Anne-Sophie Pic, Elena Arzak, Nadia Santini et les autres : parcours singuliers au féminin

par Franck Pinay-Rabaroust, avec AFP

Minoritaire ! Tel est la dure réalité statistique de la femme en cuisine. Par delà le pourquoi d’une telle situation – historique, social, culturel -, il est intéressant de noter que les femmes-chefs qui comptent à travers le monde ont souvent quelques points communs. Ainsi, il s’agit souvent d’une histoire de famille et la femme s’inscrit alors avant tout dans une logique de filiation, avec toutes les difficultés – idem pour les « fils de » – que cela entraine, principalement liées à la légitimité. Car avoir un patronyme célèbre est une chose plaisante pour la communication, encore faut-il se faire un prénom au sein de la brigade. Autre caractéristique : le cheminement pour rejoindre l’univers des cuisines. Il n’est pas rare que les femmes-chefs connaissent d’autres univers – architecture, graphisme ou autres – avant de plonger dans la marmite. A chaque fois, la passion de la cuisine a été la plus forte. Rapides portraits de cinq chefs aux parcours exceptionnels. Une minorité qui compte.

Anne-Sophie-PicAnne-Sophie Pic

Si, initialement, la jeune femme ne se destinait pas à la cuisine, son futur était tracé avec un grand-père, André, et un père, Jacques, dont le nom était une référence dans le monde de la gastronomie. Anne-Sophie Pic a finalement repris le flambeau en incarnant la troisième génération de la maison Pic, l’adresse gastronomique de Valence. En France, elle est la seule à afficher trois étoiles au guide Michelin. Et son travail fait consensus chez les critiques du World’s 50 Best Restaurants, qui l’ont couronnée « meilleure femme chef » en 2011. En plus de son restaurant familial, la chef Pic est aujourd’hui à la tête de « La Dame de Pic » à Paris, du 7 bistrot chic à Valence et du restaurant de l’hôtel Beau Rivage Palace à Lausanne.

Elena ArzakElena Arzak

La cuisine est plus que jamais une histoire de famille chez les Arzak, où officie Elena. Cette Espagnole est la fille de Juan Mari Arzak, qui officie toujours derrière les fourneaux du restaurant familial Arzak, à San Sebastian. Père et fille travaillent en tandem dans cette adresse réputée de la côte basque espagnole. Cette dernière bénéficie de trois étoiles au guide Michelin. La jeune femme a fait ses armes chez les plus grands, tels que Pierre Gagnaire, Michel Bras et Ferran Adria. Elle incarne la quatrième génération de la maison familiale. La cuisinière espagnole dicte aussi son style culinaire au restaurant Ametsa à l’hôtel The Halkin by COMO à Londres. De son côté, Elena Arzak a reçu le titre de « meilleure femme chef au monde » en 2012.

Nadia SantiniNadia Santini

En Italie, la femme chef qui a valeur de référence s’appelle Nadia Santini. Elle aussi peut se targuer de trois étoiles dans le guide Michelin. Et la cuisine est également une histoire de famille. À Canneto sull’Oglio, dans le nord de l’Italie, le restaurant Dal Pescatore a ouvert en 1925 sous la forme d’une taverne familiale. Le mari de la chef Nadia Santini, Antonio, est le petit-fils du fondateur. Après un voyage gastronomique en France, le couple repense le style culinaire de la maison pour le hisser jusqu’au sommet de la critique. Derrière les fourneaux, Nadia Santini rend hommage à son pays, en cuisinant le risotto et les pâtes. Le poisson est roi sur la carte, même si la viande bénéficie aussi d’une place privilégiée. En 2013, la chef italienne a aussi reçu le titre de « meilleure femme chef au monde ».

Helena Rizzo

Pour la Brésilienne, qui suivait des études d’architecture, la passion de la cuisine a été plus forte que tout. Elle met un terme à sa carrière naissante de mannequin pour investir les cuisines des grands restaurants de Sao Paulo. Elle s’envole ensuite pour l’Espagne et le restaurant El Cellar de Can Roca (n°1 du palmarès World’s 50 Best Restaurants en 2015), où elle rencontre son époux, l’Espagnol Daniel Redondo. À Sao Paulo, le couple monte son propre restaurant « Mani » qui révèle au grand jour le talent de cuisinière de la patronne. Le duo s’efforce de faire briller les produits brésiliens dans l’assiette. Les ingrédients ancestraux du pays sont aussi mariés à la technique moderne de la cuisine espagnole que maîtrise Daniel Redondo. En 2013, Helena Rizzo obtient le titre de « meilleure femme chef d’Amérique Latine », avant de conquérir l’équivalent international en 2014.

Vicky Lau

De l’autre côté de la planète, l’Asie ne pouvait bien sûr pas manquer de fournir cette liste restreinte avec un talent féminin. Le joli minois de Vicky Lau se révèle être une grande toque déjà respectée par les plus grands. Elle officie à Hong Kong, au restaurant « Tate », auréolé d’une étoile au guide Michelin. L’adresse ne compte que 26 couverts et marie la technique française à la cuisine asiatique. Son credo : raconter une histoire à travers les ingrédients, le dressage… La chef a d’abord réalisé des études de graphisme à New York avant de se consacrer professionnellement à la cuisine. Elle a suivi les cours de la prestigieuse école française, Le Cordon Bleu, dans son bastion asiatique à Bangkok. À l »instar de ses comparses dans cette liste, elle a bénéficié du titre de « meilleure femme chef » pour le continent asiatique en 2015.

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Franck Pinay-Rabaroust / ©AFP PHOTO/Jean AYISSI – JAVIER SORIANO / © Stéphane de Bourgies

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