Pourquoi dit-on la ménagère et le chef de cuisine ? À cause d’une pomme !

Pourquoi dit-on LA femme aux fourneaux et UN cordon bleu, LA ménagère et LE chef  de cuisine ? La part féminine de l’humanité doit-elle se voir condamnée au labeur, tandis que son complément viril se verrait disposer des honneurs ? À Simone la préparation des goûters d’anniversaire, celui du repas du soir, la gestion du quotidien, à Gaston le barbecue du dimanche célébré par les copains. C’est bien connu, la femme a la fibre familiale, l’homme va au charbon.

« Hein ? Qu’est-ce que tu dis Gaston ?

— Confier le barbecue à ma femme, vous n’y pensez pas ? C’est une affaire sérieuse, ma pupuce pourrait s’y brûler ou pire mettre le feu et, en plus, les copains, ils rigolent pas sur la cuisson.

— T’as raison Gaston ! Et puis, si monsieur se brûle, faudra bien que pupuce soit disponible pour te tartiner de biafine. »

Tant pis pour les femmes, la kleptomane du jardin d’Eden n’avait qu’à écouter son homme. Le bon dieu l’avait prévenu, à croquer la pomme, à tenter son mec, elle enfantera dans la douleur et l’homme sera son maître. Puis si elle se brûle en sortant le plat du four, qu’elle se débrouille seule avec la biafine. C’est écrit dans la Bible, Genèse, chapitre 3. On est puni par où on a péché.

Dit comme ça, la répartition des sexes autour de la cuisine prend tout de suite un méchant tour paternaliste, phallocrate. La différence si désirable entre le masculin et le féminin se transforme en inégalité dès lors qu’elle repose sur un fondement religieux ou sociologique. Malheureusement, ces fondements bien installés au cœur de nos esprits nous meuvent aussi aisément qu’un vent force 5 emporte le véliplanchiste amateur au casse-pipe. En prendre conscience peut être l’occasion de rétablir l’équilibre, de se débarrasser des mauvais réflexes, de s’ouvrir de nouveaux horizons.

Les moyens de briser ce  rapport de force sont de changer d’état d’esprit et de modifier les mœurs. Comment ? En faisant de la préparation du repas non pas un labeur mais un plaisir ; en faisant du plat déposé sur la table non pas une évidence mais un cadeau ; en mettant à deux la main à la pâte pour entretenir la complémentarité masculin-féminin autour du plan de travail (une variante existe entre parents et enfants). Cuisiner et manger ensemble renforcent les liens. La cuisine est le lieu privilégié de la joie de vivre ; pour le coup, c’est l’ecclésiaste qui nous le dit : « Je fais l’éloge de la joie, car il n’y a pour l’homme sous le soleil rien de bon, sinon de manger, de boire, de se réjouir. » La cuisine et la table sont les lieux de la restauration des liens et des forces. Le repas a une dimension physique et métaphysique.

Pardonnons à cette gourde d’Eve d’avoir écouté le perfide serpent. Bien fait pour lui, on lui a coupé les pattes.

Faviconfondblanc20g Olivier Benazet – © Alen-D – Fotolia.com

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