Si les médias ne cessent de montrer face caméra la vie des cuisiniers, amateurs ou professionnels, il est plus rare qu’ils se penchent sur les petites et les grandes histoires en amont, lorsque la ou le futur chef n’est encore qu’un(e) simple étudiant(e). Atabula a choisi de remonter le temps et, en une dizaine de chroniques, de raconter le parcours, parfois mouvementé et surprenant, d’une étudiante à l’école parisienne Ferrandi, que ce soit au sein de l’entité scolaire ou en immersion dans un grand palace parisien.


Chronique d’une étudiante en cuisine à l’école Ferrandi / 1 – Du rêve à l’uniforme


J’ai décidé il y a quelque mois de commencer une école de cuisine, pour des raisons finalement assez simples : je suis passionnée par la gastronomie depuis ma plus tendre enfance. Pour beaucoup, cette passion taille dînette s’éteint avec l’âge. Pas pour moi. Je me suis toujours méfiée des mathématiques et autres sciences dures, mon cœur battant plus fortement pour les lettres, la musique, l’art et, tout particulièrement, les arts culinaires. D’où l’école de cuisine.

En m’inscrivant chez Ferrandi, célèbre école parisienne, j’avais quelques doutes sur ma réussite au concours. Grande école rime avec sélection, lettre de motivation, examen d’anglais, tests de culture générale et culinaire, entretien… Avant même d’entrer dans les murs, j’ai tout imaginé : les cuisines, les chefs, les autres élèves… De l’euphorie initiale, j’ai viré à l’anxiété, me demandant à quelle sauce j’allais être mangée. Car m’étant logiquement renseignée sur l’école, j’ai compris que c’était une école très stricte, qu’il fallait s’accrocher pour réussir et que c’était un monde plutôt masculin. Mais qu’importe, la volonté peut être plus forte que tout. J’ai réussi le concours. Restait à ne plus se contenter de rêver l’école, mais à y aller.

Je suis tout excitée par ce premier jour à l’école qui n’est en réalité pas une vraie rentrée mais simplement une matinée où l’on va m’expliquer le déroulement de l’année, me prendre en photo pour ma carte d’étudiant et prendre mes mesures pour les uniformes. En parlant d’uniforme, les consignes du règlement intérieur sont strictes : tailleur pour mademoiselle, costume cravate pour monsieur. Arrivée là-bas je m’aperçois que je suis la seule à avoir respecté le code vestimentaire. Les récalcitrants ne tardent pas à se faire rappeler à l’ordre : « Tant pis pour aujourd’hui mais à la rentrée ce sera tenue de rigueur pour tout le monde, barbe rasée et cheveux attachés ! » C’est dit, c’est entendu. Dans l’amphithéâtre, nous sommes une centaine à écouter les consignes, autant de garçons que de filles, de milieux et d’âge assez différents. Certains entrent en classe de management, d’autres en pâtisserie et d’autres, comme moi, en cuisine. Nous écoutons tous silencieusement l’énumération des consignes et le déroulement de l’année. De mon côté, j’observe mes futurs voisins et voisines de cours. Puis vient le temps de la photo et, plus étonnant, la salle dans laquelle une équipe de la marque de vêtements Bragard attend sagement les futurs étudiants. On prend les mesures pour le costume de salle que l’on n’utilisera… qu’en troisième année ! Mais, bien sûr, la carte bleue, doit chauffer tout de suite. Pratique d’autant plus étonnante que tout le monde n’ira pas jusqu’à la troisième année… Peu importe, dès la fin du petit parcours, direction…. Bragard pour commander l’uniforme, celui qui me servira dès le début des cours. De nouveau, on prend mes mesures, je donne mes nom et prénom pour qu’ils soient brodés sur la veste et je débourse 380 euros. J’enfile immédiatement la tenue et j’éclate de rire en me regardant dans le miroir : la tenue a été pensée pour un garçon et s’adapte peu à un corps féminin. Qu’importe, j’ai au moins l’allure d’un jeune cuisinier. Je me prends en photo et je l’envoie à mes amis, trop fière de moi. Direction les couteaux Lejeune pour acheter ma mallette, autre achat obligatoire. Je me déleste de 350 euros.

Retour chez moi. Comme une enfant, j’ouvre tous mes sacs pour contempler mes emplettes du jour. Je repense à cette première matinée et j’ai un peu l’impression de revivre l’expérience de mon ancien collège, lorsque j’étais en internat, avec le même côté strict. Je connais, je ne m’inquiète pas plus que cela. Hâte de faire ma vraie rentrée, avec mon uniforme et mes couteaux.

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Auteur

Lise Minvel / © santypan


 

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