Saint-Valentin : pire soirée de l’année pour les restaurateurs ?

Le 14 février, les amoureux se rendent au restaurant pour profiter d’un dîner d’exception. Restaurant souvent rempli mais ambiance parfois morbide, la Saint-Valentin est rarement un service comme les...

Le 14 février, les amoureux se rendent au restaurant pour profiter d’un dîner d’exception. Restaurant souvent rempli mais ambiance parfois morbide, la Saint-Valentin est rarement un service comme les autres. Comment est vécu ce service du côté des restaurateurs ? Témoignages.


« La soirée de Saint-Valentin est une soirée particulière. Ce ne sont jamais les couples les plus heureux et passionnés qui viennent au restaurant ». Voilà qui plante le décor. Cette phrase, confiée par un acteur de la gastronomie qui travaille dans un restaurant triplement étoilé, évoque une triste réalité. Attendu chaque année avec impatience – ou pas – par les amoureux, le 14 février est loin d’être la soirée préférée des chefs et personnel de salle. Si nombreux sont les établissements à avoir choisi de mettre en place un menu spécial, d’autres ont fait le choix de faire l’impasse sur cette date particulière. « Quand vous vous trouvez dans un établissement qui n’est pas propice à la détente et au romantisme, ça ne sert à rien de se casser la tête » explique Patrick Druart, chef du restaurant Le 18-82, au sein du Golf de la Boulie à Versailles.

« Si l’amour rend aveugle, la Saint-Valentin au restaurant rend muet »

Ce n’est pas parce que la Saint-Valentin est LA fête des amoureux par excellence que les célibataires sont en reste. Depuis quelques années, ils sont nombreux à profiter de cette soirée pour sortir au restaurant et prendre le contrepied de cette date. « Les groupes d’amis viennent dîner au restaurant pour vivre une expérience différente » confie Akrame Benallal, chef du restaurant éponyme à Paris. « On ne propose pas de menu spécial à cette date, mais davantage de choses à partager dans un esprit décontracté ». Un constat également partagé par Rudy Guénaire, patron des restaurants Paris New York. « Bizarrement, c’est toujours l’un de nos plus gros services de l’année alors qu’on est l’anti-restaurant de Saint-Valentin par excellence. Chaque année, on est étonnés de voir des couples venir chez nous. Je pense qu’ils ne se retrouvent pas dans cette fête qui est marketing avant tout. On a aussi beaucoup de groupes d’amis qui viennent faire une soirée « sans » Valentin. C’est une manière de consommer la chose au second degré. » Ce second degré, heureusement qu’il existe face aux longues rangées de tables de deux couverts souvent… silencieuses. « Si l’amour rend aveugle, la Saint-Valentin au restaurant rend muet » s’amuse un professionnel de la salle qui ne compte plus ses services « à part » le soir de la fête des amoureux.

Alors, pour améliorer l’ambiance, faut-il concocter un truc spécial pour les amoureux attablés ? « A la Saint-Valentin, les restaurants proposent souvent des menus à rallonge un peu onéreux, avec de beaux produits mais ce n’est pas forcément ce que les couples recherchent » confie ainsi un chef qui préfère également rester anonyme. Pierre Lamour, chef pâtissier de La Table Cinq à Marseille, profite de cette date particulière pour mettre son nom de famille en avant. « C’est le seul jour de l’année où je me permets de renommer le dessert en mon nom, tout en ne donnant aucun détail sur sa composition. » Le secret d’un bon dessert de Saint-Valentin ? « Le juste équilibre entre saisonnalité et gourmandise. Quand je vois des restaurants proposer de la fraise ou de la framboise pour le côté rouge passion, ça m’attriste. » Sa solution : du chocolat blanc qu’il associe aux fruits exotiques et à une pointe de gingembre pour relever l’ensemble. Faut bien relever le niveau quelque part…

La Saint-Valentin se résume finalement à un service pas comme les autres

Si le 14 février n’est pas forcément attendu par les professionnels de la gastronomie, il arrive que cette date soit source de situations cocasses. « A l’époque où je travaillais au Prince de Galles, on avait créé un menu « pour lui / pour elle ». Les plats étaient déclinés de deux manières. La Saint-Jacques était ainsi snackée pour monsieur et travaillée en tartare avec de l’huile vanillée pour madame. Le menu physique posé sur la table était également décliné de deux façons. Grâce à un système de calques, le client voyait comment les produits allaient être travaillés » explique ainsi Charles Divay, directeur de salle du restaurant Le Cinq, au sein du Four Seasons Hotel George V à Paris. « Ce soir-là, un couple d’hommes est arrivé. Il a fallu tout reprendre et réimprimer le menu à la dernière minute pour ne pas vexer l’une des deux parties. On s’est retrouvés devant le fait accompli : c’était la course, mais on a réussi ». Pierre Lamour se souvient quant à lui d’un monsieur qui avait tenu à personnaliser son repas de Saint-Valentin. « Il était venu avant le service pour personnaliser sa table. Il avait apporté des pétales de roses et des objets pour apporter sa touche personnelle. Il rayonnait d’amour, c’était vraiment mignon ». Inversement, un directeur de restaurant racontait cette terrible anecdote d’un homme qui avait fait le choix de faire sa demande en mariage le soir de la Saint-Valentin dans un grand restaurant parisien. La femme a mal pris la chose, quittant avec fracas la table. L’homme a terminé son diner seul, sous le regard mi-amusé, mi-atterré des autres convives. Pour les professionnels de la restauration, la Saint-Valentin se résume finalement à un service pas comme les autres, riche en anecdotes, rarement pour le meilleur, souvent pour le pire.

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[divider]Auteurs[/divider]

Laura Meyers / © Nomad_Soul

 

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