Dans l’œil… de la photographe Lisa Klein Michel

Photographe autodidacte, Lisa Klein Michel est à l’image d’une petite souris : discrète, elle s’efface devant ses sujets pour mieux les valoriser. Tels qu’ils sont, sans fard. Cette voleuse...

Photographe autodidacte, Lisa Klein Michel est à l’image d’une petite souris : discrète, elle s’efface devant ses sujets pour mieux les valoriser. Tels qu’ils sont, sans fard. Cette voleuse d’émotions et d’instants singuliers anime également le site de reportages Luckymiam.com, centré sur les restaurants et commerces de bouche. Elle vit à Paris et collabore régulièrement avec Atabula.


« Ma formation de photographe ? J’ai fait une semaine à l’école Louis Lumière, autant dire que je suis une autodidacte. »

PORTRAITS

J’aime quand les gens sont au naturel et m’oublient. Quand ils se revoient, ils apprécient les photos car ils se reconnaissent, ils ne sont pas en représentation, ils ne posent pas. Mon idée, c’est que ça les conforte dans ce qu’ils sont vraiment. On le voit avec la chirurgie plastique : ceux qui sont passés par là se regardent fixement, ils oublient qu’ils vivent, avec leurs émotions. On enlève toute la vie, c’est presque médical. C’est important de se voir tel que l’on est. Je montre toujours mes clichés : tant que les personnes photographiées ne se considèrent pas bien sur une photo, je shoote de nouveau. Parfois les photos sont extrêmement intéressantes, d’autres fois ça ne donne rien. Dans ce dernier cas, c’est souvent parce que les gens ne m’ont pas fait confiance, ils n’ont pas essayé de communiquer avec moi. C’est dommage parce que s’ils font un premier pas, je leur rends au centuple. »

De gauche à droite : la jeune femme travaillant au Caffé Stern ; Cédric Grolet, chef pâtissier du Meurice ; Ophélie Barès, chef pâtissière à l’origine du salon de thé coffe shop Marcelle ; Pascal Hélard, chef de cuisine du restaurant Le Duc

Portrait de Pascal Hélard, chef du restaurant Le Duc à Paris

« C’est le premier cliché de la série. Le homard commençait à bouger, ce qui a fait rire Pascal Hélard, oubliant qu’il était vivant. Toutes les photos d’après n’étaient pas bonnes car il était coincé dans son rôle de ‘je suis le chef du Duc avec un message à véhiculer ».

Portrait au Caffé Stern

« Cette jeune femme était responsable des pâtes au Caffé Stern. C’est un restaurant où les équipes sont soudées. J’ai adoré les photographier parce que j’ai été intégrée dans cette famille, j’ai été regardée par tous avec gentillesse. Cette jeune femme se fout d’être belle : elle est comme un enfant que tu photographies avec du chocolat au bout des lèvres. Il n’y a rien de plus ennuyeux que quelqu’un qui te fait comprendre ‘voilà, je t’ai donné exactement ce que je donne à tous les photographes’. »

LUMIÈRE ET PLACEMENT

« On m’a un jour dit que j’étais une ‘attrapeuse de lumière’. Je me mets au bon endroit. La photo de la jeune femme remontant de la cave au Mordant, il n’y a que moi qui l’ai faite. Elle a d’ailleurs été reprise par le magazine d’architecture et de décoration AD. C’est ma façon de faire : j’attends. Je me poste à un endroit comme d’autres vont à la pêche ou à la chasse. Cela m’excite beaucoup d’attendre, de repérer. Chez Accents, je me suis aperçu qu’à un moment, les voitures qui passaient faisaient que le cerf se reflétait sur le mur. Ce n’est pas donné à quelqu’un qui se poserait comme ça, à un instant T. Toujours chez Odette, je n’ai pas dit ‘venez mettre la table comme ceci et le rideau va passer à ce moment-là’. Non, cela s’est produit. Et c’est justement ce qui donne envie aux gens de venir dans le restaurant à travers mes photos : il y a quelque chose à vivre. Le soir, je ne prends pas des photos : il n’y a plus de lumière, ça ne reflète pas la réalité. Voilà pourquoi je ne travaille qu’à la lumière naturelle. C’est comme un paysan : il faut se dépêcher s’il y a des gelées. Il y a un bon sens que les gens semblent oublier. »

Restaurant Le Mordant à Paris

Le restaurant Accents à Paris

Restaurant Odette à Paris

PLATS

« Avec les photos de nourriture, je fais vraiment attention à respecter certaines choses. Je me mets au plus près de l’assiette, comme un parfumeur qui colle la languette à son nez ou à un enfant qui, contrairement à la pudeur des adultes, porte instinctivement ce qu’il mange au nez, à la bouche. Je ne touche jamais aux assiettes des cuisiniers, je ne leur demande pas de faire ci ou ça en amont : je veux refléter fidèlement leur travail. Je ne veux pas accessoiriser ou recréer, je veux transmettre une histoire sans m’en mêler. Si une assiette est un peu fêlée, qui suis-je pour demander de la changer ? Si ça va au chef, ça me va aussi. Il faut également s’intéresser au plat : pourquoi tels éléments, pourquoi tels autres ?

Assiette de Florent Ciccoli (restaurant Jones – Paris)

Certains chefs que j’ai vu travailler m’impressionnent parce qu’ils font ce qu’ils veulent. Leurs bases immenses leur permettent d’imaginer des assiettes sublimes en cinq minutes selon leur inspiration. Ils lâchent prise et créent de façon instinctive, à l’image de la danse. C’est d’ailleurs le domaine qui se rapproche à mon sens le plus de la nourriture. »


Pratique 

Lisa Klein Michel – www.lisakleinmichel.com


Propos recueillis par Ezéchiel Zérah / ©Lisa Klein Michel

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