Penser à l’enfant dans un grand restaurant : “Un changement de mentalité commence à se faire sentir” selon Rémi Ohayon

ENTRETIEN 80L’enfant au restaurant et le partage du repas en famille, il connaît. Rémi Ohayon, jeune papa et gastronome passionné, est également le fondateur et le directeur général d’une agence marketing spécialisée dans l’hôtellerie-restauration. Il a également créé le site La Tribu(ne) Ohayon. Retour d’expérience.

Atabula – La gastronomie et les enfants, ça vous inspire quoi?

Rémi Ohayon – C’est un marché énorme ! Les gens qui fréquentent les grandes tables aujourd’hui ont 35-40 ans. Leur carrière est installée, ils ont un certain pouvoir d’achat et c’est généralement à cette période-là qu’ils ont des enfants en bas âge. Ils travaillent beaucoup et quand ils sortent, c’est en famille. Il faut également savoir qu’à l’heure actuelle, un couple sur deux divorce, les familles se recomposent et les enfants sont multiples.

Parlez-nous de votre expérience en tant que consommateur…

Nous nous attablons régulièrement dans des restaurants gastronomiques avec ma femme et ma fille de 2 ans et demi, Vitalie. En général, on prend l’apéritif pendant que Vitalie mange puis au moment du repas, elle rejoint la babysitter du restaurant. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce service coûte entre 7 et 10 € de l’heure. Soit le prix d’une eau plate ! Quelques restaurateurs ont déjà acquis ce réflexe d’organisation de 3 couverts à l’apéritif et 2 au déjeuner ou dîner. J’encourage vraiment les parents à être exigeants et ce dès la réservation. N’hésitez pas à demander quels sont les services proposés, quels sont les tarifs des menus…

Que pensez-vous de l’offre dédiée aux enfants dans la restauration haut de gamme ?

Malheureusement elle est inadaptée, notamment à Paris. Voilà pourquoi je n’irai jamais chez Jean-François Piège par exemple avant les 12 ans de ma fille. Sa cible est différente. En province, ça commence doucement à évoluer, qui plus est quand le restaurant est associé à un hôtel. On voit qu’un changement de mentalité commence à se faire sentir. La crise et la fréquentation en baisse de la clientèle d’affaires ont joué un rôle dans cette prise de conscience. Certains restaurateurs deviennent plus proactifs sur ce segment, ils constatent que les personnes avec enfants souhaitent non seulement une expérience gastronomique mais également une expérience familiale. Je pense que les chefs et notamment les étoilés ne peuvent pas se couper de cette cible. Quelques-uns l’ont déjà compris et font des enfants leurs ambassadeurs.

Lesquels ?

Jean-Paul Jeunet, Sophie Bise de l’Auberge du Père Bise, Georges Blanc… Ce dernier propose par exemple dans son auberge des sets de table à colorier avec des thèmes régionaux comme l’élevage de la volaille de Bresse. Les enfants reçoivent des boîtes de crayons de couleur individuelles et peuvent repartir avec. On est loin de la feuille blanche de la photocopieuse et du Bic de la standardiste ! Il y a également une mini-carte qui permet de valoriser l’enfant, de lui faire sentir qu’il est au même niveau que les adultes. C’est un moment d’éducation, de pédagogie. A la Chèvre d’Or, les plats arrivent dans de petites casseroles, dans un esprit dînette. A Saulieu, Patrick Bertron (Relais Bernard Loiseau) fait venir les enfants en cuisine et ils retournent en salle avec des mini-toques. Le repas n’a pas encore commencé que l’expérience d’un 3 étoiles a déjà commencé ! Comme je le disais, la province est en avance sur ce sujet. A Paris, certains lieux se distinguent comme le Fouquet’s, où des chasses au trésor sont organisées. On trouve également des établissements qui mettent à disposition des chaises bébés bien étudiées ou qui ont intégré qu’il fallait tout de suite sortir les plats pour les enfants car leur capacité d’attention à table est réduite. Chez d’autres, on peut trouver des salles de jeux partagées, propices à vivre un joli moment. Ce dernier élément est important car idéalement, il faut penser l’offre à la fois à table mais aussi en dehors Les restaurateurs redoublent d’ingéniosité pour offrir une vraie valeur ajoutée, et c’est tant mieux.

Au-delà de l’accueil et des services proposés, quid de l’assiette ?

Le contenu de l’assiette est important mais il faut garder en tête que les clients des grandes tables n’y vont pas pour se nourrir mais pour fêter une occasion, célébrer un évènement. A mon sens, les chefs n’ont pas encore poussé leur réflexion avec des goûts marqués. Un enfant en bas âge aura envie d’une bonne purée, d’un joli poisson. Je suis convaincu que l’apprentissage du goût passe par des saveurs marquées. A cet âge, les enfants, c’est “j’aime” ou “j’aime pas” ! Le croustillant par exemple, ils adorent. Or les étoilés ne vont pas nécessairement penser à faire des nuggets, ils vont proposer du blanc de poulet ou du filet de cabillaud. C’est dommage car ils enverraient un message fort aux enfants, ils leur montreraient qu’il est possible de manger d’excellents nuggets, loin de l’image fast-food que l’on peut avoir.

On parle de saveurs mais il ne faut pas oublier le dressage. Un bonhomme dans l’assiette, ça change tout ! Même chose pour la vaisselle : les verres en cristal sont magnifiques mais ils ne sont pas adaptés aux enfants. Ces petites attentions portées aux enfants sont remarquées par les parents.

Et le prix ?

Pour les enfants de moins de 7 ans, 15 € c’est déjà un vrai budget. Ça peut être surprenant mais il n’est pas rare que des restaurateurs offrent le repas aux enfants. Ils ont dépassé cette logique de “si j’accueille un enfant, je perds un couvert”.


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Propos recueillis par Ézéchiel Zerah / © La Tribu(ne) Ohayon


VISUEL DOSSIER SALLE

Afficher les commentaires (2)
  • Bonsoir à vous.

    La réponse de Rémy est juste. Il faut savoir recevoir les enfants et les éduquer dès le plus jeune âge. Chose que je pratique depuis un bon moment maintenant dans mes maisons que ce soit au Saule Pleureur que sur Meribel au restaurant L’Ekrin de l’hôtel Le Kaila…j’invite les enfants à venir en cuisine et faire le tour des postes et éventuellement choisir leur menu ou je propose les mêmes plats de la carte en petite portion pour déguster avec les parents ou encore une idée qui a 3 ans maintenant “Le Mac’Zoulay”…des effilochés de belle volaille fermière panés pour le croustillant…Les meilleurs nuggets de tout sa vie m’avait déclaré un petit bout de 6 ans…c’était magique comme moment…Les étoilés se doivent de montrer le chemin…Les enfants sont nos ambassadeurs et influancent ainsi souvent les parents à revenir et viendront ensuite à leur tour…à méditer…L.Azoulay

  • Bonjour,

    je suis tout à fait d’accord avec ces commentaires. Dans ma famille, nous vivons pour manger. Mais vous oubliez tous une chose: les enfants de nos jours sont extrêmement mal éduqués ( majorité ) et le contraire reste l’exception. Je comprends les restaurateurs qui ne souhaitent pas les recevoir et j’en ai assez lorsque je suis client d’être emm…par les sales gosses.

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