Mise en place en 2013, la plateforme Agrilocal permet une mise en relation directe des acteurs publics de la restauration collective avec les producteurs locaux. Fonctionnement, croissance et objectifs : le directeur de l'association, Nicolas Portas, répond aux questions d’Atabula.


Atabula - Pouvez-vous revenir sur la genèse et la démarche d’Agrilocal ?

Nicolas Portas - Concrètement, c’est un outil qui permet à l’ensemble des acteurs de la restauration collective soumis aux marchés publics de formuler un appel d’offres auprès de producteurs locaux. Le projet a d’abord été porté par les conseils départementaux de deux départements en pointe dans la structuration des filières locales. La Drôme et le Puy-de-Dôme ont ainsi effectué un travail d’étude, entre 2011 et 2012, sur les entraves à cette structuration et les moyens de les réduire. En 2012, la plateforme a été lancée dans les deux départements et a d’emblée bien fonctionné. C’est ce qui explique la création, dès 2013, de l’association Agrilocal à vocation nationale. Aujourd’hui, 34 départements utilisent Agrilocal, à divers degrés. L’outil est destiné à toute la restauration hors domicile (RHD), de la cantine scolaire au mess en passant par les restaurants d’entreprise.

Pourquoi est-ce si compliqué pour les cantines et autres restaurants collectifs de s’approvisionner en produits locaux ?

Le code des marchés publics ne prend pas en compte le local. C’est une mécanique administrative très contraignante, qui fait que les petits producteurs peuvent difficilement se mêler à la concurrence des gros acteurs de la RHD. En règle générale, les appels d’offres des restaurants collectifs concernent des lots, ce qui exclue d’emblée les petits producteurs. Par exemple, un simple producteur de bœuf ne peut pas répondre à un appel d’offre pour un lot « viande » comportant également du poulet. Sur ce point, Agrilocal travaille à la mise en place d’une nomenclature de 34 produits qui va permettre à ces producteurs de se mêler à la concurrence. L’autre frein est de l’ordre de l'habitude et de la connaissance du terrain. Les collectivités ne savent pas forcément bien ce qui est produit sur leur territoire. À nous également de leur prouver que ce n’est pas plus compliqué de travailler avec des petits agriculteurs qu’avec de grands groupes. Ce travail n’est pas uniquement basé sur l’offre et la demande, il est lié à une volonté de faire changer les habitudes en remettant, par exemple, la saisonnalité au cœur des préoccupations.

Comment vous situez-vous par rapport aux gros acteurs de la restauration collective ?

Les restaurants en régie directe (qui gère eux-même l’approvisionnement et la préparation des produits, ndlr) constituent notre cible première. Les gros acteurs type Sodexo, à qui le service public délègue le fonctionnement de nombreuses cantines, peuvent théoriquement s’inscrire sur Agrilocal mais recherchent en général des marchés globaux.

Quels sont les objectifs d’Agrilocal à l’échelle nationale pour l’année 2018 ?

Après avoir travaillé à la création puis à la fiabilité de l’outil, nous souhaitons maintenant communiquer davantage afin de convaincre de nouveaux acteurs d’utiliser la plateforme. Fin 2018, nous aimerions être présents dans une quarantaine de départements. En 2017, nous avons lancé notre première opération d’ampleur durant la Semaine du Goût. Du 26 au 16 mars prochain,  notre opération « Auprès de la ferme » sera suivie dans 21 départements membres du réseau Agrilocal. Dans ce cadre, des visites d’exploitations agricoles seront organisées pour recréer de l’échange entre producteurs locaux et acheteurs. Il s’agit aussi de montrer que les réglementations sanitaires sont tout aussi contraignantes chez les agriculteurs que dans les cantines, que le cochon n’est pas tué au milieu de la cour de la ferme. 

En chiffres

Depuis sa création, Agrilocal dans le Puy-de-Dôme a généré quelques 2,2 millions de chiffre d'affaire dont près de la moitié en 2017. 88% des produits ont été commandés par la restauration scolaire, 10% par les maisons de retraites et le reste par des restaurants administratifs ou militaires.

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Auteur

Propos recueillis par Louis Jeudi

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