Agrumes Bachès : qui pour prendre la relève ?

De leur petit village d’Eus, à deux pas de l’imposant Pic du Canigou, Bénédicte et Michel Bachès ont séduit parmi les plus grands chefs français avec leurs agrumes. Découvreurs infatigables de nouveaux produits, le couple a décidé de passer la main. Entretien avec Michel Bachès.

ATABULA – Vous avez décidé de vendre vos différentes activités liées à votre jardin-pépinière. Pourquoi ?

MICHEL BACHÈS – Cela fait quelques temps que nous avons décidé de chercher un repreneur pour nos trois activités qui tournent autour de la production d’huiles d’olive, de production de plants d’agrumes et la production de fruits. J’ai 60 ans et je pense qu’il est temps de passer la main. Je suis à un âge où je suis encore en forme pour transmettre notre savoir-faire le temps nécessaire, entre deux et trois années je pense.

Avez-vous déjà des repreneurs intéressés ?

Nous avons déjà discuté avec beaucoup de personnes, dont certaines très intéressées. Mais nous leur faisons comprendre que ce n’est pas un métier où l’on fait fortune. Notre activité repose sur la passion et l’envie profonde de maintenir la diversité végétale au service de tous et notamment aux services des professionnels du goût. Parfois, de tels propos peuvent décourager certains repreneurs qui seraient pourtant prêts à faire un chèque immédiatement pour tout racheter.

Que se passera-t-il si vous ne trouvez pas de repreneur ?

Alors l’activité s’arrêtera. Ce serait triste car nous vivons à une époque où le règne végétal subit une période très grave. En à peine dix ans, nous avons constaté une perte de la diversité absolument incroyable. J’en parle beaucoup avec des chefs et des pâtissiers. Certains chefs développent une production sur notre terrain qui leur est entièrement dédiée. C’est un signe positif pour maintenir une production locale de qualité, bien loin des produits qui viennent de l’autre bout de la planète, gorgés de pesticides. Le message passe, mais il n’en demeure pas moins que rares sont ceux à s’engager avec nous dans la démarche de continuité de notre activité.

Ceux qui se battent pour maintenir toute la diversité du végétal sont donc si rares ?

Il suffit de se rendre sur les marchés pour comprendre rapidement qu’il n’y a pas des masses de producteurs de la trempe d’un Joël Thiébault, Annie Bertin ou Olivier Durand. Et la loi ne nous aide pas. Les lobbyistes à Bruxelles font tout leur possible pour réduire au maximum la diversité et pour nous proposer, inversement, des produits les plus standardisés possibles. En agissant ainsi, on endort gentiment le consommateur qui oublie cette diversité. Les professionnels du goût doivent se rendre compte de la situation.

Quand pensez-vous concrètement arrêter l’activité ?

Ma retraite est programmée pour l’année prochaine. Mais tant que nous serons valides, Bénédicte et moi, nous serons là, notamment pour accompagner comme il se doit notre repreneur. Encore aujourd’hui, nous sommes très actifs. Nous rencontrons des mixologistes pour mettre au point des cocktails, nous participons à de nombreuses réunions pour valoriser notre production et notre savoir-faire. Mais il y a un moment où cela ne sera plus possible d’être la locomotive. Et, après, ce sera trop tard.

Faviconfondblanc20g  Propos recueillis par Franck Pinay-Rabaroust

Agrumes Bachès – Mas Bachès (Eus) – 0468964291 – Lien vers le site de Bénédicte et Michel Bachès

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