Atabula y était… à la projection privée du film La Quête d’Alain Ducasse

Le 11 octobre 2017, La quête d'Alain Ducasse s'invitera dans les salles obscures françaises. Atabula était à l'avant-première du film en présence du maître. Retour sur cette soirée où...

Le 11 octobre 2017, La quête d’Alain Ducasse s’invitera dans les salles obscures françaises. Atabula était à l’avant-première du film en présence du maître. Retour sur cette soirée où se pressait le Tout-Paris.


Bientôt trois mois que Pathé projette le film dans des salles parisiennes privatisées à destination de la presse. C’était pourtant lundi 02 octobre 2017 qu’il fallait en être. 20h00 au Cinéma du Panthéon rue Victor Cousin annonçait le carton d’invitation. Il y a foule ce soir-là pour nourrir les 200 sièges de l’unique salle de ce cinéma d’art et d’essai lancé au tout début du siècle dernier. Une foule chic où se croisent sommités du barreau (Éric Dupont-Moretti) et de la médecine (David Khayat), anciens ministres (Xavier Darcos), stars du petit écran (Marie Drucker et Julie Andrieu), barons du champagne (Paul-François Vranken) et plumes à fourchette (Camille Labro du Monde, l’ex-critique gastronomique du Point Gilles Pudlowski). Sans oublier les toques capées assises aux premiers rangs (Guy Savoy, Yannick Alléno, Akrame Benallal, Jean-Louis Nomicos, Frédéric Vardon, Michel Roth et Christophe Raoux) et bien sûr, gardienne de la parole ducassienne, la fidèle Emmanuelle Perrier au visage cerclé de ses inamovibles lunettes rouges. Au sixième rang accompagné de son épouse rencontrée dans un avion, Alain Ducasse assiste lui aussi à la célébration du chef « aux 23 restaurants et 18 étoiles Michelin ». Sans doute est-il rassuré devant ce long métrage qu’il a longtemps refusé, moins par souci de discrétion que par peur de découvrir post-aventure un objet à charge comme il l’explique dans un entretien officiel conduit par le trublion Andrea Petrini. C’est le journaliste Éric Rux, co-scénariste du film, qui le convaincra de se laisser croquer par le réalisateur Gilles de Maistre. Ce dernier a suivi seul Alain Ducasse deux-trois mois au total sur une période de deux ans. Budget du projet : « moins d’un million d’euros » nous apprend de Maistre.

La salle s’obscurcit. Fil conducteur de la pellicule : l’ouverture d’un restaurant dans le pavillon Dufour au cœur du château de Versailles. En fin de visionnage, le spectateur arrivera forcément à cette conclusion : Alain Ducasse est un ogre, un insatiable de tout et partout. « Je deviens agressif quand je ne mange pas » lance-t-il à l’écran. Il faut le voir, toujours flanqué de ses lieutenants, goûter l’intégralité de la future carte de l’un de ses établissements ici, s’enthousiasmer là pour un dessert au lait de soja, ne pas adouber une assiette (« ça manque un peu de sel, c’est un peu neutre, même au Japon »), décortiquer dans sa chambre d’hôtel la crème d’un gâteau qui l’intriguait plus tôt dans le sol-sol d’un grand magasin où il déambulait avec son éternelle valise à roulettes, ne pas se faire d’illusion sur les dégustations internes (« quand je fais le tasting, c’est toujours bon »). Quand il n’avale pas, même boulimie : Ducasse préparant une tourte aux blettes face aux caméras de la télévision publique nippone, Ducasse annotant son prochain livre entre deux avions, Ducasse professoral à table avec François Hollande en amont de la COP21 dans l’un de ses bistrots parisiens, Ducasse petit-déjeunant en Chine devant une montagne de caviar, Ducasse enchaînant les photos pour l’anniversaire d’un restaurant… En vol, il prodigue des conseils aux pilotes de l’appareil sur la cuisson du homard. A terre, il est reçu tel un chef d’État en Mongolie. L’homme a ses manies verbales (« il faut une harmonie entre le contenant et le contenu », « temps incommensurable ») et non verbales (il adore l’eau gazeuse corse Orezza, déteste que le champagne ne soit pas servi devant les invités), son code vestimentaire (Richard Mille au poignet, jean Levi’s, trench orange réversible).

Déjà conquis, le public du soir applaudira debout après la projection avant d’être convié à se rendre à l’étage pour le cocktail « orchestré par Ducasse Réception ». « Il est plus sympa dans le film qu’en vrai » ironise un des happy fews. « J’ai adoré ! A-d-o-r-é » s’emporte une bloggeuse. Pendant ce temps, la bulle coule à flot (Moët & Chandon impérial brut), les canapés valsent : mini-croque Monsieur, tartelette foie gras-coing, pâté en croûte canard-volaille-foie gras, chou à l’artichaut, vol-au-vent rognons-champignons… L’estomac satisfait, on se pose alors la question suivante : cet aperçu de 85 minutes parvient-il à percer l’insaisissable Alain Ducasse ? Non, il faudrait encore d’autres épisodes pour cela. Et si Gilles de Maistre entretient la légende avec ce que certains qualifieront de coup de com’, reste que l’intéressé fascine. Qu’on le craigne, qu’on le méprise ou qu’on l’admire, Alain Ducasse est unique. Et n’a pas fini de faire parler.

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Ezéchiel Zérah / ©EZ

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« Je trouve que c’est un fruit merveilleux, le cornichon. Vous pouvez faire une petite salade de fèves et d’oignons nouveaux avec une pointe d’estragon pour le côté anisé et une touche de vinaigre de vin blanc; et vous rajoutez les cornichons coupés en aiguillettes avec une huile d’olive. C’est merveilleux. Autre recette : le velouté de cornichon. Vous les coupez en morceaux, vous les faites fondre dans un petit copeau de beurre, vous recouvrez de lait entier puis laissez cuire une poignée de minutes avant de mixer le tout. Vous obtenez alors un velouté de cornichons frais que vous servez avec un pavé de cabillaud ou bien une volaille. »

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Alain Passard au micro d’Augustin Trapenard vendredi dernier sur France Inter / Ecouter l’émission

  • Un consommateur averti en vaut-il vraiment deux ?

    Il faut bien se rendre à l’évidence, l’être humain se doit de manger régulièrement et pour des raisons qui dépassent la simple gourmandise. Pour assouvir ce besoin vital, il lui faut se procurer des aliments au sein d’une société le plus souvent hyper moderne et organisée autour de l’idée...