Comment devenir journaliste gastronomique en 12 points

« Dans ce métier, les gens savent soit écrire, soit manger, rarement les deux, parfois aucun des deux. Si vous savez faire les deux, vous êtes sûr de réussir....

« Dans ce métier, les gens savent soit écrire, soit manger, rarement les deux, parfois aucun des deux. Si vous savez faire les deux, vous êtes sûr de réussir. » La phrase de feu Christian Millau fait toujours mouche. Mais la réalité n’est pas aussi simple. Consacrer sa plume à l’assiette est une idée séduisante mais pas facile à mettre en oeuvre. Comment devenir journaliste gastronomique ? La réponse en 12 points.

Mots-clés : journalisme, formation, métier, écriture, cuisine, sociologie


[divider]1/ Journaliste, un métier ouvert[/divider]

Si vous voulez devenir coiffeur ou coiffeuse (mais également avocat ou médecin), il vous faudra un diplôme spécialisé, c’est obligatoire. Pour devenir journaliste, nul diplôme requis. Journaliste est un métier ouvert, accessible à tous, sans autre condition que celle que votre employeur fixera. D’où la possibilité de se reconvertir à tout âge et assouvir sa passion pour la cuisine et l’écriture. Mais, bien évidemment, ce n’est pas aussi simple.

[divider]2/ Aucune formation dédiée[/divider]

Ne cherchez pas, il n’existe pas ! Le diplôme de « journaliste gastronomique » est à inventer. Mais il ne servirait pas à grand-chose ou, plus exactement, pas à grand monde. Combien de poste à pourvoir chaque année ? Aucun ou presque. Certes, il existe bien quelques modules éparpillés dans les écoles en « communication gastronomique » ou autres appellations de ce genre, mais il n’existe pas de cursus spécialisé. Est-ce bien ainsi ? Probablement.

[divider]3/ Journaliste gastronomique, mais c’est quoi exactement ?[/divider]

Critique culinaire, journaliste gastronomique, auteur de livres ou de recettes… Derrière les appellations multiples se cache une question : en quoi ça consiste d’écrire sur la gastronomie (ou sur la « food », la « bouffe » ou autre mot désignant ce que l’on ingurgite) ? La réponse est déjà complexe pour qualifier le métier de « journaliste » aujourd’hui… Pour faire simple, le critique culinaire est celui qui porte une analyse « critique » d’un restaurant. L’auteur (de recettes ou autres) est celui qui va rédiger un livre (dans lequel les recettes prennent généralement toute la place). Quant au journaliste gastronomique, il peut s’occuper des deux précédentes « spécialités » mais également de rédiger des entretiens avec des chefs, d’écrire des articles sur l’actualité des chefs, des enquêtes sur telle ou telle tendance ou des papiers croisant les univers (musique, art, architecture… et cuisine). Devenu un sujet sociétal à part entière, la gastronomie offre un champ journalistique large : le journaliste dédié peut donc s’occuper de sujets extrêmement variés. A lui de savoir proposer le bon sujet au bon moment, règle de base du journalisme en général.

[divider]4/ Faut-il s’y connaître en cuisine pour parler cuisine ?[/divider]

Répondre abruptement par la négative et ce serait s’attirer les foudres des chefs qui, souvent, critiquent la critique en expliquant que tel ou tel scribouilleur n’y connaît rien dans le maniement de la casserole. C’est parfois vrai... Sur l’ensemble des journalistes spécialisés qui écrivent sur la « food », rares sont ceux qui ont appris à cuisiner. Pourquoi ? Parce qu’un journaliste est avant tout un journaliste ! Demande-t-on au journaliste spécialisé « musique » ou « football » de maîtriser le piano ou la guitare, ou d’être un as du dribble ? Un bon journaliste est celui qui, par-delà le fait de bien écrire, va comprendre son sujet et faire preuve d’une vraie empathie pour son sujet. Un journaliste doit se muer en caméléon : à chaque sujet, c’est d’autant plus vrai quand il s’agit d’un sujet technique, il doit cravacher pour saisir tous les enjeux et les limites de l’article à réaliser. Parce que la cuisine est emplie d’humanité, la question n’est pas tant de savoir cuisiner comme un chef, mais de comprendre la logique du chef. Pour être un bon journaliste gastronomique, il faut mieux savoir cuisiner un chef que de cuisiner comme un chef.

[divider]5/ La cuisine, un champ journalistique rarement isolé[/divider]

Si la cuisine regorge de sujets variés, il n’en demeure pas moins que les journalistes qui n’écrivent que sur la « food » ne sont pas légion. Dans la presse spécialisée, la plupart des journalistes sont des pigistes, c’est-à-dire qu’ils sont payés à l’article et ne sont pas « intégrés » à la rédaction du journal (parfois réduite à deux ou trois personnes en interne). Les pigistes doivent donc trouver d’autres boulots alimentaires. Cela peut être dans la communication (celle des chefs ou autres) ou, alors, écrire sur d’autres sujets. Il en est a fortiori de même pour la presse non spécialisée. Ainsi, Stéphane Davet, du journal Le Monde, traite aussi certains sujets « musique » pour le quotidien du soir. À l’AFP, la journaliste Anne-Laure Mondésert gère en parallèle des sujets « cuisine » la mode. Au Figaro, Stéphane Durand-Souffland se définit comme « chroniqueur judiciaire, chroniqueur gastronomique, en alternance ou en simultané ».

