Levée de fonds ou revente : Big Mamma laisse planer le doute

Levée de fonds, revente de tout le groupe, les rumeurs vont bon train autour du groupe Big Mamma. Selon nos informations, Victor Lugger et Tigraine Seydoux valoriseraient leur groupe, créé en 2015, entre 110 et 120 millions d’euros. L’appétit vient en mangeant et l’envie de revendre en grossissant. Un tel concept n’est pourtant pas sans danger pour le secteur de la restauration.


Le moins que l’on puisse dire est qu’ils font parler d’eux. Avec leur groupe Big Mamma, Victor Lugger et Tigrane Seydoux font un carton. Des enseignes de pizzas un petit peu partout dans Paris, la récompense du Gault&Millau qui vient tout juste de les nommer « Entrepreneurs de l’année » et des projets à venir. Mais les rumeurs vont actuellement bon train sur le compte de Big Mamma. D’un côté, il y a celle qui prétend qu’une nouvelle levée de fonds serait en cours – qui se situerait entre 30 et 70 millions d’euros – pour continuer à développer le groupe, une autre annonce que le groupe serait à vendre. D’après une de nos sources, tous les fonds de commerce auraient même déjà été mis en vente, sans que nous ayons pu vérifier le bien-fondé de cette information. Une autre source assure que le groupe est effectivement bien à vendre, « dans une fourchette située entre 110 et 120 millions d’euros, valorisation jugée excessive par le marché » assure-t-elle. Beaucoup d’incertitudes donc sur les projets à court-terme des deux fondateurs.

Tu développes, tu valorises, tu revends !

Ce qui semble néanmoins quasiment certain, c’est qu’au regard du profil des deux compères, le groupe Big Mamma sera à vendre à court ou moyen terme. Même leur très affairé business angel Stéphane Courbit le reconnaît. Interviewé sur le sujet par des journalistes du magazine Challenges, il assurait « qu’ils ne poursuivront pas leur aventure italienne toute la vie ». Une façon de dire que la volonté de Victor Lugger et Tigrane Seydoux de se séparer de Big Mamma est déjà dans les tuyaux. Croisé lors de la soirée du GM, Tigrane Seydoux était plus qu’évasif sur les projets de Big Mamma. Revente ou levée de fonds ? Mutique, il n’a ni nié, ni affirmé quoi que ce soit lorsque l’auteur de ces lignes lui a posé la question. Un analyste du secteur a également son point de vue sur la question : « L’ADN d’un tel concept, monté par deux HEC, c’est parfaitement limpide : tu développes, tu valorises, tu revends ! »

Revendre, oui, mais à qui et pour quel projet de développement ? Mettre un simple investisseur dans le projet et c’est courir à la perte accélérée du projet. Car, aussi beau soit-il, la réussite du projet – quelque 1 000 clients chaque jour ! – ne tient qu’à un fil, une sorte d’équilibre précaire qui peut se rompre à tout moment. D’autant plus que le septième restaurant du groupe est en route, le plus imposant, à Station F (l’antre à start-up de Xavier Niel). Les deux ex-étudiants d’HEC le savent bien : Big Mamma est en pleine croissance – impressionnante – puis, au mieux, connaîtra une phase de stagnation, au pire, une phase de déclin. À quel moment faut-il vendre ? Pendant la phase de croissance bien-sûr, le plus haut possible. Et n’est-ce pas le bon moment ? Le groupe est bien structuré, le projet de Station F est ficelé. Mais la suite, elle, est actuellement floue. Même si les sources de croissance sont multiples, aucune n’est exempte d’une bonne dose d’incertitude. Or les investisseurs détestent l’incertitude. Développement en province, dans les capitales européennes ou dans l’hôtellerie comme l’évoquait une autre source. La province ? Le concept de la pizzeria sans réservation, c’est parfait pour les foodies boboisés qui ont le sentiment de faire la dernière expérience culinaire à la mode, mais à Marseille, Lyon ou Bordeaux, le projet risque d’être très vite retoqué ! À l’étranger ? La réussite est loin d’être garantie au regard de la frilosité ancestrale des acteurs de la restauration française pour se développer en Europe. Une pizza à Paris ne se vend pas de la même façon à Madrid, Londres ou Berlin. Sept restaurant, une belle valorisation, une grosse revente et après ?

Le monde de la restauration doit déjà se préparer à un retour de balancier

L’aventure Big Mamma montre une évolution profonde du secteur de la gastronomie en France. Chaque année, de plus en plus d’étudiants issus des grandes écoles françaises se tournent vers la gastronomie, nouvel eldorado conceptuel et économique. Ces étudiants formés à la création d’entreprises de A jusqu’à Z voient le restaurant comme une opportunité économique, tendance et cool, en lien avec les grandes préoccupations sociétales. Ils bousculent les codes, savent réaliser de fortes levées de fonds là où le « vrai » restaurateur ne sait pas négocier un prêt à sa banque ; ils permettent à la France de récupérer un petit peu de retard par rapport à d’autres pays européens qui ont su développer une offre large de restauration. Oui, mais ne se cache-t-il tout de même pas un danger potentiel ? Lorsque le secteur de la restauration aura cessé d’intéresser les investisseurs avides de concepts modeux et bankable, et qu’ils auront rincé et usé la concurrence, que restera-t-il dans le paysage culinaire français ? Hier métier pour égarés scolaires, aujourd’hui métier fantasmé pour diplômé à bac +5, le monde de la restauration doit déjà se préparer à un retour de balancier. En bons investisseurs, pas impossible que les duettistes de Big Mamma y pensent déjà et mettent leurs œufs dans un autre panier.

[divider]Auteur[/divider]

Franck Pinay-Rabaroust

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