Le classement du 50 Best est-il devenu fréquentable ?

Dire qu’il a été critiqué, vilipendé, injurié, condamné relève de l’euphémisme. En France, le classement du 50 Best n’a reçu, depuis sa création en 2001, que fort peu d’éloges, si ce n’est de ceux qui ont reçu un accessit jugé à la hauteur de leurs ambitions. Ces dernières années, pas une annonce du nouveau classement n’a échappé à l’acrimonie d’un journaliste, d’un chef ou d’un ancien membre du jury qui dénonçait l’opacité des votes (l’auteur de ces lignes ayant participé activement à l’hallali il y a deux ans). À tel point que ces rafales de reproches ont fait vaciller quelques certitudes et fait reculer des partenaires peu enclins à accepter la défiance publique.

Reste que, aussi bancal soit-il, le classement du 50 Best continue son petit bout de chemin et s’impose comme le classement de référence au niveau mondial

Francophobe, guidé par des intérêts extra-culinaires, orienté selon les marchés à gagner par des partenaires mondialisés, le palmarès échapperait donc au bon sens de l’assiette. Face à l’Europe déclinante et ses marchés saturés, il faudrait donc structurer – créer ? – les déserts gastronomiques d’hier en eldorado prometteur de demain. Asie, Amérique du Sud, Amérique Centrale, autant de terres promises aux conquistadors capitalistes des temps modernes. Cela se défend, voire même se respecte, quand cela est assumé, ou mieux encore, quand cela est revendiqué.  Tel n’est pas (encore) le cas. Cela viendra, peut-être. Dans une autre logique, pas tout à fait complémentaire, l’organisation a jugé bon, en 2015, d’appuyer un petit peu plus fort sur le bouton « respectabilité » en faisant appel au cabinet Deloitte. Sans grand succès puisque les membres du jury n’ont toujours pas l’obligation de prouver qu’ils sont allés chez tel ou tel restaurateur dans un délai exigé par les organisateurs. Un déni de transparence plus que regrettable : le juré vote librement, sans aucun contrôle, en fonction parfois de son expérience, parfois en fonction des ouï-dire…

Même si quelques Cassandre annoncent que le classement est à bout de souffle, la bête respire encore et plutôt bien

Reste que, aussi bancal soit-il, le classement du 50 Best continue son petit bout de chemin et s’impose comme le classement de référence au niveau mondial. Mieux, il est vécu aujourd’hui comme le plus légitime à porter un jugement sur l’état de la gastronomie mondiale. En France, la triste opération de La Liste n’a été qu’une triste mascarade, un vaudeville déprimant et sans intérêt. Sauf à mettre en valeur la qualité marketing du 50 Best. Chez le Bidendum, ce dernier énerve et devient un sujet chaud. D’après nos informations, le Michelin réfléchirait à créer un guide Monde, mais il se cogne à plusieurs obstacles. Ainsi, quelles tables inclurent dans un tel guide ? Selon quels critères ? Ne mettre que les tables étoilées, c’est à coup sûr se positionner comme un guide élitiste, loin de l’esprit festif et dynamique incarné par la concurrence. Surtout, aujourd’hui, le 50 Best est légitimé par les chefs eux-mêmes qui viennent participer au grand raout chaque année. Selon nos sources, les 50 premiers du classement seront quasiment tous présents à la soirée organisée à New York ce lundi 13 juin. Enfin, et surtout, cet événement microcosmique touche également le grand public. Il suffit de voir les carnets de réservations se remplir à grande vitesse une fois les résultats proclamés. Même si quelques Cassandre annoncent que le classement est à bout de souffle, la bête respire encore et plutôt bien.

Et les critiques en France ? Après les coups de gueule de ces dernières années, il ne devrait pas se passer grand-chose. En bons diplomates, les responsables du 50 Best ont même pris l’habitude de nommer des chefs français pour les prix spéciaux. Cette année, ce sont les Bretons Dominique Crenn – meilleure femme chef – et Alain Passard – Lifetime Achievement Award – qui ont été honorés. Les organisateurs l’ont bien compris : puisque le système régionalisé de notation défavorise la France, trop riches en restaurants de qualité, donc des votes qui s’éparpillent, il faut profiter des prix spéciaux pour honorer la grande France gastronomique. De fait, la critique hexagonale se fait atone, sans munitions avant la proclamation des résultats.

Le palmarès du 50 Best version 2016 est actuellement le seul à pouvoir prétendre à une visibilité internationale, dans une mondovision planétaire en simultanée, moderne, festive et apatride, qui se doit d’assumer de plus en plus sa dimension commerciale et partisane, buzzante et bluffante. Oui, le classement du 50 Best est en passe de devenir fréquentable.


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