[divider]6/ Journaliste, première profession ubérisée ![/divider]

De moins en moins de journalistes en CDI dans les rédactions, de plus en plus de pigistes qui doivent faire des pieds et des mains pour vendre des sujets. L’image du journaliste reste largement positive dans l’esprit des Français, mais la réalité sociale et économique est bien plus complexe. Le système de la pige rend le journaliste dépendant d’un ou deux médias et la paie est rarement haute. Une sorte d’ubérisation de la profession qui conduit parfois à un trop grand conformisme de la part des pigistes qui proposent des sujets « faciles » pour qu’ils soient plus facilement retenus par le rédacteur en chef. Le cercle est pervers, mais il n’est pas inéluctable.

[divider]7/ Le blog, est-ce une bonne solution ?[/divider]

Par définition, le blog est une pratique amatrice, qui vient en complément d’une « vraie » activité professionnelle. Devenir un blogueur professionnel n’est pas chose aisée. Mais cela existe dans tous les univers, que ce soit la mode, le luxe ou la cuisine. Les sources de revenus viennent des marques qui ont intérêt à être visibles sur les blogs influents. À terme, le défi est de réussir à plaire aux marques – qui paient - et aux lecteurs – qui lisent. Un blogueur totalement vendu aux marques perd de son intérêt… C’est une question d’équilibre. Dans l’univers de la cuisine, quelques blogueurs ont su tirer leur épingle du jeu, en développant néanmoins des activités connexes (livres, consulting, émission de télévision…). À partir de combien de lecteurs mensuels les marques sont prêtes à payer ? Réponse impossible puisque par-delà le quantitatif, il y a le qualitatif : si vous touchez une cible réduite mais très prescriptrice, il est probable que les marques suivront. Comme n’importe quel média, la force de votre blog résidera dans sa capacité à développer une ligne éditoriale spécifique.

[divider]8/ Ecrire sur tout, sur rien, puis sur la gastronomie[/divider]

Puisqu’il n’existe pas de formation dédiée à 100% au journalisme gastronomique, difficile de prétendre d’emblée à un poste de journaliste spécialisé (quel que soit le domaine d’ailleurs). Il faut prendre son temps et, en fonction de l’organisation du média, proposer des sujets en lien avec la gastronomie et saisir tous ceux qui s’en rapprochent. Petit à petit, votre rédacteur en chef comprendra que vous êtes la bonne personne pour traiter de ce secteur-là. Journaliste, c’est être pragmatique et opportuniste !

[divider]9/ Journaliste gastronomique et « vin » : c’est différent ![/divider]

Attention, le vin nécessite une connaissance plus structurée : cépages, terroirs, vinification, dégustation… Cela ne veut pas dire que l’on peut écrire sur la cuisine les doigts dans le nez, mais il est évident que l’écriture sur le vin exige une connaissance du produit. Il est toujours possible de faire un entretien avec un vigneron sans rien y connaître – là, c’est plus le métier de journaliste pur qui compte – mais vous ne ferez pas longtemps illusion. Enfin, attention, journaliste vin et journaliste « gastro », c’est très différent, deux univers qui s’ignorent la plupart du temps. Il y a les médias vins et les médias gastronomiques. Deux univers trop peu connectés.

[divider]10/ Se dégager une identité[/divider]

Par-delà toutes les contingences du métier, et comme un bon chef, un bon journaliste est celui qui saura se créer une identité, un style à lui, une écriture. A cela, il faudra ajouter des angles particuliers pour se distinguer de la masse des pigistes qui envoient également leurs propositions de sujets à la rédaction en chef. Avec l’explosion médiatique de la gastronomie, il y a l’embarras du choix.

[divider]11/ Intégré ou pigiste ?[/divider]

Malheureusement, les postes en CDI sont de plus en plus rares dans les rédactions. Et le poste de « journaliste spécialisé en gastronomie » n’existe pas vraiment. Alors, sans vouloir décourager les plus courageux, il faut mieux chercher à placer quelques piges et… espérer qu’un poste se dégage.

[divider]12 / Un métier qui fait rêver mais…[/divider]

Journaliste gastronomique, le pied ! Des restaurants, des invitations, le tapis rouge… Il y a du vrai bien sûr à cette vie rêvée. Mais, comme toujours, il y a le revers de la médaille. À l’exception de la crème, la plupart des journalistes indépendants sont des smicards qui vivent comme des milliardaires. Cela peut aussi être un style ou un choix de vie. Comme au restaurant, dans la profession, il y en a pour tous les goûts.
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[divider]Auteur[/divider]

Franck Pinay-Rabaroust / © Sergey Nivens

 

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