50 Best Restaurant : juré, on ne m’y reprendra plus

Article écrit en 2014


Je me rappelle encore de ce coup de téléphone d’Andréa Petrini l’été dernier pour me faire « une proposition malhonnête ». Ce sont ses mots. Accent italien marqué et humour étaient au rendez-vous. Forcément, j’ai tendu l’oreille. Après quelques hésitations et légitimes questions, j’ai accepté de faire partie du jury du 50 Best Restaurant pour la sélection 2013. Un fauteuil était donc libre – en réalité, beaucoup plus –, je l’ai pris en me disant qu’il n’y avait pas grand-chose à perdre. Aujourd’hui, je n’en suis pas si sûr.

Capture 50 BestEt je suis loin d’être le seul à avoir quelques doutes sur l’intérêt d’être juré de ce classement mondial. Chaque année, c’est l’hémorragie : François-Régis Gaudry a claqué la porte sans mâcher ses mots, François Simon, Frédérick Grasser-Hermé et d’autres ont fait de même. Chez chacun d’eux, il n’y a pas seulement de la déception, il y a surtout le sentiment d’avoir été berné par une machinerie sans âme et réglée pour sortir des résultats prédigérés depuis longtemps.

Même si je reste persuadé de l’intérêt d’un tel classement – qui oblige à porter un regard comparatif et critique par delà nos étroite frontières hexagonales -, il faut bien avouer que, vu de l’intérieur, cet intérêt est totalement phagocyté par l’opacité total qui règne à tous les niveaux. Si certains peuvent y voir un gage d’indépendance, il faut noter l’absence de réunion, de débat, de partage comme dans tout jury qui se respecte. On n’en revient à regretter le repas organisé il y a quelques années au Chateaubriand d’Inaki Aizpitarte pour les membres français du jury. Une façon comme une autre d’influencer les votants… Bien plus grave, c’est ce sentiment diffus d’être pris pour un simple prête-nom anonyme, une machine à vote aléatoire dont nul ne sait comment il est ensuite traité par ceux qui, dans leur coin, vont compulser les résultats à leur sauce. Faire partie d’un tel jury revient à cautionner une logique infernale qui fonctionne à l’effet buzz : tu buzzes, tu montes (dans le classement) ; trop de silence, et tu sors ! Logique idéale pour être certain que ce classement fasse lui-même… du barouf médiatique. C’est la réinterprétation moderne de la circulation circulaire non pas de l’information mais du bruit médiatique.

Avide de bruit, le 50 Best Restaurant a lustré à fond les gamelles résonnantes de la gastronomie moderne et modeuse. Au fil des années, rien n’est fait pour améliorer la situation. Il n’est toujours pas demandé la moindre preuve que le votant se soit effectivement déplacé dans tel ou tel établissement. Les membres du jury sont bel et bien les premiers clowns de ce barnum gastronomico-festif, le nez rouge et l’œil triste d’être pris pour des imbéciles. Promis, juré, on ne m’y reprendra plus.


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Franck Pinay-Rabaroust

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