Vidéosurveillance des employés au restaurant : souriez, vous êtes filmés !

Dans la rue, les supermarchés ou les musées, les caméras de surveillance font désormais partie du décor. Les faits et gestes de chaque citoyen sont surveillés et parfois enregistrés...

Dans la rue, les supermarchés ou les musées, les caméras de surveillance font désormais partie du décor. Les faits et gestes de chaque citoyen sont surveillés et parfois enregistrés dans un souci de sécurité. En ces temps d’état d’urgence et de crainte diffuse, critiquer la vidéosurveillance n’est pas d’actualité. Mais qu’en est-il de la vidéosurveillance sur son lieu de travail, dans un restaurant par exemple, où le rôle de la caméra est souvent tout autre ? Atteinte à la liberté individuelle inacceptable, mal nécessaire ou avancée pour la sécurité des biens et des personnes ?

Il est interdit d’introduire des dispositifs de vidéosurveillance dans les zones de pause, de repos des salariés, dans les vestiaires ou toilettes, ou même de placer le salarié sous une surveillance constante.

Le recours à la vidéosurveillance est strictement encadré. Il se doit d’être justifié par une finalité légitime et être proportionné au but recherché selon l’article L.1121-1 du code du travail, cette légitimité reposant sur la volonté d’assurer la sécurité des biens et des personnes. Les dispositifs présents seront jugés proportionnés si les caméras sont installées au niveau des entrées et sorties des bâtiments, des voies de circulation et issues de secours. A contrario, il est interdit d’introduire des dispositifs de vidéosurveillance dans les zones de pause, de repos des salariés, dans les vestiaires ou toilettes, ou même de placer le salarié sous une surveillance constante. Les caméras ne peuvent donc en aucun cas être figées sur un poste de travail ou une personne particulière selon la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), organisation auprès de qui la mise en place de dispositifs de vidéosurveillance doit être déclarée. En 2015, cette dernière a reçu quelque 700 plaintes relatives à la vidéosurveillance, dont une très grande majorité sur le secteur « travail » et une dizaine en matière de commerce (tous commerces confondus). Les contrôles de l’organisme s’effectuent suite à ces plaintes, des remontées de la presse mais également grâce à un programme annuel. De manière générale, un contrôle consiste à vérifier que le dispositif est bien couvert par une autorisation préfectorale, qu’il correspond aux finalités prévues et que les personnes concernées (personnel et clientèle) sont correctement informées de la présence du dispositif. La CNIL a déjà effectué des contrôles dans des bars et restaurants, y compris sans être saisie de plainte. Concernant le devenir de ses plaintes, la CNIL n’a pas souhaité communiquer. En revanche, en 2012, rappelons que la CNIL avait rendu publique – chose rare – une de ces décisions qui sermonnait vertement un chef d’entreprise qui avait installé huit caméras – autant que ses salariés – dans son entreprise. Paradoxalement, les salariés avaient tous soutenus leur patron.

« De l’argent disparaissait des caisses, du matériel et de très bons produits sortaient de l’établissement. Depuis l’installation de caméras reliées à nos ordinateurs et mon téléphone portable, cela n’arrive plus »

Vols, clients violents, disparition de matériel, nombreux sont les restaurants à s’être équipés de caméras de vidéosurveillance dans un souci de sécurité et de protection. Surveiller les clients problématiques mais également son personnel, c’est le choix qu’a fait Edward Cristaudo pour son restaurant gastronomique du Domaine de Saint Clair (Ardèche) : « J’ai mis en place un système de vidéosurveillance dans mon restaurant en juin 2015 car je rencontrais certains problèmes. De l’argent disparaissait des caisses, du matériel et de très bons produits sortaient de l’établissement. Depuis l’installation de caméras reliées à nos ordinateurs et mon téléphone portable, cela n’arrive plus » déclare-t-il. « S’il y a un problème quand je ne suis pas là, je peux tout voir. » Le chef s’explique sur la façon dont il a mis en place ces caméras : « Le personnel a d’abord été consulté et averti.Il y avait deuc solutions :  soit nous retirerions les pertes de leur rémunération, soit nous mettions en place  des caméras de surveillance ; nous avons choisi cette solution. Certains ont été choqués par l’idée, mais ils ont pris l’habitude dans l’ensemble. Et puis si mes employés n’ont rien à se reprocher, ils ne devraient pas être contre. Ceux qui n’étaient pas contents sont partis. Désormais, c’est écrit dans leur contrat maintenant, les nouveaux arrivants n’ont d’ailleurs pas été surpris du tout. » Ces caméras pourraient être perçues comme pesantes pour les employés de ce restaurant, qui n’ont ainsi pas le droit à la moindre erreur où baisse de rythme sans être certains d’être vus par le chef, ce à quoi Edward Cristaudo répond qu’ « il n’y a pas de « moins » dans cet établissement, nous devons garder un rythme soutenu et je n’ai pas besoin de caméras de surveillance pour me rendre compte tout de suite de qui a le niveau pour travailler ici et qui ne l’a pas. Je ne pourrai pas me permettre de licencier un employé pas assez affairé en arguant de la vidéosurveillance. En revanche, pour une faute grave comme un vol ou une attitude non professionnelle avec un client, celle-ci peut me servir. » Dernièrement, les caméras de surveillance du restaurant ont permis d’identifier un client agressif, son visage est désormais connu du personnel de l’établissement « et il ne remettra pas un pied ici » assure le chef. De plus, ces caméras ont permis de comprendre la disparition de certaines bouteilles du bar, dérobées par un groupe de clients en l’absence du responsable qui avait dû s’absenter quelques minutes.

