Coup de gueule : cher Paul…

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… Cela fait maintenant quelques temps que j’ai envie de vous adresser ces mots pour vous dire tout le mal que je pense de vos produits. Et puis, vous savez, le temps du trajet, en train, en avion ou en voiture, je digère mon horrible sandwich et je passe à autre chose. Comme une envie d’oublier ma triste pitance qui fut une souffrance. Mais je me dis que, tout de même, il est temps de vous dire tout haut ce que nombre de voyageurs pensent tout bas : vos produits commencent sérieusement à toucher le fond.

Si vous pouvez être fier de vos 125 ans d’existence et de revendiquer votre longue lignée d’agriculteurs, il devient beaucoup plus gênant que vous osiez encore, comme cela est précisé sur votre site Internet, vous positionner comme un « ambassadeur de l’Art de vivre à la française ». Vous arguez pour cela une présence dans plus de 33 pays à travers le monde… Quelle tristesse, quelle désolation. Cher Paul, l’histoire ne suffit pas, ni même la quantité de vos boutiques pour être l’ambassadeur de quoi que ce soit, si ce n’est d’une piteuse image du pain, du produit vrai, autrement dit du savoir-faire boulanger qui fait gravement défaut. Si votre boutique historique de Lille tient encore la route, en bon « flagship » de la marque, permettez-moi de vous dire que tout le reste va à vau-l’eau. En gare comme ailleurs, il y a même de quoi désespérer.

« Depuis 1889 »… Comme c’est beau de communiquer sur l’histoire de la maison, née la même année qu’une certaine Tour Eiffel à Paris. Nous le savons, ce petit côté historique fleure bon la vieille France, fière de son artisanat et de ses produits de bouche. La tradition quoi. Mais si la dame de fer est toujours fidèle à elle-même, il y a chez vous un profond travestissement de vos valeurs : où se trouve encore le « goût du travail bien fait, la joie d’offrir chaque jour des produits de qualité » ? Monsieur Paul, vous devriez faire comme ces bons restaurateurs qui prennent le temps de manger dans leur propre restaurant pour en découvrir les qualités et les défauts. Là, vous verriez et goûteriez amèrement votre propre production. Soyez votre premier client. Constatez. Et agissez.

Au lieu de toujours vouloir en faire plus et d’aligner les chiffres comme des victoires – 449 boutiques dans le monde, présent dans 24 pays, plus de 50 recettes de pain, etc. –,  pourquoi n’essayez-vous pas de faire mieux et moins ? A quoi bon avoir 50 recettes de pain et toujours vouloir en inventer d’autres alors que le pain de vos sandwichs est immangeable ? Pourquoi ne pas se concentrer sur la qualité des produits existants, à l’instar de vos tomates blafardes qui, inlassablement, se retrouvent amorphes dans vos créations tout au long de l’année ? Cela ne relève même plus du savoir-faire, mais du bon sens. Cher Paul, vos clients ont changé, ils s’éduquent grâce à la télévision qui nous parle de chefs et de petits plats à tout bout de champ. Soyez modeste Monsieur Paul et, comme c’est écrit sur vos propres outils de communication : prenez-en de la graine !

Monsieur Paul, la place du sandwich est en France toujours plus grande, tout comme la concurrence qui regarde d’un œil expert la qualité de vos emplacements. Cette même concurrence qui a su replacer le sandwich sur le terrain « gastronomique », là où vous, malheureusement, vous en avez fait un simple produit de grande consommation au food cost non garanti pour le client. Avant de parler d’éthique et d’engagements en tout genre, pour faire plaisir à la galerie, revenez à l’essentiel : essayez juste de faire bon. Est-ce vraiment trop vous demander Monsieur Paul ?

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Franck Pinay-Rabaroust


Afficher les commentaires (23)
    • Guillaume, de par son histoire et sa prétention d’ambassadeur, Paul entend incarner une certaine excellence à la française. Il méritait donc ce coup de gueule au regard de la piètre qualité de ses produits. Mais vous avez raison : il n’est pas le seul à proposer à sa clientèle de tels produits.

    • Corentin, j’ai aussi malheureusement goûté ces fameux « triangles ». Mais, à ma connaissance, les faiseurs de triangles ne revendiquent pas le statut d’ambassadeur de l’art de vivre à la française (c’est revendiqué comme tel sur le site de Paul). Je ne dis donc pas que Paul est le seul à faire des produits de piètre qualité, mais il n’est pas possible de vouloir véhiculer une telle image d’excellence la « gastronomie » française quand on vend ce que l’on vend chez Paul…

  • Depuis le temps que je pense la même chose que vous !!! Surtout lorsqu’on est originaire d’une longue lignée de Boulanger-Pâtissier. Je suis scandalisée par tout ces pseudo-boulangers qui privilégient le chiffre et marketing au détriment du produit…et pourtant çà fonctionne.

  • Plus qu’une histoire de boulange, Paul c’est une histoire industrielle, très lilloise. La famille Holder-Mayot est plus attentive aux techniques de vente et de reproduction du modèle à l’international, aux problèmes de logistique du paton congelé qu’à la formation de ses vendeurs et à la fraîcheur de ses tomates azotées. Ses modèles : les Mulliez (Auchan), les Pollet (la Redoute), les Toulemonde (les Trois Suisses), les frères Willlot (Boussac), Bernard Arnauld (LVMH)… On pourrait rapprocher de cette saga le développement forcené de Fred et de ses merveilleux, autres ch’tis qui tentent de s’inventer une histoire centenaire pour mieux se dupliquer…

    • je suis bien d’accord , je suis de Lille et je connais bien toutes ces sociétés qui jouent avec leurs soi-disant amour de la tradition , en fait tout ce qu’ils désirent c’est grossir leur patrimoine boursier !! et n’hésitent pas à exploiter leur ouvriers sous payés !!!

