Fermeture du restaurant Oka à Paris : le témoignage très touchant du chef Raphael Rego
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Fermeture du restaurant Oka à Paris : le témoignage très touchant du chef Raphael Rego

Jeune trentenaire déjà à l’œuvre à Paris avec deux restaurants, le chef brésilien Raphael Rego a été contraint de fermer le restaurat Oka, son établissement gastronomique lancé en juin dernier dans la capitale. Il revient pour Atabula sur cette décision difficile.


“J’ai créé mon restaurant Oka à Paris en 2014, sans investisseurs, avant d’acquérir en février de l’année dernière un nouveau fonds de commerce dans un autre quartier de la capitale avec un positionnement que je souhaitais plus gastronomique. Mon idée était de hisser la cuisine brésilienne à un niveau jamais vu auparavant en France. Le problème, c’est que j’ai eu des soucis avec la copropriété concernant l’aménagement de l’établissement. Pendant près d’un an et demi, nous n’avons pas pu exploiter les lieux avec ma femme. Et pendant ce temps-là, je payais 6 000 euros tous les mois en emprunts, frais d’avocats.. Nous avons finalement ouvert en juin dernier, tout se passait bien mais j’avais accumulé trop de dettes or j’avais des engagements auprès de mes fournisseurs et de mes équipes que je payais déjà en retard. J’aurais pu proposer des menus à 200 euros, c’est d’ailleurs ce que m’ont recommandé des hommes d’affaires, mais ma vision de la cuisine n’est pas centrée uniquement autour du business. C’est pour cela que mes menus n’ont jamais été hors de prix : celui à 75 euros comprenait de la langoustine, du homard et une douzaine d’autres plats. Dès le départ, je n’ai pas ouvert pour devenir riche mais pour me faire plaisir, partager… En augmentant mes tarifs, j’aurais plu à mon banquier mais ce n’est pas pour cela que je fais ce métier. Je ne dis pas que je possède la meilleure vision mais c’est la mienne. Quand je gagnais de l’argent, je le réinvestissais au Brésil, je payais au tarif que je considérais juste des haricots d’exception ou du safran cultivé par un papy près de Montpellier.

Depuis quelques jours, je reçois beaucoup de messages de soutien, des mots très amicaux notamment de jeunes chefs qui témoignent de la difficulté d’être patrons. Je crois à l’humain et malgré la rancœur et la haine que nous constatons au quotidien, c’est dans ces moments de solidarité que je vérifie que l’humain existe bel et bien. Parmi ces messages il y a celui de Jocelyn Herland, chef de cuisine de l’hôtel Le Meurice : ‘Je suis très triste pour vous. Monsieur Ducasse et moi avons ouvert et fermé des restaurants, ça me fait de la peine de ne pas avoir goûté votre travail mais ça ne change rien au talent que je devine en vous et à votre attitude à travers laquelle je peux voir l’homme que vous êtes’. Il était venu il y a deux ans chez Oka et j’étais à mon tour venu au Meurice quand j’avais invité des Indiens d’Amazonie en France pour un dîner de levée de fonds. A l’époque, il m’avait dit la chose suivante : ‘vous les jeunes cuisiniers, vous êtes des hommes courageux parce que vous vous lancez dans des aventures humaines et vous portez des familles’. Cela m’a fait réfléchir et m’a aidé à prendre cette décision de fermer Oka. Parce que chaque employé a derrière lui des obligations, il aide peut être sa mère qui aide elle-même sa sœur. Ces personnes sont liées à vous, à votre succès, à votre échec. Je suis quelqu’un de très attaché à la famille, c’est une philosophie qui fait sens pour moi. Je pensais pouvoir aller au bout de mon aventure mais il fallait choisir entre le rêve et la raison. J’ai choisi. J’aimerais, plus tard, ré-ouvrir Oka seul ou accompagné dans des conditions plus sereines”

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Propos recueillis par Ezéchiel Zérah / ©Raphaël Régo

 

 

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