Sophie Mise (Fête de la Gastronomie) : « J’espère que la Fête profite au grand public et aux professionnels »

Atabula – La Fête de la Gastronomie a été lancée en 2011. Que représente 2016 pour l’évènement ?

Sophie Mise – C’est à la fois une année de stabilisation et une année de renforcement du projet avec toujours ce souhait de construire une offre touristique complète, et donc gastronomique, en France.  A l’étranger, il y a l’opération Goût de France – Good France organisée par le Ministère des Affaires Etrangères qui est le pendant international de la Fête de la Gastronomie. Pour revenir à la question, j’espère que la Fête profite  au grand public et aux professionnels, que cela puisse aider ces derniers à trouver de nouvelles idées, de nouveaux clients, de nouveaux fournisseurs, que cela enrichisse une fierté mutuelle. On veut que ça puisse servir le pays. Le sujet est vraiment traité en profondeur cette année.

Pourquoi ce thème des cuisines populaires ? C’est d’ailleurs la première fois qu’un non-cuisinier, Eric Roux, parraine la Fête de la Gastronomie… 

On voulait sortir du gastronomique avec une vision exclusivement centrée sur les chefs. Les chefs existent grâce aux produits des éleveurs, pêcheurs, maraîchers… La cuisine populaire, c’est un fait culturel et c’est un vrai choix de la ministre, Martine Pinville, qui a tenu à faire émerger ce sujet pour faire la jonction entre les deux publics, particuliers et professionnels. L’idée, c’est de promouvoir quelque chose qui fasse circuler la cuisine chez soi comme à l’extérieur. On veut montrer qu’une daube, ce n’est pas de la sous-cuisine. Prenez les œufs mayo : c’est quelque chose de simple mais on fait de la pédagogie pour l’utilisation d’un œuf de bonne qualité, avec une mayonnaise maison. On a également mis en place les leçons de cuisine populaire, des petits cours express de transmission afin d’apprendre des gestes, se renseigner sur les produits murs, savoir que les carottes peuvent être rôties, râpées, en purée. Comme c’était le cas auparavant, on a mis en place des sets de table aux couleurs de la Fête avec recettes : riz au lait, charmoula marocaine, romesco catalane, pistou provençal, gremolata italienne… Un mélange de cultures à l’image de la France qui est un pays d’intégration. Ce ne sont pas des propos politiques mais une réalité. Ça permet de montrer que la cuisine française est aussi une cuisine de placard qui peut être libre, inventive avec une forme d’économie quotidienne si on favorise la saisonnalité des produits.

Avez-vous réussi à fédérer les chefs de cuisine ?

Beaucoup participent mais il y a encore du travail là-dessus, ils ne se sont pas encore appropriés le projet. Certains ont tendance à croire que c’est une opération prix, or ce n’est pas le cas. La Fête de la Gastronomie doit être un moment de partage avec leurs clients, leurs fournisseurs. Ça doit être un temps de fidélisation pour eux. L’enjeu, c’est aussi de monter qu’on peut faire de l’animation en centre-ville, aller chercher un bon jambon ou un pâté chez un charcutier, un très bon pain chez un boulanger. Permettre en fait de développer l’économie de l’artisan et sa place en centre-ville.

Tous les acteurs peuvent prendre part à la Fête, même les enseignes de fast food ?

On dispose d’une charte juridique qui est très stricte sur le fait qu’il n’est pas possible de faire des offres commerciales. On s’est fait avoir une fois avec ça, ça ne se reproduira plus. Tous les projets sont sélectionnés, on constate d’ailleurs que les événements de partage et rencontres sont de plus en plus présents. Chaque fiche sur chaque projet est relue, corrigée si besoin, avant de passer ou non à la validation. J’ai avec moi une équipe de cinq personnes à l’année et on passe à douze entre avril et octobre.  Sans oublier les équipes de Bercy en mode projet que ce soit sur la partie graphisme, communication… ainsi qu’en local avec des structures décentralisées qui nous soutiennent, nous appuient. Nous ne sommes pas dans une course aux chiffres mais dans le qualitatif avec une volonté de meilleure diffusion à travers le pays.

Des territoires concentrent-ils plus que d’autres les manifestations partenaires ?

Au début, il y a avait vraiment deux leaders, la Bourgogne et la Champagne-Ardennes. Depuis deux ans, on développe bien l’Alsace, d’autres régions aussi montent doucement en puissance. Mais il faut être humble sur le maillage, ne pas se la raconter car il y a encore beaucoup de travail, notamment en Vendée, au Pays Basque ou encore sur la côte est. Au delà des zones géographiques, on doit également impliquer davantage certains professions, la pêche par exemple.

L’univers de la salle et du service est-il impliqué au sein de la Fête ?

C’est un sujet qui nous tient à cœur, il y a une vraie conscience liée à la fidélisation de ces métiers. Nous sommes allés vers des écoles comme Ferrandi ou Méderic à Paris, vers l’association Ô Service par exemple. Il faut les sensibiliser à faire des choses. J’aimerais qu’il fassent des jeux de rôle par exemple. L’emprise des chefs est telle aujourd’hui, leur prise de parole est si importante que les acteurs du milieu du service se questionnent quant à leur légitimité à l’occasion de la Fête. Mais ça avance. Chez Taillevent à Paris ou aux Crayères à Reims, il y des leçons de flambage qui sont organisées. L’idée, c’est de faire partager le petit geste, non dans une dimension de luxe mais dans une logique de savoir-faire. On a des établissements participants qui vont plus loin, le restaurant Le Mesturet par exemple a Paris, qui propose toujours quelque chose autour des produits, de la salle, de la cuisine… On est dans ce cas là dans une compréhension maximale de la Fête.

Comment vous voyez la Fête de la Gastronomie dans 10 ans ?

J’aimerais qu’elle devienne une manifestation incontournable, que le rayonnement soit économique évidemment. Mais aussi que la Fête soit quelque chose de joyeux, de ludique avec une fierté collective et individuelle. C’est un projet qui se construit petit à petit, regardez la Fête de la Musique : elle a mis 12 ans à stabiliser le nombre d’événements.


Les parrains de la Fête de la Gastronomie 

2012 : Michel Guérard, chef de cuisine (Les Près d’Eugénie – Eugénie les Bains)

2013 : Thierry Marx, chef de cuisine (Mandarin Oriental – Paris)

2014 : Guillaume Gomez, chef de cuisine (Palais de l’Elysée – Paris)

2015 : Anne-Sophie Pic, chef de cuisine (Pic – Valence)

2016 : Eric Roux, journaliste et porte-parole de l’Observatoire des Cuisines Populaires


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00-FAVICONPropos recueillis par Ezéchiel Zérah / © Julie Balagué

 

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