Blogueuse condamnée pour dénigrement : faut-il craindre pour la liberté d’expression ?

Il y a quelques jours, le 30 juin, une blogueuse a été condamnée par le Tribunal de grande instance de Bordeaux sur le fondement du dénigrement après avoir mis en ligne une critique acerbe d’un restaurant situé en Gironde. Comment faut-il interpréter cette décision ? Réponses avec Delphine Meillet, avocat spécialiste en droit de la presse et en droit pénal.

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Quel regard portez-vous sur ce jugement du TGI de Bordeaux ?

Il est très difficile d’interpréter cette décision car la blogueuse n’a pas pris d’avocat et cela change forcément beaucoup de choses. Toute conclusion sur une possible généralisation de ce type de condamnation, sur le fondement du dénigrement ou de la diffamation, n’est pas possible. Il serait dangereux d’affirmer qu’il y a un durcissement de la position des magistrats en matière de liberté d’expression. Mais quantitativement, les procédures se multiplient, c’est surtout cela qu’il faut retenir.

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Est-ce que cette décision vous étonne ?

Je ne suis absolument pas étonnée par cette décision. Régulièrement, dans différents domaines, des blogueurs sont condamnés pour injures, diffamation ou dénigrement. Que l’on soit professionnel ou pas, et même si les magistrats tiennent compte de chaque situation, on se doit de respecter la loi. La liberté d’expression a ses limites. Notre droit fonctionne ainsi : un droit est toujours limité par un autre droit. La question est toujours de connaître les limites. Il semblerait bien que cette blogueuse les a dépassées.

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Peut-on imaginer une multiplication des procédures engagées par les restaurateurs ?

Il faut bien comprendre que la judiciarisation de notre société est de plus en plus importante. Tous les secteurs sont touchés ; il n’y a aucune raison que les restaurants ou les hôtels échappent à cette tendance de fond. Aujourd’hui on poursuit facilement pour n’importe quoi. L’interprétation de la décision du TGI de Bordeaux est limpide : désormais, plus personne, quelque soit le domaine, n’est épargné par ce phénomène de judiciarisation de notre société. Je vois ainsi de plus en plus de plaintes relatives à des commentaires laissés sur Facebook ou sur les sites d’avis en ligne. Demain, cela concernera tout autant des restaurateurs qui goûtent peu aux critiques relatives à leur établissement.

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Faviconfondblanc20g Propos recueillis par Franck Pinay-Rabaroust – © Corgarashu – Fotolia.com

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