Décryptage très critique de la Liste des 1000 meilleures tables du monde

Pourquoi Benoit Violier en tête de Liste ? Il était le candidat parfait. D’abord sa cuisine tient sévèrement la route, dans un mélange de tradition et de modernité irréprochable....

Pourquoi Benoit Violier en tête de Liste ?

Il était le candidat parfait. D’abord sa cuisine tient sévèrement la route, dans un mélange de tradition et de modernité irréprochable. Il est Français, connu des professionnels mais peu du grand public – parfait pour faire croire que la Liste est une « découvreuse de talents » -, il est en terre suisse, donc neutre ; il est jeune, intelligent et volubile, parfaitement oublié par l’ennemi 50 Best, et, pour ne rien gâcher, il est dans un pays tout proche de la France… Rien à dire, il était le candidat idéal. Encore une fois, merci l’algorithme de viser aussi juste.


Le bel équilibre très diplomate de l’algorithme

Un peu de neutralité suisse, un peu d’Amérique, un peu de Japon, un peu de Paris, un peu de province, un (tout) petit peu de 50 Best, beaucoup (trop) d’étoiles : voilà la jolie sauce bien « lissée » et savamment « listée ». C’est qu’il ne faudrait pas oublier que l’opération descend tout droit du Quai d’Orsay. Ne froisser aucun partenaire politique était bien plus important que de mettre réellement du sens culinaire à la Liste. Philippe Faure reproche l’influence des sponsors dans le choix des restaurants du 50 Best. Lui vient de faire exactement la même chose, avec la contrainte diplomatique au-dessus de la tête. Au moins, le comité d’experts pourra s’enorgueillir d’avoir inventé un truc : l’algorithme diplomate.


Le mensonge de l’objectivité algorithmique

Faisons simple : la Liste est organisée et pensée par des autorités françaises, avec des experts français pour valoriser la gastronomie française, annoncée au siège de la diplomatie française, avec une volonté annoncée de lutter contre un classement trop international. Et nos gentils experts veulent faire croire que sa vérité algorithmique est objective, mettant chaque pays à égalité. Honnêtement, qui peut y croire ? Personne ! Pas même le grand manitou Philippe Faure qui avoue : « «Nous sommes préparés aux critiques. Parce que nous sommes français, les étrangers trouveront qu’il y a trop de Français dans le classement. Nos compatriotes, eux, estimeront qu’il n’y en a pas assez»*. Monsieur Faure, disons plus simplement que ceux qui ont les yeux ouverts voient juste la magnifique supercherie qui est la vôtre dans cette affaire !


La très moderne sélection de la Liste

Quelle modernité ! Quelle image ! Du trois étoiles à n’en plus finir, ripolinés à souhait depuis des siècles, avec additions à la hauteur des plafonds de certains lieux mentionnés dans le top 10. Par ici la monnaie… Nul doute que les mangeurs du XXIe siècle vont se reconnaître dans ce début de Liste. Où est la modernité ? Où se trouvent les jeunes pousses ? Là encore, notre comité d’experts incarne la France dans ce qu’elle a de pire : son conservatisme outrancier et son incapacité à valoriser ceux qui font vraiment bouger les lignes.


La décrédibilisation des acteurs historiques

Ce n’est pas le moindre des effets collatéraux de cette très fumeuse Liste. Car si le Gault & Millau a largement joué le jeu, le Michelin, lui, a été mis au pied du mur, à peine consulté dans l’élaboration du classement. Avec une vérité qui ne manque pas de sel : le Michelin n’a pas mis à disposition sa base de données aux experts de la Liste. Pour une raison simple : d’après nos informations, il semblerait que… aucun expert du comité ne lui a demandé ! Cela en dit très long sur le sérieux de la méthodologie de ce Classement des classements. Le Bibendum, s’il ne s’oppose pas à la liste, ne soutient pas l’initiative.

