Amiens : à quand le réveil gastronomique ?

Restaurant Amiens ou manger


Amiens → 26e place sur 30


Avec sa 26e place au classement, la ville d’Amiens fait figure de parent pauvre côté restaurant. Aucun établissement étoilé, aucun Bib Gourmand, onze petites tables citées au guide Gault & Millau et, pire, seulement quatre recensées par le Michelin. La meilleure table de la ville est incarnée par le chef Frédéric Barette, passé par les cuisines lilloises du chef Robert Bardot et ex-chef du restaurant Les Coulisses Vintage à Paris. Son établissement, Les Orfèvres, est complet chaque weekend grâce aux touristes et aux Parisiens venus visiter la Cathédrale située à deux pas. « Sans le tourisme, je ne pourrais pas faire vivre mon restaurant » assure-t-il. Et d’ajouter qu’Amiens ne dispose pas aujourd’hui d’un bassin de clientèle suffisamment fort pour permettre la réelle émergence d’une belle gastronomie sur la ville. « Amiens est un microcosme et les Amiennois se portent très bien en vivant cachés. Le weekend, les Amiennois qui ont le pouvoir d’achat quittent la ville pour se rendre au Touquet ou en Baie de Somme. » Le temps où Amiens disposait de deux tables étoilées au guide Michelin, il y a plus de vingt ans, semble loin, très loin. Certes, Les Orfèvres pourrait honorablement prétendre à l’étoile, mais il se murmure que des raisons extra-culinaires ont eu raison du choix du guide Michelin.

Très près et trop loin de Paris, Amiens n’incarne aujourd’hui ni une identité gastronomique, ni même le moindre dynamisme en la matière. Ce n’est malheureusement pas la table étoilée de L’Aubergade, située à quelques encablures d’Amiens (Dury) qui va inverser la tendance. Pourtant, la ville d’Amiens ne manque pas de potentiels, avec quelques fournisseurs de très bonne qualité, que ce soit la très belle sélection de vins de la Vinothèque, la viande du boucher Wiotte ou les légumes bio de Jean-Louis Christen. Demeure le double problème de la clientèle – insuffisante – et des ressources humaines. « Je refuse régulièrement des clients car je manque de personnel en salle pour assurer correctement le service. Quand on a des prétentions gastronomiques, on ne peut pas se permettre de jouer avec la qualité, que ce soit en cuisine ou en salle » assure Frédéric Barette. A seulement une heure de Paris par le train, à peine plus par l’autoroute A16, la ville d’Amiens semble également contrainte par une situation économique délicate. Récemment, la situation de quelques grandes entreprises – Goodyear notamment – a montré combien le marché de l’emploi était délicat. A sa façon, le réalisateur François Ruffin, personnalité amiennoise et candidat aux élections législatives (qualité pour le second tour), a mis en exergue dans son documentaire Merci patron ! les difficultés du territoire. Enfin, la politique de la ville s’inscrit dans cette problématique de l’accès l’emploi, l’insertion et le développement économique. Actuellement, selon nos informations, aucun projet politique n’existe pour valoriser la gastronomie locale. Optimiste malgré tout, Frédéric Barette espère pouvoir compter sur la nouvelle génération, habituée à sortir au restaurant sur Paris ou ailleurs, et curieuse des nouvelles tendances, pour relancer le dynamisme culinaire à Amiens.


Franck Pinay-Rabaroust



 

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