L’homme est un être culturel par nature parce qu’il est un être naturel par culture. » Edgar Morin in « Le Paradigme perdu : la nature humaine »


Avec l’inscription du repas gastronomique français au patrimoine de l'Unesco, sa muséification, sa valorisation symbolique, s’engage une perte de sa valeur économique. L’importance du repas gastronomique se déplace donc, mais demeure un acte culturel identitaire et structurant. Il fait partie de nos valeurs. L'ensemble de ces valeurs, c'est ce que l'on appelle une culture et c’est ce qui fait de l’acte de manger un acte culturel. Cette culture a depuis toujours un rôle de régulation de notre alimentation, qui précède la norme. Alors qu’est-ce qui définit le mangeur culturel en 2018 ? Quelles sont les tendances qui façonnent les nouvelles cultures du mangeur aujourd’hui ?

 De la même manière que l’homme est un être culturel parce que c’est ce qui lui permet de s’intégrer à une société en en partageant les codes et le langage, le mangeur culturel appartient à un groupe identitaire. Ce que l’on mange, la façon dont on le mange, dépendent pour l’essentiel des habitudes et des traditions de la société à laquelle l’individu appartient et non à des choix biologiquement déterminés.

Locale, régionale, nationale, l’identité alimentaire a longtemps été dictée par la production et les habitudes de consommation géographiques. La culture alimentaire a été nourrie par les rites et coutumes des prises alimentaires, ainsi que par les injonctions religieuses. Aujourd’hui, l’évolution des modes de vie – marquée par une individualisation croissante, la transformation des structures familiales et des contextes de socialisation alimentaire, le déplacement de certains espaces de décision vers l'individu et la mondialisation de l’alimentation – affectent profondément les référents culturels du mangeur.

Il se retrouve plus libre qu’auparavant et doit faire face à ses propres choix en matière alimentaire. Une liberté qui peut créer autant de perturbations à l’échelle individuelle que d’ouverture vers une redéfinition de schémas culturels alimentaires aussi bien au niveau local que mondial. La culture végan et le rapport à la consommation de produits carnés en sont des illustrations.

Le mangeur culturel est celui qui construit sa façon de manger sur un socle intellectuel, philosophique, sociologique, anthropologique, historique. Celui pour qui l’acte de se nourrir est le fruit d’une réflexion et d’une réflexivité, d’une analyse des conséquences diverses liées à l’acte de se nourrir. Ainsi, prendre soin de soi tout comme des êtres vivants qui nous entourent est le résultat d’un rapport au vivant qui s’est peu à peu modifié.  

Si, depuis l’origine, l’homme mange la chair des animaux, cette consommation s’est souvent située, pour le dire simplement, à des niveaux symboliques et culturels bien plus que biologiques. Symbole de force et de richesse, symbole de supériorité de l’homme sur l’animal, manger de la viande était  « culturellement naturel » si l’on peut dire.

Aujourd’hui, pourtant, cela ne fait plus l’unanimité. Prendre soin du vivant, c’est reconnaître que l’on ne tue pas et que l’on ne mange pas les êtres vivants doués de conscience et d’émotions. Arguments avancés par les courants animalistes et antispécistes et invoqués par les végétariens et végans. La culture autour de la consommation de produits animaux est donc en train de se modifier. En France, une pétition pour la création d’un secrétariat d’état à la condition animale a même été lancée en octobre 2016 par un collectif de scientifiques de philosophes et de personnalités, dont Boris Cyrulnik, Matthieu Ricard et Élisabeth de Fontenay.

La consommation de viande est sans doute aujourd’hui l’un des sujets alimentaires qui interrogent le plus nos schémas culturels.  Sujet d’autant plus complexe que l’ « on part de zéro, on s’attaque à des choses qui sont inscrites dans notre culture et on les remplace par des choses qui n’y sont pas encore » estime Théo Ribeton, auteur de « V comme Végan ». Pour cet ardent défenseur du véganisme, le principal frein à l’évolution des modes de consommation alimentaire est culturel. Les gens « ont peur que la culture soit remplacée par quelque chose d’un peu terrifiant, totalitaire. Et à ce problème culturel s’ajoute une bataille du langage permanente. (…) le nom des aliments est plus que leur nom, c’est aussi leur reconnaissance et leur spécificité. (…), on touche à quelque chose de sacré ».

Source et auteur

L'INNOVORE®

 

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