Pourquoi Pete Wells (New York Times) est le critique gastronomique le plus influent du monde

Plume à fourchette du New York Times depuis 2011, Pete Wells est aujourd’hui une icône aux États-Unis et au-delà. Une aura qu’il doit aux moyens considérables du premier quotidien américain mais également à ses écrits drôles et tranchants qui perturbent jusqu’aux chefs triplement étoilés.


A l’exception d’une poignée de (rares) foodies français qui regardent au-delà des frontières, Pete Wells est un parfait inconnu dans l’Hexagone. Ce quinquagénaire aux 121 000 abonnés Twitter est pourtant depuis novembre 2011 le critique gastronomique du plus grand quotidien Outre-Atlantique : le New York Times. Avec Jonathan Gold du Los Angeles Times (lauréat du prestigieux prix Pulitzer et objet d’un documentaire en 2015), c’est lui qui fait et défait les restaurants de la scène américaine. Chaque mercredi, ses écrits sont parmi les plus suivis du journal (les fans y accèdent en ligne la veille). Bien sûr, sa position est confortable. En tant que plume à fourchette de l’une des plus belles machines journalistiques de la planète (1 000 journalistes, 122 prix Pulitzer, 27 bureaux à l’étranger, 1,16 million d’exemplaires chaque jour, 113ème site le plus visité dans le monde), il jouit d’une aura naturelle et de moyens que jalousent beaucoup de confrères. L’intéressé a en effet l’obligation de se rendre au moins trois fois dans les restaurants traités, jusqu’à 10 confient ses prédécesseurs, en réglant sa note évidemment. Un budget bien loin des 10 000 euros annuels dont bénéficient les critiques gastronomiques du Figaro ou du Monde.

Au-delà de l’enveloppe considérable dont il dispose, c’est aussi grâce à son esprit qu’il doit sa réputation. Considéré par ses pairs comme trop bienveillant à ses débuts, Pete Wells va marquer les esprits un an après sa prise de poste. La raison ? Le billet où il démolit le nouveau restaurant du chef star Guy Fieri à Times Square. Un morceau de bravoure comprenant 50 phrases dont 49 questions. « Avez-vous mangé dans votre restaurant ? Vos attentes ont-elles été satisfaites ? De quelle manière la petite salade de quatre ou cinq croûtons de votre Guy’s Famous Big Bite Caesar la rend grande ou célèbre ? Avez-vous été frappé par vos Awesome Pretzel Chicken Tenders qui étaient loin d’être géniaux ? Quand vous aurez une seconde Monsieur Fieri, pourrez-vous voir ce qui s’est passé avec la soupe de haricots noirs et courge rôtie que nous avons commandée ? Lorsque vous avez accroché ce panneau à l’entrée indiquant ‘Bienvenue au pays saveurs’, était-ce une blague ? ». En 2015, Pete Wells hisse une minuscule enseigne de burgers vegan, Superiority Burger, à deux étoiles (le système de notation du New York Times accorde entre zéro et quatre étoiles). En quelques jours, toute la ville accourt pour découvrir son dernier coup de cœur.

Le 12 janvier 2016, nouveau coup d’éclat avec la rétrogradation de Per Se, table triplement étoilée du chef Thomas Keller, de quatre à deux étoiles. Les mots de Wells (il qualifie la soupe de champignons du restaurant d’aussi « aussi attrayante que l’eau du narguilé » et utilise le terme « médiocrité ») font l’effet d’une bombe et génèrent plus d’un millier de commentaires. On ne parle alors que de ça dans le petit univers de la cuisine. Parce que c’est Thomas Keller. Parce que c’est le New York Times. Parce que le New York Times éreinte Thomas Keller. Face à cet immense buzz, le cuisinier publiera sur son site internet un message pour s’excuser auprès de sa clientèle, message toujours visible. Et fera la tournée de ses restaurants de Vegas à Beverly Hills pour remonter le moral de ses troupes. Quelques mois plus tard, il indiquera à Town & Country Magazine que l’impact de cet article fut « dévastateur ». Dans le même temps, Pete Wells devient une icône. Le vénérable New Yorker lui consacre un long portrait. On enquête longuement sur lui.

Mi-septembre 2017, le douzième critique du New York Times (Craig Claiborne fut le premier au début des années 60) a de nouveau beaucoup fait parler de lui avec une pizzeria dans le New Jersey (territoire où il ne s’aventure quasiment jamais) à qui il accorde trois étoiles. Dan Richer, le patron des lieux, confiait à une revue locale que suite à la publication, « ce fut de la folie ». Après la lecture de cette chronique au beau milieu de la nuit, un habitant d’Atlanta a immédiatement pris le premier vol pour venir avaler lesdites pièces. L’effet Pete Wells…

[divider]Pratique[/divider]

Les articles de Pete Wells dans le New York Times – www.nytimes.com/by/pete-wells

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Ezéchiel Zérah

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