Jacques Genin s’explique sur la volonté de transmission de sa maison

Il l’a déclaré samedi 7 octobre 2017, très ému : le chocolatier-pâtissier-confiseur Jacques Genin compte transmettre sa maison à sa fille ainsi qu’à son fidèle bras droit, Sophie Vidal, 34 ans. Retour en détail sur sa volonté.


« Après la publication de votre article, certains m’ont enterré avant que je ne sois mort. Par sentimentalité, je me suis peut-être exprimé trop vite… Aujourd’hui, mon objectif est de faire travailler ensemble ma fille et Sophie Vidal, qui m’accompagne depuis 15 ans, afin qu’elles reprennent la maison dans trois ou quatre ans, cinq peut-être. Leur transmettre, c’est le projet que j’ai et je n’entends pas faire autrement. Une fois qu’elles seront toutes deux mûres, on avancera tout cela officiellement. A ce stade, Sophie n’est pas encore rentrée dans l’affaire mais cela commence à se dessiner.

Jamais je ne vendrai ce que j’ai monté malgré les propositions de rachat par des groupes. J’ai créé une maison artisanale, je ne veux pas que cela revienne à quelqu’un qui n’a pas d’état d’âme alors que j’ai pris de vrais risques pour passer de mon laboratoire de 23 m2 rue Charles à la rue de Turenne au moment où les banques se cassaient la gueule. Je n’ai pas envie que ça grandisse plus que ça. Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir conserver le métier que j’exerce actuellement, la même qualité de produits. Quel intérêt d’être le plus riche du cimetière ?

J’ai vu trop de gens dans la profession donner et ne pas recevoir en retour. J’ai vu d’éternels seconds travailler pour des grands. Cette volonté de transmission à Sophie, c’était une façon de lui dire merci. Elle est aujourd’hui l’une des plus grandes chocolatières de France. On dit toujours « Monsieur Genin, Monsieur Genin’ mais Jacques Genin, c’est aussi Sophie Vidal. Parler de cette passation de pouvoirs est une manière de montrer Sophie. C’est une femme et vous savez que dans ce milieu, ce n’est pas toujours simple. Moi, je la considère comme mon égal. Demain, ce sera elle mais je ne lui laisserai jamais reprendre seul un bateau comme cela, avec deux boutiques et une trentaine de collaborateurs. Je ne veux pas l’effrayer parce que ça se prépare : il a fallu quelques années au chef Arnaud Lallement pour reprendre la maison familiale près de Reims, idem pour Sébastien Bras à Laguiole.

Même une fois la transmission de la maison effective, je serai là. Pas sept jours sur sept comme aujourd’hui mais présent quand même, parce que je crois pouvoir leur apporter un certain savoir. Sophie reste attachée à conserver le nom de Jacques Genin. Elle me dit : ‘Nous travaillons ensemble depuis longtemps, c’est aussi ma maison, pourquoi tout recommencer à zéro ?’. Elle a raison, prenez Lenôtre : Gaston Lenôtre a disparu, pas sa maison ».

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Propos recueillis par Ezéchiel Zérah / ©Lisa Klein-Michel

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