Le monde des cuisines n’est pas une sinécure, la chose est connue et assumée. Mais pour une femme, malheureusement, c’est le parcours de la combattante. Dans ma promotion, nous sommes une petite quinzaine, et seulement cinq femmes. Chacune a son style et son tempérament, mais il est certain que le regard masculin sur la gente féminine est parfois lourd de sens… Toutes les cinq, nous préférions en rigoler mais, parfois les remarques sont plus dures à encaisser. En quelques jours, tous les clichés de la femme faible sont passés en revue, jusqu’à l’imitation de la petite voix féminine synonyme de faiblesse. Tenir bon, prouver, toujours prouver, faire plus pour montrer et démontrer que la femme est l’égale de l’homme en cuisine.

S’il n’y avait que nos copains de promo pour nous ramener à ce postulat du « sexe faible », cela resterait du niveau de la cour de récréation. Mais certains cadres de l’école n’échappent pas à ce travers. Mon futur chef, rencontré dans le cadre d’un entretien pour valider mon inscription, ne s’était pas privé de me toiser de haut en bas, avec un regard qui voulait tout dire : toi, petite et chétive, ta place n’est pas gagnée. D’ailleurs, lors d’entretiens ultérieurs, il ne se privera pas de me faire des remarques sur mes capacités à soulever les marmites et, plus généralement, sur ma résistance physique.

Ecole, cuisine, même combat. Pendant les stages, le premier jour en cuisine est toujours un grand moment, avec une évaluation « physique » plus ou moins discrète de la part de la gente masculine sur la petite nouvelle. Une étudiante avait même eu le loisir de pénétrer dans les cuisines d’un restaurant sous les sifflets – admirateurs ? – d’une brigade jusque là 100% masculine. Il faut faire avec, se créer une carapace et… prouver que la cuisine n’est pas qu’une affaire de testostérone.

En cuisine, l’égalité des sexes n’est pas encore pour demain Click To Tweet

Toutes les femmes chefs – Amandine Chaignot, Adeline Grattard et tant d’autres – ont connu peu ou prou les mêmes remarques sexistes. S’il y a des exceptions, avec des chefs qui veillent à ne pas reproduire le sexisme ambiant, l’égalité des sexes en cuisine n’est pas encore pour demain. Pas étonnant qu’autant de femmes quittent le milieu des cuisines pour s’épanouir ailleurs, parfois dans les métiers de salle, souvent le plus loin possible des cuisines surchauffées.

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Auteur

Lise Minvel / © olvius


 

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