Les réseaux sociaux auraient-ils tué la blogosphère culinaire ?

Les réseaux sociaux, Facebook et Instagram notamment, ont-ils pris le pas sur les blogs culinaires, moins célébrés ces dernières années ? Éléments de réponse avec deux experts de la gastronomie 2.0.


Stéphane Riss, fondateur et directeur de l’agence Affectio 

« La blogosphère a complètement évolué, elle s’est essoufflée. Je dirais même qu’elle est morte il y a trois ans. A partir de cette période, Facebook et Instagram ont pris énormément de place, Instagram est devenu presque plus important que Facebook d’ailleurs. A mon sens, c’est la conséquence de la génération actuelle qui zappe encore plus qu’auparavant, a accès à l’information plus rapidement. On voit qu’à l’heure actuelle, les marques invitent non plus des blogs mais des comptes Instagram. L’hôtel Meurice par exemple mise tout sur sa stratégie digitale via des invitations d’Instagrammeurs. Les marques se basent aujourd’hui sur le nombre de followers sauf que beaucoup d’Instagrameurs ont acheté des fans. Bizarrement, des gens sortis de nulle part affichent 30 000 abonnés quelques mois plus tard… Le jour où une marque demandera à un Instagrameur de montrer patte blanche, les choses changeront… Surtout que ce dernier a la capacité d’identifier la provenance de sa communauté. J’ai des retours de directeurs d’hôtels, suite à des dîners où sont invités des Instagrameurs, et ils me confient que ces derniers n’ont aucune conversation à table, même entre eux. Ils sont rivés à leur téléphone. Avec Instagram, la superficialité est encore plus apparente, on est sur le culte du moi.

Aujourd’hui, le blog est devenu informatif, ce sont désormais des médias complets. On est sur des articles de fond, on y va non pour zapper mais pour chercher une expertise. Quand on regarde l’évolution des trois blogeuses historiques de la food, l’une est devenue rédactrice en chef de 750g, l’autre fait de la télé et enfin, la dernière continue à tenir véritablement son blog. Deux sur trois ont pratiquement laissé tomber donc. A une époque, le blog pouvait être un tremplin or ce tremplin a été remplacé par Youtube ou Instagram. Les gamins veulent en 2017 devenir Youtubeur ou Instagrameur, pas blogueur. Ils connaissent Cyprien ou Norman et si on met ces derniers dans la rue, les gens les connaissent, ils sont suivis par des millions de personnes et possèdent une réelle influence. Dans la food, ceux qui se disent influents ne vont influencer que leur microcosme. Or l’influence, c’est de pouvoir toucher le plus grand nombre, c’est d’être populaire. Mercotte est populaire par exemple parce qu’elle passe à la télé. François-Régis Gaudry est populaire parce qu’il s’affiche à la télé comme à la radio. Et encore, quand tu regardes les supports pour lesquels il travaille, c’est un problème qu’il ne compte que 30 000 fans, ça ne reflète pas son véritable poids. Quels comptes Instagram ont réellement un impact pour les restaurateurs ? Il faudrait leur demander justement. »

Hélène Clément, fondatrice et directrice de l’agence Palais Royal 

« Mes clients restaurateurs sont ravis quand il y a du buzz généré sur Instagram, cela permet de faire parler des ouvertures, des soirées et des évènements comme ce fut le cas à Paris avec Pink Mamma, dernier restaurant du groupe Big Mamma qui a fait appel à des Instagrameurs mode et art de vivre avec des très nombreux abonnés. J’ai tendance pour ma part à inviter des Instagrameurs qui sont en activité depuis longtemps, même si leurs chiffres ne sont pas démentiels, parce que leur communauté est fidèle. Mieux vaut compter sur des niches avec de vraies audiences que de gros comptes où il n’y a rien derrière… Il y a plein de jeunes qui débarquent sur Instagram ou Youtube et je considère que les agences de relations presse traditionnelles se sont un peu perdues en route, elles ne savent pas véritablement qui sont les vrais influenceurs. Il y a complétement une bulle Instagram, c’est évident. Car malgré l’intérêt des réseaux sociaux, je sais pertinemment que ce n’est pas cela qui va faire venir s’attabler les clients. Est-ce que les Youtubeurs très suivis qui ont une vingtaine d’années vont faire se déplacer leur communauté ? Je ne suis pas certaine que cette dernière soit véritablement la clientèle des restaurants… A mon sens, le blog est précieux parce que le contenu est archivé, référencé dans Google. Et puis, au-delà du bruit généré pour leurs soirées via Instagram, mes clients restent attachés à l’écrit, à un travail de fond. »

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Propos recueillis par Ezéchiel Zérah

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