En parlant de la « subjectivité » des guides dans un entretien accordé au Figaro, Philippe Faure attaque le fondement même de l’ADN du Michelin, il ridiculise en une phrase le travail récurrent des inspecteurs qui sillonnent la route avec leur grille de notation depuis un siècle. Si, par malheur, la Liste devait s’ancrer dans le paysage gastronomique, elle mettrait en danger ceux-là même qui l’ont nourrie. Gourmande et vicieuse cannibalisation.


La Liste, meilleure amie du 50 Best

En étant aussi ridicule dans sa méthodologie que dans ses résultats, et en s’affichant aussi ouvertement comme l’anti 50 Best, la Liste sert au contraire royalement la soupe de son pire ennemi qui, au moins, assume ses défauts. Entre les deux classements, la Liste s’affiche comme encore plus défaillante, plus critiquable, plus partisane, plus opaque même. Ultime paradoxe de cette supercherie, la Liste est en réalité le faire-valoir idéal du 50 Best. Chapeau bas Monsieur Faure !


L’avenir de la Liste

Aucun, espérons-le. A priori, elle devrait être actualisée à chaque printemps, bourgeonnant de nouveautés extraordinaires, révélant la magnificence de la gastronomie française… En réalité, si l’aventure devait continuer, elle souffrirait d’une inertie totale où il sera bien difficile de renouveler quoi que ce soit. Pour le bien de la gastronomie française, gageons que la Liste soit un classement mort-né.

Faviconfondblanc20gFranck Pinay-Rabaroust

* Cité dans Le Figaro

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4 Nombre de commentaires
  • Pascal Pradier
    13 décembre 2015 at 5:32
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    Cet article fort bien écrit m’inspire quelques remarques :

    Il s’agit d’un n ième classement et il me semble que dans nos métiers, cela n’a aucun sens. On compare par exemple Celler del Can Roca avec la Monnaie de Paris (Guy Savoye) qui ont des cuisines radicalement différentes, un service différent, un cadre différent etc.

    Viendrait-il à l’esprit de comparer un camion Mercedes haut de gamme avec une Audit dernier cri ? Les usages sont différents et les prix aussi.

    Au passage, je note que la Monnaie de Paris vient juste d’ouvrir et se hisse déjà dans le top 5. Curieux même si on prend peu de risque avec la cuisine de Guy Savoye.

    Finallement, ce classement sera une n ième promotion des plus grands qui paraderont une fois de plus à la télé, seront invités chez tel ou tel journaliste pour expliquer leur amour du métier, « qu’il ont voulu raconter une histoire », « suciter une émotion », etc. Ils seront encensés par les bloggueurs disant qu’il faut gouter leur cuisine financièrement innaccessible pour le commun des mortels et complètement déconnectés de la réalité économique actuelle.

    Je ne vois finallement pas en quoi cela diffère des avis bidonnés ou non de TripAdvisor et autres Booking.
    On mets en avant le copain ou le politiquement correct du moment et on boude celui qui ne joue pas le jeu ou qui est tout simplement dans l’ombre.

    La vraie récompense n’est au final que celle du client qui repart satisfait et là, pas de triche, pas de classement, ça passe ou ça casse !

  • La Liste, os melhores restaurantes do mundo | Conexão Paris
    5 janvier 2016 at 9:41
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    […] crítica bem negativa não só dos resultados mas de todo o processo (leia o artigo completo aqui). Algumas considerações do […]

  • La Liste des 1000 – Revue de presse et potins – Un Classement qui laisse sur sa faim – Food & Sens
    2 août 2016 at 7:39
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    […] Atabula – Franck Pinay Rabaroust : Le bel équilibre très diplomate de l’algorithme […]

  • Jennifer
    8 décembre 2016 at 8:47
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    Merci de remettre l’église au milieu du village 🙂
    Il n’y a que la satisfaction du client qui compte vraiment. Beaucoup trop de chefs sont devenus narcissiques en oubliant qu’ils exercent un métier de service… Ca en devient Ridicule!
    Effectivement, celui qui ne joue pas le jeu est boudé mais si il est intelligent il continuera de faire son métier avec intégrité.

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