La street-food, un désir de décontraction par rapport à l’alimentation plus ritualisée du repas

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ENTRETIEN 80ATABULA – La France semble adopter depuis quelques années la street food. Quel regard portez-vous sur ce phénomène ?

GILLES FUMEY – La street food est liée aux rythmes sociaux et décalages géographiques entre lieux de résidence et lieux de travail ou de loisirs. En ce sens, elle va avec l’urbanisation croissante de la population française. Elle montre clairement un désir de décontraction par rapport à l’alimentation plus ritualisée du repas. Elle témoigne d’une curiosité de bon aloi des Français vis-à-vis de ce qui se fait ailleurs ou des innovations portés par des jeunes générations qui ont beaucoup voyagé.

Ce développement de la street food n’est-il pas en contradiction avec les habitudes françaises qui sont de manger à table et assis ?

Non, car les comportements alimentaires ne sont jamais figés. La table est adaptée pour des formes de ritualisation de l’alimentation. Mais inadaptée à l’accroissement de nos mobilités. Après tout, il y a toujours eu des nourritures nomades – ce qui ne veut pas forcément dire « nourriture de rue – à l’instar de la charcuterie, du fromage, du sandwich bien évidemment ou la bière en bouteille. Ces produits témoignent d’un besoin d’avoir de quoi se nourrir en déplacement.

Peut-on comparer la street food en France et la street food en Asie où elle est omniprésente, voire culturelle ?

Deux modèles difficiles à comparer car en Asie, la rue est un espace public très privatisé et qui l’est toute l’année. Dans nos régions où l’hiver est froid, la street food se limite aux gares, aux marchés de Noël et aux matches de foot ou de rugby pendant la saison hivernale. Autre différence : en Asie, la préparation est réellement le fait d’un cuisinier qui a à sa disposition un fourneau et qui fabrique les plats dans la rue. En France, on sert plutôt des produits assemblés dans des boutiques ou sous des auvents mais qu’il est bien difficile d’appeler des cuisines.

Si en Asie la street food est culturelle, n’est-elle pas en France un simple phénomène de mode ou un phénomène conjoncturel ?

Non, ce n’est pas une mode mais une profonde modification de nos rythmes sociaux avec le travail en milieu urbanisé et une plus grande mobilité professionnelle et touristique. La street food en France me semble vouée à un bel avenir.


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Propos recueillis par Franck Pinay-Rabaroust

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