Boulanger parisien et président de Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie Française (CNBPF), Dominique Anract va annoncer, vendredi 12 janvier, la demande d’inscription de la baguette de tradition française devant le président de la République. Dont il attend le soutien pour faire avancer un dossier majeur selon lui. Entretien.


Atabula – Lors de votre discours que vous allez faire au Palais de l’Élysée aujourd’hui, vendredi 12 janvier, à l’occasion de la présentation de la galette au président de la République, vous allez annoncer que vous proposez la candidature de la baguette de tradition française au patrimoine mondial immatériel de l’Unesco. Pourquoi cette démarche ?

Dominique Anract – La présentation de la galette au président de la République est une vieille tradition française, et c’est la seule galette dans laquelle il n’y a pas de fève, République oblige. Chaque année, c’est un moment fort pour notre profession de boulanger. En 2018, c’est pour moi l’occasion de porter quelques messages forts. D’abord, il nous faut conserver et renforcer la dimension artisanale de notre profession. Aujourd’hui, ce sont 33 000 boulangeries artisanales, qui emploient 180 000 personnes, qui servent du pain partout en France. Ce maillage territorial est unique au monde, il ne faut pas le perdre. Ensuite, derrière ces 33 000 boulangeries, il y a l’apprentissage : sans véritable boulangerie, il n’y a plus d’apprentissage, donc un risque de perte du savoir-faire boulanger. Enfin, je veux me battre pour protéger la qualité de baguette de tradition française. Quand je vois le poids grandissant des grandes surfaces et des supérettes dans la vente de pain, je me dis qu’il faut réagir. D’où ma volonté de porter la demande d’inscription de la baguette de tradition française au patrimoine mondial immatériel de l’Unesco.

Vous soulignez le poids grandissant des grandes surfaces dans la vente de pain. La qualité de la baguette de tradition française est-elle en danger ?

Elle l’est quand on voit la qualité du pain dans les grandes surfaces ou dans les supérettes ! Dans les années 70, nous avons senti une baisse de la qualité du pain car tout le monde voulait aller vite et ne plus respecter le cycle naturel du produit. En 1993, la loi Raffarin a permis de mettre en place une réglementation stricte pour la baguette de tradition française. Chaque jour, ce sont 12 millions de clients qui se pressent d’acheter du pain en France, les enjeux sont énormes ! Quand je vois la qualité du pain en grande surface, il n’est pas possible de ne pas s’indigner. Le pain est congelé, il vient parfois de Roumanie ou de je ne sais où, rien n’est fait dans les règles de l’art.

Mais ne s’agit-il pas d’un combat franco-français, combat dans lequel l’Unesco n’a pas grand-chose à voir ?

C’est tout sauf un débat interne. Le pain, c’est l’image de la France, à l’instar de la Tour Eiffel. Il faut donc revaloriser son image partout dans le monde car il en va de l’attractivité de notre pays. Et en France, l’inscription de la baguette de tradition française doit permettre à tous les Français de prendre conscience de l’importance symbolique et alimentaire de ce produit du quotidien. Qu’ils fassent le bon choix : arrêter d’aller acheter leur pain en grande surface et qu’il favorise l’artisan-boulanger. C’est la raison pour laquelle je demande le soutien du président de la République, Emmanuel Macron, à la candidature auprès de l’Unesco. Le chemin sera long, j’en ai conscience (il a fallu par exemple neuf ans pour la pizza italienne, ndlr), mais les enjeux sont importants, que ce soit pour les artisans-boulangers, pour les Français et pour l’image de notre pays.

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Auteur

Propos recueillis par Franck Pinay-Rabaroust / © Philippe Ramakers

7 Réponses

    • Mady

      OK the french bread is the best in the world. Please save the good bread. The bread in the super market is only a big pie e of shit .

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