Marre du foodistrass

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Elle s’appelle Mathilde, à moins que ce ne soit Margaux ou Julie. Une foodista totalement convaincue. A l’excès même, à tel point qu’on se demande si cette drôle de dame n’appartiendrait pas au mouvement du « foodistrass ». Plus qu’une tendance, un vrai mode de vie, une philosophie. Une rigueur même. C’est qu’il faut choisir les ballerines qui siéront le mieux au chou rave du midi, trouver la punchline miracle qui fera cliqueter la centaine de followers sur les réseaux sociaux après la publication d’un selfie sourire utra-brite devant les gâteaux-bijoux du pâtissier du moment. Un quart d’heure de célébrité forgé à coup de likes… Bienvenue dans un monde où cette blonde/brune/rousse sans mousse s’affiche avec un ris de veau braisé sauce Madère comme si elle portait le dernier veston Versace. Aime-t-elle au moins manger ? Y prend-elle du plaisir ? Rien n’est moins sûr puisque toujours à moitié pleine revient l’assiette. Les mauvaises langues murmurent qu’elle régurgiterait sa pitance une fois le dos du maître queux tourné.

Des cuisiniers justement, parlons-en. C’est qu’elle fait souvent copine comme cochonne avec des « amis-chefs » qu’elle ne connaissait pas 120 secondes plus tôt. Ou s’extasie devant un plat pas encore goûté. Combien de fois a-t-on entendu un « c’est merveilleux » alors que les légumes n’étaient pas dressés en cuisine ? Dans le meilleur des cas, notre adepte du foodistrass tient un blog régulièrement actualisé où l’on suit ses frasques. Dans le pire, elle deale deux ou trois posts sur Instagram en échange d’un dîner, d’un cookie ou d’une boîte de surimi (véridique). Ne soyons pas trop durs : il faut reconnaître qu’elle est toujours impeccablement manucurée, un atout de taille lors des pince-fesses qui rythment le calendrier de la profession. Plutôt que par sa plume, elle a parfaitement compris que la disponibilité était son arme fatale. Un vieux briscard de la presse magazine annule au dernier moment ? Pas de soucis, elle viendra gonfler les rangs des présents, parfois même à deux, cinq, dix soirées simultanées.

Quand la food sera moins à la mode, elle trépassera et se recyclera dans le dernier hobbie in (le jardinage, le bricolage, la moto, la culture de paillassons vivants) ou la com’ pour exploiter son « réseau » étalé en grandes pompes. Qu’importe l’univers. D’ici là, elle continuera à briller à coup de smileys sophistiqués, de phrases bien léchées ou de clichés pseudo-artistiques. En 140 caractères bien sûr, filtre photo inclus. Ces quenelles de brochet étaient succulentes mais peu photogéniques ? Tant pis, elles ne passeront pas l’étape du partage public. A l’inverse, une assiette était infâme ? Pas grave, bienvenue au royaume du toujours beau à défaut du toujours bon ! #miseenscène, quand tu nous tiens…

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Ezéchiel Zérah / © kanashkin


 

 

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