Occupy 50 Best : un mouvement anti 50 Best pas si net que ça

par Franck Pinay-Rabaroust / La pétition lancée il y a quelques jours contre le classement du World’s 50 Best Restaurants fait son petit bout de chemin. Le mouvement Occupy...

par Franck Pinay-Rabaroust /

La pétition lancée il y a quelques jours contre le classement du World’s 50 Best Restaurants fait son petit bout de chemin. Le mouvement Occupy 50 Best, initié par Zoe Reyners et Hind Meddeb, entraine dans son sillage de grands noms de la gastronomie, à l’instar de Joël Robuchon, Thierry Marx, Georges Blanc. Dans un entretien accordé à Atabula, Zoe Reyners assurait que Télérama, Les Inrocks mais également le New York Times s’intéressaient à elle. Encore totalement inconnue de la planète Food, et alors même que le site Internet n’était pas en ligne, la jeune fille faisait déjà beaucoup parler d’elle. Bel exploit pour celle qui se présente comme une cliente lambda et « amoureuse de la bonne chère ». Sauf que.

Logo OccupyComment expliquer que du néant naisse en quelques jours un engouement pour la pétition et que des chefs de la trempe de Joël Robuchon ou Georges Blanc s’engagent sans même savoir qui est derrière une opération qui a des allures de combat de David contre Goliath ? A y regarder de plus près, Zoé Ryners ne part pas vraiment de zéro. Mieux, et elle le reconnaît elle-même, elle a été « aidé par quelques chefs et journalistes pour mettre en place le projet. Eux, au regard de leur position, ne pouvaient pas le porter. » La jolie inconnue Zoé Reyners – que les afficionados de la presse people ont néanmoins pu découvrir aux bras de Nicolas Bedos – n’agissait donc pas seulement à titre individuel, mais comme porte-drapeau de professionnels qui veulent depuis plusieurs années bousculer ce classement. Contrairement à ce qui a été écrit dans un article publié sur Atabula (il faut reconnaître ses erreurs…), l’opération anti-50 Best ne semble pas être le fruit d’une base populaire mais bel et bien le regroupement de professionnels mécontents qui ont trouvé une jolie égérie en la personne de Zoé Reyners.

Nul doute que ladite Zoé n’a pas trouvé la proposition incongrue, elle qui, après avoir été conseillère à l’Ambassade de Géorgie aux Etats-Unis, dirige aujourd’hui une « agence de relations et d’affaires publiques située à Paris » et qui s’appelle Katch & Reyners. Spécialités de la maison « Reyners » : représentation sur le marché français, créations de réseaux, visibilité, décisions politiques, communication de crise. Sur le site de l’agence, il est écrit noir sur blanc que l’agence va « plus loin que le seul lobbying ou placement d’articles. Nous restructurons vos messages, vos slogans et votre vision… » Occupy 50 Best ne pouvait tomber entre de meilleures mains.

De la petite initiative individuelle, parfaitement marketée pour faire croire que cela vient de la base – « Indignés version food » pour reprendre l’expression de Zoé Reyners -, Occupy 50 Best ressemble étrangement à une opération de communication parfaitement huilée. Par delà le jugement sur le fond de la démarche, celle-ci ne semble pas si dénuée d’intérêts comme voudrait le faire croire sa porte-parole.

Mais il y a pire encore. Alors même que Occupy 50 Best dénonce l’opacité du vote et la non-exigence d’une preuve de passage par les membres du jury, il se trouve que, contrairement à ce qui est écrit sur le site du mouvement, il est possible de signer la pétition sans aucune vérification préalable à la mise en ligne du nom. Atabula a ainsi pu inscrire le nom « Manuel Martinez » – du nom d’un célèbre chef parisien – et voir ce nom en ligne sur le site d’Occupy 50 Best sans jamais recevoir le moindre mail de vérification. Certes, le mouvement Occupy 50 Best n’en est qu’à ses balbutiements et a le mérite de susciter le débat, mais il porte déjà le poids de l’ambiguité. Une ambiguité fort malvenue quand on revendique la posture du grand chevalier blanc de la transparence.

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Franck Pinay-Rabaroust

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3 Nombre de commentaires
  • Sophie Brissaud
    1 juin 2015 at 11:14
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    Et outre tout cela, il faut ne pas manquer de culot pour s’approprier le terme « Occupy ».

  • Zoe Reyners
    2 juin 2015 at 8:03
    Laisser un commentaire

    Cher Franck,

    Si je travaillais pour le compte d’un client comme vous semblez le suggérer, je ne répondrais pas car « laisser couler » est un des commandements d’une « communicante », comme vous m’appelez. Mais il s’agit ici d’une initiative qui nous est personnelle, et je réponds donc en mon nom sur deux points importants.
    Oui, il est évident que j’utilise ce que je sais de la communication pour ce mouvement. D’ailleurs, je pense qu’une opération de com telle que les 50best ne pourrait être critiquée par un petit mouvement qui sait faire de la com si elle reposait sur des bases serieuses. Ils sont donc pris à leur propre jeu.
    Mais, et ceci est important, je l’écris noir sur blanc: je n’ai aucun client lié de près ou de loin à la gastronomie et ne cherche pas à en avoir. Je travaille sur des sujets très différents. Vous pouvez le verifier.
    Pour les signatures, chacun des soutiens écrits au-dessus de la liste est vérifié. En effet, vous n’avez pas été le seul à nous faire des plaisanteries en inscrivant de faux noms. Manuel Martinez n’y est donc pas. Nous avons verifie en personne qu’il n’avait pas signé la semaine dernière. C’est un mauvais exemple.
    Un Manuel Martinez, sans mention de sa profession, figure dans la liste des signataires (mais pas soutiens) plus bas, mais c’est un nom assez commun finalement.
    Sur ce sujet, je vous prie d’amender votre article car c’est une fausse information.

    Je passerai sur les mentions de ma vie amoureuse, qui sont de trop mauvais goût et qui ont, je crois, peu de rapport avec le schmilblick …

    Bien cordialement,

    Zoé Reyners

  • T. Tilash
    2 juin 2015 at 10:31
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    Merci beaucoup pour cet article.
    Le site d’Occupy 50 Best ne me paraissait pas net… Pourquoi de simples consommateurs, clients de restos ou gourmands auraient envie de s’attaquer à la liste des 50 Best ?
    La moquer, oui, l’ignorer, sûrement, mais l’attaquer n’a aucun sens…

    Votre article est un cas exemplaire de « ceci explique cela »…

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