Emmanuel Macron vient-il de signer l’arrêt de mort de la Fête de la Gastronomie ?

Le président Emmanuel Macron qui reçoit chez lui quelque 180 chefs, c’est une fête et un événement rare. Le fait qu’il soutienne ouvertement l’opération Good France dans son discours, mais qu’il ne parle pas une seule fois de la Fête de la Gastronomie est un acte politique. Le président Macron vient-il de tuer devant toute la profession la Fête de la Gastronomie ? La question se pose.

Mots-clés : Macron, gastronomie, Alain Ducasse, Fête de la Gastronomie, Tous au Restaurant


Après les événements parisiens autour des chefs organisés par Anne Hidalgo, c’était au tour du président français. Emmanuel Macron a reçu mercredi 27 septembre 180 chefs étoilés au palais présidentiel de l’Élysée, une première, prouvant, selon lui, “que la nourriture est une affaire d’État” en France. “Chaque fois que je reçois des chefs d’État j’ai à coeur de mettre à l’honneur la gastronomie française, et c’est attendu”, a dit Emmanuel Macron qui a salué ces “ambassadeurs de la gastronomie française”.

Ce déjeuner prestigieux, dans la grande salle des fêtes du Palais, était organisé à l’occasion du concours des Bocuse d’Or, l’un des plus célèbres trophées de cuisine au monde qui se tenait mardi et mercredi à Paris. Au menu, concocté par Guy Savoy, Yannick Alléno, Anne-Sophie Pic et Dominique Crenn : huître Gillardeau crème glacée à la livèche, langoustine du Guilvinec et ananas fermenté, soupe d’artichaut à la truffe noire et “oreiller de la belle basse-cour”, en hommage à Paul Bocuse.

Toute la profession était réunie, il suffisait pour le savoir de suivre les réseaux sociaux inondés de photos avec tantôt Brigitte Macron, tantôt Emmanuel Macron. “Nous connaissons beaucoup de chefs, quand nous avons quelque chose à fêter, nous allons chez un chef”, a souligné en souriant Brigitte Macron. Manifestement, tous les chefs ont apprécié le déplacement.

Dans son discours, par-delà le soutien très politique à la profession, Emmanuel Macron a mis en avant l’opération Good France, soutenu notamment par Alain Ducasse : « Je vous propose de nous fixer à cet égard, l’objectif de 10 000 restaurants participants en 2022, avec le soutien des 200 résidences de France à l’étranger, un plan d’action Good France sera présenté par Jean-Yves Le Drian, le 10 octobre lors du conseil de pilotage du tourisme, à l’instar de ce qui a pu être fait autour de la French Tech pour témoigner de cette ambition forte pour la cuisine française, tant en France qu’à l’étranger. » expliquait le président. Et la Fête de la Gastronomie Monsieur Emmanuel Macron ? Pas un mot, un silence assourdissant à propos d’un événement qui vient tout juste de se terminer et qui avait pour parrain l’an dernier un certain Guillaume Gomez, chef de l’Élysée. Macron vient-il de tuer la Fête de la Gastronomie, événement soutenu à bout de bras depuis plusieurs années par Sophie Mise et sa (petite) équipe ? Si tel était l’objectif, il n’aurait pas fait mieux. En parlant du savoir-faire français, le président rappelle qu’« un premier sursaut à ce titre était incarné avec le lancement en 2015 de Good France. 1000 restaurants étrangers et toutes les ambassades ont servi partout dans le monde un repas d’inspiration française avec un service à la française auquel nous tenons beaucoup dans cette maison.” Aucune référence à la Fête de la Gastronomie ! Est-ce un simple oubli de la part du cabinet du Président qui a rédigé le discours ou une façon de montrer que la Fête de la Gastronomie ne fait pas partie des priorités du nouveau gouvernement ? Seul l’avenir le dira. Ce qui est certain, c’est qu’Alain Ducasse a dû apprécier, lui qui mène l’opération depuis le début et qui a toujours chercher à court-circuiter la Fête de la Gastronomie. Comme quoi le lobbying politique peut aider à servir sa soupe.

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Franck Pinay-Rabaroust / © Michel Euler

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