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Atabula y était… à la conférence de presse du guide Michelin 2015 au Quai d’Orsay

par Ézéchiel Zerah /

Lundi 2 février. 10h30. La file devant le 37 quai d’Orsay compte déjà une trentaine de journalistes venus (dé)couvrir le palmarès Bibendum millésime 2015. Les gendarmes postés derrière les grilles veillent au bon déroulé de l’entrée au sein du ministère, scrutent les passeports. L’une des jeunes femmes présentes se voit interdire l’accès au bâtiment. Motif ? Son nom n’apparaît pas sur la liste d’accréditation. “Mais je vous dis que je suis blogeuse food et que j’écris pour la version en ligne du guide” s’emporte-t-elle. Regard perplexe de l’officier qui n’a cure des acteurs de ce microcosme. Pugnace, elle finira néanmoins par fouler les épais tapis de la République, au même titre que 165 journalistes, photographes, vidéastes et, donc, quelques blogueuses.

MICHELIN PRESSEA l’intérieur, ces derniers se pressent vers l’espace café sponsorisé. “C’est Lavazza qui régale” lance un éditeur bien connu du milieu, l’œil absorbé par les quelques douceurs matinales sur plateau (bretzel sucré, brioche aux pralines roses, mini-cannelés). Pendant que l’attachée presse du Bibendum est scotchée à son téléphone, le Tout Paris de la presse culinaire s’observe, se scrute, regarde qui est là. Et surtout qui ne l’est pas. Echanges enthousiastes pour certains, polis pour d’autres. A croire que les détestations puissantes qui régissent tout ce petit monde se sont subitement estompées. Les initiés n’auront pas loupé la présence de Jean-François Mesplède, ex-directeur du guide désormais personnage presque lambda. Bavard comme à son habitude, l’homme aux lunettes bleues cerclées régale de ses anecdotes une poignée de caméramen qui attend sagement le go du staff Michelin pour se positionner stratégiquement dans la “Grande Salle à Manger de Monsieur le Ministre”, reconvertie pour l’occasion en salon-conférence de presse XXL. Va-t-on assister à la venue des chefs couronnés ? “Non, ils sont arrivés discrètement dès 9h » apprend-on. Les lumières s’éteignent. Démarre un court film institutionnel où défilent des chiffres à la gloire de Bibendum : 24 guides dans 24 pays, un à venir pour le Brésil, 28 200 followers sur Twitter (Michelin, malin, n’indique pas que cela comprend l’ensemble des comptes et non uniquement celui destiné aux membres français), plus de 2 700 établissements étoilés dans le monde, 250 repas et quelques 30 000 km effectués chaque année par les inspecteurs. Bizarrement, le nombre de ces derniers ne figurent pas à l’écran…

Corporate time acte II : Claire Dorland-Clauzel, patronne de la communication du groupe aux 19 milliards d’euros de chiffre d’affaires, revendique la paternité de l’origine du lieu de l’évènement du jour, parle du guide comme d’une « petite idée devenue une grande affaire ». Applaudissements courtois suivis de ceux, nourris, suite à l’entrée sur scène de Laurent Fabius. Le ministre tente un trait d’humour en indiquant que sa maison accueille traditionnellement des « diplomates chevronnés et généraux étoilés », débite quelques mots convenus « la gastronomie française, c’est la France », s’auto félicite en direct de délivrer aux chefs un message « sincère et chaleureux ». L’américain Michael Ellis, à la tête du guide, poursuit le discours, officialise l’expression parisienne de ces derniers mois (le « mercato des chefs ») et initie l’annonce tant attendue. La tension est palpable. L’assemblée retient son souffle. 10 nouveaux étoilés en Île de France, 36 en région. Les heureux élus montent sur l’estrade ministérielle. A chacun est remis la Bible nouvelle cuvée. Parmi eux, Ludovic Turac, plus jeune étoilé de la promo. Tradition oblige, le cuisinier marseillais de 26 ans se plie à l’exercice des interviews en rafale : Radio Classique, Europe 1, AFP, BFM, LCI…

MICHELIN 2 ETOILESChangement de caste : on passe aux « 2 étoiles». Sept supplémentaires cette année. Où est Alain Ducasse, qui fait partie des lauréats avec le Plaza Athenée ? « Il n’a pas pu venir ce matin. Il est au Japon pour un grand évènement gastronomique » se justifie Ellis, conscient de la punition affligée au Landais. Comme s’il y avait plus important que le big day de la sélection Michelin France dans le paysage culinaire hexagonal… Au moment où l’animateur au look de conseiller diplomatique finit d’enchaîner des phrases-bateau : « L’étoile, ce n’est pas tous les jours que ça arrive », « on embauche régulièrement chez vous ? », « à nouveau 2 étoiles : vous remettez le couvert ? », « Val d’Isère, il y a beaucoup de ski », roulement de tambour pour « les nouveaux 3 étoiles ». La précision plurielle fait mouche : Yannick Alléno ne sera donc pas l’unique toque à attiser la lumière en ce jour de Chandeleur. Confirmant les rumeurs de ces dernières semaines, René et Maxime Meilleur (gageons que les jeux de mots seront légions dans la presse du lendemain) sont officiellement épinglés au sommet. Ce dernier, très ému, embrassera femme et enfants assis au premier rang. « Ils ont beaucoup investi, c’est un juste retour des choses » analyse un journaliste. Pensée pour Yves Bontoux, consultant et attaché de presse de l’ombre de l’établissement, dont la surcharge de travail ne fait que commencer. On tend le micro au père. « « Je remercie vivement ma femme. Si elle n’avait pas été là, je ne serais pas ici devant vous…et Maxime non plus ! ». Eclat de rire général. Il reprend, mentionne avec fierté l’époque lointaine où la Bouitte n’était qu’un « champ de patates », flatte comme il faut le guide « J’ai 65 ans. Je pensais arrêter de cuisiner. Grâce à Michelin, je suis reparti pour 65 ans. ». Au tour du fils. « La 3ème étoile, c’est comme une médaille olympique. Hormis l’absence de marseillaise, c’est la même chose ! » assène-t-il, exprimant dans le même temps les conséquences inhérentes à une telle évolution. « Pour contenter tout le monde, on va devoir ouvrir plus longtemps ». Alléno, beau joueur, évoque une édition « à la saveur particulière » (c’est la première fois que le Graal Michelin lui est décerné en tant que chef-patron).

Passées les annonces, les selfies de chefs ne tardent pas à se multiplier dans une salle désormais immaculée, une cinquantaine d’entre eux ayant spécialement fait le déplacement. Avant de quitter les ors de la République, quelques observateurs amusés se délectent des propos de JP Gené, chroniqueur gastronomique du Monde, à l’encontre d’une attachée de presse qui le drague ouvertement. « Vous êtes un danger pour la profession » aboie t-il sur la malheureuse.

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Ézéchiel Zerah / Photos : FPR

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