« Nous savons que le responsable a accès aux images des caméras en direct sur son téléphone, il est arrivé qu’il nous reprennent pour avoir échangé quelques mots entre collègues en l’absence totale de clients dans le restaurant

A Paris, certains employés d’un restaurant du 10e arrondissement se plaignent quant à eux de la pression qu’ils peuvent subir au quotidien. En salle, des caméras sont disposées afin de garantir la sécurité des clients, du personnel et des biens de l’établissement. A la caisse du bar, ces dernières permettent de prévenir d’éventuels vols d’argent ou de bouteilles. Le personnel du restaurant a signé un contrat de travail dans lequel ils reconnaissent que l’établissement est sous vidéosurveillance. Pourtant, lors de services de 12 heures – à savoir midi-minuit -, il est arrivé à plusieurs reprises que le responsable, en arrivant à l’heure du service du soir reprennent ses employés sur leur attitude : « Nous savons que le responsable a accès aux images des caméras en direct sur son téléphone, il est arrivé qu’il nous reprennent pour avoir échangé quelques mots entre collègues en l’absence totale de clients dans le restaurant ou pour nous être assis cinq minutes pour nous reposer car nous devons rester debout pendant 12 heures d’affilée, avec uniquement une pause de trente minutes pour manger. Le responsable nous a repris sévèrement sur ce genre de choses, car il y a toujours quelque chose à faire, ce qui est vrai, mais nous nous permettons de souffler quelques minutes qu’une fois la salle entièrement mise en place et en l’absence complète de clients » déclarait un chef de rang du restaurant qui a préféré garder l’anonymat. Il ajoute également que « ces caméras peuvent troubler le rapport de confiance entre nous et le responsable, nous avons l’impression d’être sans arrêt surveillés et sous pression, alors que je travaille beaucoup mieux avec des personnes qui me font confiance. »

« Les caméras ne doivent pas se transformer en moyen de pression sur le personnel »

Du côté des syndicats professionnels, la question ne semble pas avoir été abordée ou très peu. Pour Laurent Fréchet, président des restaurateurs au Synhorcat (syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs), tout est dans la mesure et la communication. Il se dit d’ailleurs « ni pour ni contre. J’ai confiance en mes employés et je n’estime tout simplement pas avoir besoin de ce genre de dispositifs. Et je n’ai pas vraiment envie de passer mon temps derrière un écran ou mon téléphone une fois rentré chez moi ». Laurent Fréchet insiste sur le respect de la réglementation lors de la mise en place de caméras, mais également sur la communication envers les employés de l’établissement et la clientèle : « La vidéosurveillance doit être préventive, elle doit empêcher un acte malveillant par sa simple présence. La clientèle et le personnel doivent comprendre et accepter la présence de caméras, ce qu’ils feront si le responsable leur démontre qu’il s’agit d’un simple moyen de dissuasion face à une conduite inappropriée. Le dispositif deviendra correctif face à un comportement déviant et utilisé uniquement pour faute grave. Les caméras ne doivent pas se transformer en moyen de pression sur le personnel. » Pour le président des restaurateurs du Synhorcat, la vidéosurveillance n’est pas une pratique majoritaire dans les établissements de France : « En France, la caméra n’est pas vraiment culturelle en comparaison à d’autres pays qui pratiquent bien d’avantage la vidéosurveillance de la clientèle et des employés. » Du côté de l’Umih, le service de presse assure que le problème n’existe pas et qu’aucune remarque ou plainte n’est arrivée jusqu’au siège du syndicat.

Les caméras sur les lieux de travail, un non problème ? Une récente étude d’OpinionWay montrait que 80 % des Français ont une opinion favorable des caméras de surveillance*, un quasi-consensus qui étonne puisque cette même étude met en évidence que 43% des sondés estiment que ces contrôles à répétition représentent une atteinte aux libertés individuelles. La caméra en soi n’est ni bonne ni mauvaise. Tout dépend de l’usage et des intentions du responsable. Encore faut-il rappeler que la plupart du temps, faute de personnel, il n’y a personne derrière les moniteurs pour surveiller réellement les employés. Peu importe puisque la caméra est finalement là pour dissuader.


00-FAVICONPauline Beyens / © alice_photo

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