Akrame Benallal est-il le nouveau Ducasse ?

Alain Ducasse Akrame Benallal

Un inventaire à la Prévert : Philippe Conticini, Christophe Michalak, Guillaume Gomez, Alexandre Couillon, David Toutain, Jean-Edern Hurstel, Jean-Georges Klein, Michel Troisgros, Gérald Passédat, Gilles Goujon, Arnaud Donckele, Eric Guérin, Christophe Baquié, Yannick Alléno, Jean Sulpice, Olivier Roellinger, Guy Martin, Régis Marcon, Christophe Dufau, Emmanuel Renaut, Franck Putelat, Alain Pegouret, Jacques Genin, Alain Passard, Thierry Marx… Ces derniers temps, Akrame Benallal a posé avec nombre de capitaines et généraux de la gastronomie hexagonale et ne s’en cache pas (sur les réseaux sociaux). Plusieurs de ses proches s’amusent d’ailleurs de cette situation « Qui n’a pas encore fait de selfie avec Akrame ? »

Cette volonté d’afficher sa proximité avec les toques qui comptent fait étrangement penser à la stratégie devenue réalité d’un autre homme : Alain Ducasse. Ce dernier, s’il ne s’est jamais exprimé à titre privé sur Facebook ou Twitter, est patiemment devenu l’incontestable parrain de la gastronomie française depuis que Paul Bocuse n’est plus en capacité d’assurer pleinement ce rôle. Lors du 25ème anniversaire de son restaurant amiral à Monaco, n’avait-il pas réuni 250 des plus grands chefs de la planète, venus par amitié comme par devoir ? Dans une moindre mesure, Akrame Benallal semble suivre la même voie.

Au-delà de cette démarche officieuse de rassemblement, le jeune brun de la rue Lauriston multiplie les point communs avec le maitre du Meurice et du Plaza Athénée : évènement fondateur (accident d’avion pour Alain Ducasse, échec de son restaurant à Tours pour Akrame Benallal), succès précoce (ouverture de sa table en 2011, élu jeune tremplin quelques mois plus tard, première étoile en 2012, deuxième en 2014), excellentes relations avec la direction du guide Michelin, même désir d’entreprendre (il possède déjà quatre établissements à Paris et un à Hong Kong, récemment auréolé d’une étoile et considéré comme l’un des meilleurs de la région d’après l’édition asiatique du magazine Forbes), même fonctionnement à l’instinct…

Ces similarités masquent néanmoins quelques divergences d’approche. Alors qu’Alain Ducasse est admiré et redouté, Akrame Benallal joue la carte de la séduction et attire la sympathie de toute part notamment grâce à sa tchatche. Mieux : il n’hésite pas à exhiber son bonheur familial, mettant en avant sa femme (créatrice de vêtements pour chefs) et ses enfants. Soit l’inverse logique d’Alain Ducasse, qui déteste plus que tout parler de sa vie privée et n’apprécie guère parader en public (il a refusé à plusieurs reprises de faire partie du jury de Top Chef sur M6). Cet atout charme naturel, Akrame l’entretient auprès des médias pour qui il reste un très bon client. Son enfance et son parcours métissés (Il est passé par les brigades de Pierre Gagnaire et Ferran Adria tout en gardant de solides bases classiques à travers sa formation au Taillevent) finissent d’asseoir ce statut de chouchou. Dire que d’autres cuisiniers du même âge ont fait appel à des coachs spécialisés pour optimiser leur prise de parole en public…

Le roi Ducasse s’est fait un nom. Akrame l’ambitieux est, lui, en train de se faire un prénom. Jusqu’à détrôner le calife ? Pas impossible s’il étoffe quelques lacunes actuelles : des protecteurs et amis de taille (le prince Albert de Monaco pour Ducasse, le groupe LVMH pour Alléno), davantage d’hommes prêts à le suivre dans sa quête de cartographie gastronomique mondiale, quelques étoiles supplémentaires ou encore une position plus forte encore au sein d’organisations qui font autorité (Bureau du Collège Culinaire de France, des Grandes Tables du Monde, de Relais & Châteaux…). Une anecdote, qui s’est jouée en coulisses, illustre bien ces ambitions à demi-avouées. Lorsque l’élite culinaire française fut conviée au printemps au Quai d’Orsay pour un échange avec Laurent Fabius portant sur le tourisme et l’atout gastronomique de notre cher pays, les observateurs initiés s’aperçurent que tous les membres de ce gratin étaient des sages à barbe blanche (ou presque). Tous sauf un…

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Ézéchiel Zerah / © Paul Vandenbut Page AD Facebook

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