C’est à croire qu’ils le font exprès. Pour énerver le mangeur ou, plus sournoisement encore, pour regarder sans arrêt l’objet du courroux, histoire de n’oublier ni sa forme, ni sa marque. Les couteliers, donc, ne feraient-ils pas volontairement preuve de mauvais esprit en construisant leur couteau de telle sorte que le mangeur le prenne naturellement à l’envers ? Car combien de fois se retrouve-t-on avec son couteau dans le mauvais sens, le tranchant pointé vers le haut ? Au début, on peste sur la mauvaise qualité du schlass puis, après avoir compris son erreur, on le remet discrètement à l’endroit comme si de rien n’était. Sauf qu’à chaque fois, manque de bol, l’erreur se répète et l’on comprend que ce n’est pas une bévue isolée mais bel et bien le manche qui déconne. Lamentable lame en peine.

Celui qui est pris pour un manche, c’est le client qui s’énerve sur la lame et perd le fil de son plat

Car oui, le beau couteau a beau être réalisé par les plus fines lames du design – ils adorent ça et les chefs raffolent avoir leur couteau qu’ils peuvent vendre à prix d’or -, l’histoire se répète et tous ou presque souffrent du même mal. Un mal logique : pour pouvoir se poser sur la table sans foutre de la sauce partout, il faut que notre objet puisse reposer en paix et à bonne distance de la table. D’où une base solide et large, lame légèrement relevée. Certes, mais si la nappe reste propre, c’est le mangeur qui est pris à défaut, perturbé par ce couteau qui n’en fait qu’à sa tête. Propre, oui, ergonomique, non ! La situation est d’autant plus risible que, de nos jours, il n’y a quasiment plus rien à couper dans nos assiettes. Mais, à l’instar de l’assiette, le couteau fait partie de la sémantique du chef. Solide, personnalisé, beau, le couteau envoie un message à celui qui le prend en main. Le prendre à l’envers, c’est aussi une façon – perverse - de s’en souvenir. Comme me l’expliquait récemment une serveuse parfaite, « tant que l’on ne prend la lame pour le manche… » Certes, mais celui qui est pris pour un manche, c’est le client qui s’énerve sur la lame et perd le fil de son plat. Messieurs les couteliers et designer en tout genre, ne soyez pas mou du manche et regardez la réalité en face : il n’y a plus de nappes au restaurant et on se fout bien de mettre un petit peu de sauce sur la table (en bois). Une léchouille du doigt et tout sera propre. Le repas n’en sera que plus paisible et le mangeur n’aura plus envie de vous planter le couteau dans le dos, lame en bas ou lame en haut.

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Auteur

Franck Pinay-Rabaroust / © weyo

Une réponse

  1. Druesne Denis

    Je n’ai encore jamais vu de couteau de la sorte sur une table de restaurant,par contre en cuisine oui mes l’une des premières choses qu’apprend un cuisinier est de ne jamais laisser son couteau la lame vers le haut!!!!!!!!!

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