la queue de casserole volontairement placée sous le feu jusqu’au couteau d’office planté dans le mollet d’un apprenti pas assez docile, en passant par les coups de pied bien sentis d’un chef qui a poussé certains de ses souffre-douleur à venir travailler avec des protège-tibia. La liste des horreurs est longue, inversement proportionnelle au nombre de plaintes déposées. Ces bourreaux des cuisines doivent avoir conscience qu’ils ont provoqué de multiples dépressions, de nombreux changements d’orientation professionnelle et quelques suicides.

Si chacun reconnaît que les moeurs évoluent, ces faits récents viennent rappeler avec force qu’ils n’ont pas disparu et que leurs auteurs peuvent être jeunes et déjà riche d’un beau parcours – Vernet, George V, Park Hyatt, Lasserre – pour le chef de partie. Que ces pervers sachent que désormais les cuisines ne constituent plus un sanctuaire idéal pour laisser libre cours à leurs violentes pulsions et que le temps de l’omerta généralisée a cessé. La parole se libère, l’information circule et, tôt ou tard, ils ne seront plus protégés par la loi du silence qui règne encore. A chacun de prendre ses responsabilités

Faviconfondblanc20g  Franck Pinay-Rabaroust / © Kzenon – Fotolia.com

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