Veyrat pour le Michelin, Sulpice pour le Gault & Millau : les stratégies marketing et médiatique passent avant l’assiette

Les guides sont tombés dans le piège. Celui du médiatique avant le culinaire. Avant de penser à la qualité de l’assiette pour noter les tables les plus importantes de...

Les guides sont tombés dans le piège. Celui du médiatique avant le culinaire. Avant de penser à la qualité de l’assiette pour noter les tables les plus importantes de leur sélection, les deux principaux guides français – Le Michelin et le Gault&Millau – jaugent des répercussions médiatiques de leur choix. Fera-t-il un bon ambassadeur pour la marque ? Incarnera-t-il correctement l’ADN du guide ? Autrement dit, nous aidera-t-il à mieux vendre nos ouvrages ? Désormais, les guides sont entrés dans l’ère du marketing pur. Une logique de très mauvais goût et suicidaire.

Pourquoi une telle dérive ? C’est simple : parce que les chefs ont plus d’impact que la seule parole des journalistes et autres influenceurs en culotte courte. Le choix de Jean Sulpice en « Cuisinier de l’année » par le Gault & Millau, et celui de Marc Veyrat par le Michelin incarnent parfaitement ce dévoiement. Objectivement, ni l’un ni l’autre ne méritait cette année cette distinction. Du côté de Talloires, le chef tout fraichement descendu de Val Thorens n’était pas encore en place, loin de là même. Plus haut, à Manigod le talent et le charisme incontestables de Marc Veyrat ne valaient pas pour autant une troisième étoile. Mais qu’importe pour des guides qui vont mal d’un point de vue économique, il leur faut trouver des locomotives médiatiques pour enrayer leur ralentissement et redorer leur blason. En douze ans, le guide Michelin a connu une baisse historique de presque 60% de ses ventes et dépasse à peine les 50 000 exemplaires vendus en 2017. Quant au « jaune », c’est dix fois moins : autour de 5200 exemplaires. Faible, très faible même.

Des locomotives médiatiques donc. Il est jeune, beau, sportif de haut niveau, il aime parler. Son adresse sur les rives du Lac d’Annecy est exceptionnelle, riche d’une longue histoire culinaire. Il a tout pour lui pour porter l’image d’un guide qui cherche à remonter la pente. Lui, c’est Jean Sulpice. Pour Côme de Cherisey, patron du Gault&Millau, c’est le candidat parfait. Comme lui, le chef de l’Auberge du Père Bise a osé prendre des risques (investissement autour de 12 millions d’euros selon nos informations) et cherche à se différencier dans un univers très concurrentiel. Pour le boss du jaune, c’est de l’or en barre. Sauf qu’il aurait mieux fallu mettre Jean Sulpice dans la case de « l’entrepreneur de l’année ». Pour Marc Veyrat et le « rouge », la donne est sensiblement différente. Ici règne la complexité d’une relation longue comme le bras, avec ses petites et grandes histoires, les menaces et les espoirs. L’homme au chapeau sait faire du trois étoiles bien sûr puisqu’il a déjà connu les honneurs du Graal Michelin sur les rives du lac d’Annecy et à Megève. Mais, surtout, avec lui, le spectacle est aussi garanti. Animateur d’une émission à la télévision, mais aussi présent à Paris (Rural), bientôt à Lyon mais également sur les aires des autoroutes françaises, choisir Veyrat c’est, par-delà s’éviter l’ire du maitre, garantir au Michelin une pluie de retombées médiatiques. Et notamment à l’étranger ! Marc Veyrat est connu à l’étranger et l’objectif du Bibendum est de se développer à l’étranger. Pour cela, il lui fallait un ambassadeur qui aime voyager. C’est le cas de Marc Veyrat qui était, il y a peu, en Corée et en Russie. Se vendre pour vendre, une logique bien étrange pour les deux guides français de référence. En faisant ce choix de privilégier la puissance médiatique au détriment de la réalité de l’assiette, le Michelin et le Gault&Millau ne respectent plus le contrat de confiance signé avec le lecteur.

 

[divider]Pour ne rien rater du Michelin France 2018[/divider]

[divider]Auteur[/divider]

Rédaction Atabula

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« Si on avait ébauché le sujet en montrant qu’ils pouvaient être à l’origine de produits qui allaient améliorer la santé humaine, les gens auraient compris l’intérêt des OGM ! La génétique moderne et notamment le Crispr-Cas permettent d’effectuer des changements ciblés sur des gènes. Certains gènes de la tomate sont par exemple très bénéfiques pour augmenter le taux d’antioxydants dans le fruit, mais ils ne sont pas exprimés, car la plante n’en a pas besoin. On peut maintenant réveiller ces gènes, dans une optique de bienfaits de santé pour les humains. Il faut prendre le meilleur de l’agriculture traditionnelle et biologique et le meilleur de la science moderne, sans rien exclure. »

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