Entretien avec Laurent Plantier, fondateur de FrenchFood Capital, premier fonds d’investissement français dans la foodtech

Le fonds d’investissement FrenchFood Capital vient de lever 70 millions d’euros pour investir dans les PME de l’alimentaire. Premier du genre, il devrait permettre à la foodtech française de...

Le fonds d’investissement FrenchFood Capital vient de lever 70 millions d’euros pour investir dans les PME de l’alimentaire. Premier du genre, il devrait permettre à la foodtech française de prendre un nouvel essor dans un environnement mondialisé et hautement concurrentiel. Entretien avec son fondateur, Laurent Plantier.


Atabula – Pourquoi avez-vous créé le fonds d’investissement FrenchFood Capital ?

Laurent Plantier – Nous sommes partis d’un constat évident. Notre alimentation, au sens large, évolue à très grande vitesse. Les modes de consommation changent, le digital prend une place de plus en plus importante. Nos priorités évoluent, avec le souci du manger sain, bio, etc. Désormais, tout se joue autour de la notion d’expérience alimentaire. De fait, les entreprises – nouvelles ou anciennes – doivent suivre ce mouvement permanent. Notre volonté est de contribuer à leur développement.

Quels vont être les profils des entreprises dans lesquelles vous allez investir ?

Nous sommes un fonds de capital développement, c’est-à-dire que nous allons investir dans des entreprises qui existent déjà depuis au moins deux ans. Il ne s’agit donc pas d’amorçage. En revanche, rien ne nous interdit de prendre des parts dans des structures qui ont 2,10, 50 ans ou un siècle d’existence. Sur le profil, c’est très large. Cela peut être dans l’univers du « gourmet food », des nouvelles boissons, de la distribution, dans la restauration, dans le food service, etc. Le fil conducteur de nos investissements sera autour de l’expérience client. Aujourd’hui, même quand vous allez manger une pizza, vous recherchez une expérience, l’envie de vivre un moment particulier, non anonyme. C’est pour cela que de nombreuses chaines vont disparaître, et d’autres vont apparaître.

Laurent Plantier (à droite)

Le secteur de la « food » est un monde en mouvement perpétuel. N’est-ce pas difficile d’investir dans de telles conditions ?

Les choses changent très vite et il y a toujours une part d’incertitude. Regardez aujourd’hui la livraison à domicile. Le rapport de force est aujourd’hui en faveur d’Amazon. Mais, demain, une nouvelle application peut bouleverser le secteur. C’est également notre mission, chez FrenchFood Capital, de faire une veille permanente. Évolution rapide donc, mais cela ne veut pas non plus dire que la rupture est permanente. Nos habitudes de consommation évoluent mais sur du long terme, génération par génération. Ensuite, le consommateur peut être « tendance » en voulant manger sans gluten, sain, bio et locavore puis, le lendemain, le même va manger gras, lourd, sans tenir compte de ses principes de la veille. Les tendances coexistent, ce qui rend complexe donc excitant notre métier.

Vous êtes un fonds d’investissement, cela veut dire quoi concrètement en termes d’engagements ?

Nous investissons pour permettre le développement de l’entreprise. Cela se double d’une présence au board, et d’une mission d’analyse des forces et faiblesses. FrenchFood Capital compte de nombreuses expertises en interne, qui peuvent se doubler de compétences externes en fonction des situations. Enfin, nous sommes un fonds d’investissement, cela veut dire qu’il y a une sortie programmée du capital, différente au cas par cas.

Votre ambition est d’être minoritaire ou majoritaire au capital des entreprises ?

Les deux situations sont possibles, mais nous seront plutôt principalement minoritaire au capital. Etre majoritaire, c’est un autre métier.

Le fonds a été officiellement créé le 20 juillet. Avez-vous déjà reçu beaucoup de dossiers ?

Début septembre, nous avions déjà reçu plus de 170 dossiers, ce qui est conséquent. Avec quelques belles opportunités à saisir. Les premières signatures devraient se faire à l’automne.

Comment se positionne la France dans l’univers de l’investissement foodtech ?

La France se montre très innovante dans l’univers de la foodtech. Mais l’investissement, lui, ne suit pas. Actuellement, les principaux fonds d’investissement dans la foodtech sont anglais, allemands et américains. Avec des levées de fonds considérables. Notre faiblesse est de penser franco-français. L’intérêt de notre fonds est de donner l’opportunité d’avoir un développement à la hauteur des enjeux.

Même dans l’univers de la foodtech la France reste autocentrée ?

Il faut comprendre que le marché de la food est particulier. Vendre un téléphone en France, en Italie ou aux Etats-Unis est assez facile avec des méthodes identiques. Mais on ne vend pas une pizza de la même façon à un Anglais, un Italien ou un Français. Prenons l’exemple de Sodebo qui réalise des sandwichs, des pasta box et des pizzas fraiches. En France, ils pèsent près de 100 millions de chiffre d’affaires, ils connaissent les acheteurs, donc le groupe devrait pouvoir être facilement présent à l’étranger. Et ce n’est pas le cas car le marketing n’est pas le même en Italie ou en Angleterre.

Allez-vous voir également ce qu’il se passe à l’étranger et importer en France les bons concepts ?

Absolument. Nous regardons les enseignes qui se montent partout dans le monde et analysons leur potentiel sur le marché français. Même si de nouvelles enseignes sont arrivées récemment en France – Prêt à Manger, Burger King, Five Guys, Wagamama… -, d’autres auraient leur place sur le marché français. A nous de les faire venir.

Et l’univers de la haute gastronomie, est-ce intéressant pour un fonds d’investissement ?

C’est beaucoup plus difficile… Les marges sont étroites. Et quels sont les chefs qui souhaitent vraiment se développer, notamment à l’étranger ? À part Alain Ducasse, Joël Robuchon, Pierre Gagnaire et Yannick Alléno, je n’en vois pas beaucoup d’autres. Aucune critique chez moi en disant cela, ce n’est qu’un constat.  

[divider]L’équipe de FrenchFood Capital[/divider]

Paul Moutinho, ex partner Naxicap, spécialisée en finance, stratégie et business développement

Perrine Bismuth, co-fondatrice La Deuxième Maison, spécialisée en stratégie, marketing et alimentation durable

Laurent Plantier, co-fondateur du groupe Alain Ducasse Entreprise, spécialisé en business développement, opérations métier et gastronomie

Denis Hennequin, ex-PDg Europe McDonald’s, ex-PDg groupe Accor, spécialisé en retail food, international et business développement

Augustin Boyer, directeur d’investissement

FrenchFood Capital compte également neuf experts au sein du Comité stratégique

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[divider]Pratique[/divider]

Site web FrenchFood Capital

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Propos recueillis par Franck Pinay-Rabaroust

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