  • Votre coup de gueule aura eu le mérite d’être remonté jusqu’au oreilles de la direction cette année 2016 s’annonce meilleur en terme de qualité et un retour a des produits plus traditionnels ésperons que cela porte ses fruits.

  • Malheureusement, il faut peut-être aussi éviter la tomate et les ingrédients dont ce n’est pas la saison. Oeuf mayo, et jambon/rosette beurre jusqu’au printemps. La prochaine fois, pensez à prendre une barquette d’aligot 🙂

  • Et oui, bienvenue au pays du pain congelé, du beurre pas beurre et du ersatz de jambon. On est loin de ceux proposés au Petit Vendôme, mon « QG sandwich », et son petit verre de Quincy, au zinc. Parce qu’il y a aussi une chose qu’on oublie : Paul pratique quasi les même tarifs que les beaux sandwichs parisiens ! Tout est faux chez Paul comme d’ailleurs chez tous les boulangers pâtissiers de ma rue, en banlieue, où pourtant trône encore le mot artisan sur l’enseigne et où on ne voit pas le logo obligatoire « produits congelés : le petit igloo ou le pingouin »… Je suis triste pour le couple qui tient la boulangerie pâtisserie, beaucoup plus loin, avec pourtant une baguette de compétition, bien cuite, elle ! et des pâtisseries pas tapent à l’œil mais faites maison… et des tarifs plus doux : ils ont moins de clients. C’est aussi ça le succès de Paul : le client est devenu basique, numérique ; il ne connait que 0 et 1 et n’est pas capable de sortir des chemins « markétés » pour connaître l’aventure de la qualité.

  • Totalement d’accord, et je n’ai même jamais eu l’occasion d’apprécier les produits de Paul.
    C’est peut-être du à mes 28 printemps que je n’ai pas connu l’éventuelle période « up » de Paul…

  • Entièrement d’accord. C’est une insulte ces magasins Paul (oui je ne me permettrai pas de les appeler boulangeries). J’y suis allé deux fois et depuis plus jamais. Je préfère encore d’aller payer 2.50 pour un sandwich dégueulasse dans une station de métro que de payer pour cette arnaque.

  • Très juste mais si il n’y avait que les sandwich… Tous les pains sont fades et se conservent très mal, les pâtisseries sont plus des assemblages de produits pré-faits que des réalisations maison etc…
    Je vis à la Réunion, je ne sais pas ou se situe le niveau des établissements Paul ici par rapport à ceux de métropole (et honnêtement c’est pas chez Paul que je vais me faire plaisir quand je rentre voir la famille…) mais je n’avais pas un souvenir de qualité si « limite » avant de partir sur mon île… ca part en sucette semblerait-il !
    Pour info je suis pâtissier…et j’aime encore faire les choses moi même. Mais ça obligerait Paul à embaucher des boulanger et pâtissiers compétents et de qualité, et ça c’est pas évident quand on a 450 boutiques!

  • Je viens de lire cet article qui est bien écrit. Il est toujours difficile, quand une enseigne possède tellement de points de vente (franchise ou non) de garder un esprit « Artisanal »… Leur succès et expansion est le fruit de techniques marketing qui ont fait leurs preuves et surtout de l’emplacement optimum des magasins. Comme disait l’autre « rien de neuf sous le soleil ».

    On peut critiquer l’enseigne autant qu’on veut… mais les consomateurs continuent d’acheter !! Le problème, ou la soluttion, est tout simplement là ! A partir du moment où les consomateurs apprendront à dire « stop », les enseignes seront forcées de changer !

  • Heureusement, grâce aux dispositions de l’arrêté du 12 décembre 1995 réglementant l’appellation et l’enseigne de boulangerie, cette enseigne ne peut pas mettre le mot « Boulangerie » à son frontispice ! Une absence qui devrait mettre la puce à l’oreille à ceux qui voudraient en franchir le seuil … même du pied gauche, ça ne porte pas bonheur !

  • Au delà de la médiocrité de leurs produits j’ai appris récemment que leurs produits invendus était jetés à la benne tous les soirs alors même que des gens font la manche devant leur boutique…! La loi a impose aux supermarchés de ne pas jeter des produits encore viables pourquoi cela ne s’applique pas à ce genre d’enseignes???

  • ça fait un moment que le masque est tombé! la farine et les toques c’était de la com.
    mais soyons précis : ayant une addiction à la quiche lorraine j’ai vu l’évolution de ce produit chez paul.ce n’est plus un appareil à quiche mais un voile d’oeuf sur une triple pate.j’attend le snacki herta dans le hot dog.on me dit que c’est fait!! il faut retirer le pouvoir aux cost controlers qui tuent les marques.paul devrait plutot proposer la quiche de la mort.elle sera plus chére.et alors si c’est une tuerie!

  • Il y a plusieurs Paul à Bruxelles, qui vendent un pain congelé, mal recuit, et des sandwiches sans goût aux prix exorbitants. Personnellement je n’y vais jamais après avoir essayé, pensant retrouver le
    Bon goût du pain à la française: grosse déception. Je lui préfère d’autres boulangeries qui elles ne trompent pas sur la qualité de la marchandise.

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