par Frédéric Baillot /

Les Lillois qui l’ont croisé ont forcément conservé dans leur mémoire la silhouette de Benoît Bernard. Ce chef les a régalé pendant quelques années à la Laiterie, un établissement situé dans la ville de Lambersart, voisine de Lille. Derrière le cadre policé du restaurant étoilé, il y avait donc « le » Benoit Bernard qui n’aimait rien tant que bousculer les conventions. Dreadlocks impatiemment stockés autour des épaules, tablier pas toujours parfaitement repassé, et surtout une capacité à faire la fête à tout bout de champ, quitte à se réveiller le lendemain avec un peu de difficultés. La bonne société lilloise se régalait, appréciait l’imagination des assiettes, la qualité des produits, admettait les écarts, mais s’étonnait parfois des éclats qui déboulaient de la cuisine. Peu importe, pour tous, il y avait la générosité débordante.

Mais ce qui devait arriver arriva : un beau matin, Benoît Bernard rendit son tablier, et partit faire le tour du monde. Il est aujourd’hui posé à Nosy Be, petite île paradisiaque au nord-ouest de Madagascar, où il attend le voyageur au bord de la plage pour un repas, une fête, une plongée, ou plus, si affinités.

Benoît Bernard

Benoît Bernard

La Laiterie a tourné la page. Elle est aujourd’hui menée par Nicolas Gautier (auparavant au château d’Esclimont, à Bleury-Saint-Symphorien), après un intermède tenu par Eric Delerue (Le Cerisier à Laventie, le Oui à Lille). L’établissement a conservé la même réputation et, en dépit des changements de chefs, a su conserver son étoile dans une région qui en compte fort peu. Pascal Boulanger, le propriétaire vient d’ailleurs de remettre la cuisine à niveau – 600 000 euros de travaux -, ce qui traduit les ambitions de l’équipe actuelle.

Tous ont en commun le goût du partage, l’utilisation des produits de la Flandre et de l’Artois, une sympathie toute particulière pour les bières artisanales, et aussi une infinie curiosité pour les voyages et les apports d’autres cultures

Si Benoît Bernard est loin, très loin de la métropole lilloise, il est encore bien présent, notamment auprès de ceux qui ont travaillé à ses côtés. Qu’on en juge par cette liste déjà longue mais forcément incomplète :

> Simon Pages cuisine au Gabbro, établissement réputé du Vieux Lille,

> Steven Ramon a monté de toutes pièces le Rouge Barre, du nom des façades du Nord qui alternent la pierre blanche et la brique, après un passage dans l’émission Topchef où il fut demi-finaliste,

> Nicolas Rucheton s’est installé dans la campagne à proximité de Lille, à l’Essentiel, à Attiches,

> Nicolas Choquet officie au Pessoa, très belle adresse lilloise,

> Laure Platiau a été pâtissière à la Laiterie. Elle n’a certes pas côtoyé Benoit Bernard, mais nul doute que l’esprit joyeux encore présent – notamment grâce à Eric Delerue – de l’ancien chef l’a marquée . Elle a rejoint Emmanuel Renaut aux Flocons de sel à Megève pendant quelques semaines. Elle travaille désormais sur un nouveau projet qui devrait voir le jour début début 2016.

Il faudrait adjoindre à cette liste des amis et des proches de la Laiterie et de Benoît Bernard : Jérôme Pruvost, pendant un temps au piano de la Laiterie, Nicolas Pourcheresse, ancien de chez Meert, aujourd’hui au Clarance (Lille), Patrick Bragato, aujourd’hui à Sao Paolo (au Vin Shop and Tasting Bar), après avoir sévi au Trade Mark à Marcq en Barœul, Maxime Schelstraete aux commandes des restaurants de la pâtisserie Meert (Lille).

Toute cette joyeuse bande à laquelle s’adjoint parfois Florent Ladeyn (l’Auberge du Vert Mont à Boeschepe, le Bloempot à Lille) se retrouve régulièrement au sein du collectif “Mange Lille” et contribue généreusement à dépoussiérer le paysage gastronomique de la capitale des Flandres (cf notre panorama lillois de 2013) . Tous ont en commun le goût du partage, l’utilisation des produits de la Flandre et de l’Artois, une sympathie toute particulière pour les bières artisanales, et aussi une infinie curiosité pour les voyages et les apports d’autres cultures, d’autres continents. Nul doute que, de sa lointaine île malgache, Benoît Bernard ne renie rien de cet héritage. Et lève le bras en passant à cette famille un brin moins turbulente mais tout aussi talentueuse.

Faviconfondblanc20gFrédéric Baillot / Thomas Muselet – Stal

2 Réponses

  1. Crystal

    Un grand homme et un grand chef, je confirme ! Lille bouge, Lille s’enorgueillit de cette nouvelle génération de chef pour le plus grand plaisir des gourmets.

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