Si les médias ne cessent de montrer face caméra la vie des cuisiniers, amateurs ou professionnels, il est plus rare qu’ils se penchent sur les petites et les grandes histoires en amont, lorsque la ou le futur chef n’est encore qu’un(e) simple étudiant(e). Atabula a choisi de remonter le temps et, en une dizaine de chroniques, de raconter le parcours, parfois mouvementé et surprenant, d’une étudiante à l’école parisienne Ferrandi, que ce soit au sein de l’entité scolaire ou en immersion dans un grand palace parisien.


Chronique d’une étudiante en cuisine à l’école Ferrandi / 3 – L’infirmière, ma meilleure copine


Quelques semaines après le début des cours, le rythme commence à s’installer. Les cours s’enchainent, la petite « promo » – nous sommes 16 alors qu’elle ne devrait pas dépasser la douzaine règlementaire – apprend à se connaître. En cuisine, la mallette à couteaux est ouverte depuis longtemps. Ca coupe, ça émince, ça tranche. Mais, parfois, ça dérape et ce n’est pas la carotte qui prend, mais le doigt. Pour tous, le stress est réel. Ce n’est pas pour rien que l’école compte deux infirmières à temps complet, et une troisième est arrivée.

Pour apprendre, il y a la pratique et il y a l’exemple. D’où les multiples démonstrations qui nous sont faites en ce début de scolarité. Démonstration du jour : découpe et utilisation de la pomme de terre avec un Meilleur Ouvrier de France. Chacun écoute religieusement l’homme au col bleu-blanc-rouge. Mon regard tombe sur ses mains qui s’agitent sur le tubercule. Et ô surprise, notre MOF a un doigt en moins. En conclure que l’appendice a connu un mauvais sort à cause d’une lame trop effilée serait trop hâtif, mais je ne peux m’enlever l’horrible image de mon esprit.

Bien sûr, les images passent et les coupures arrivent. Tous les élèves passent tôt ou tard voir les infirmières. L’infirmière, notre meilleure copine avec qui l’on discute, échange et rigole. Elle ne lâche pas grand-chose sur toutes les horreurs qu’elle a vues, mais nul doute qu’il y a du lourd. Certains sont quand même allés se faire recoudre à l’hôpital… Quant aux brûlures, elles existent aussi. Se plaindre ? Non, c’est le quotidien d’un cuisinier, aussi bon soit-il. D’ailleurs, notre professeur s’amuse à nous le répéter à chaque nouvel incident, avec juste ce qu’il faut de sadisme et d’expérience personnelle : « C’est le métier qui rentre ».

Sur le même sujet

Lire les autres chroniques d’une étudiante en cuisine à l’école Ferrandi

Auteur

Lise Minvel / © hikdaigaku86


 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.