Michel Tolmer : le trait divin

Il aime les étiquettes. Lui, l’amoureux du dessin d’humour et de la caricature, époque Gotlib et Brétécher, a largement contribué à rendre la bouteille de vin attractive. Avec son trait, ses formes et ses couleurs, Michel Tolmer a redessiné le rôle et l’importance de ce petit bout de papier collé à la bouteille qui doit en dire bien plus que les seules mentions obligatoires. Portrait d’un artiste discret et attachant.


L’homme est un discret qui a le vin pour sujet et le dessin pour langage. Célèbre inconnu, bu et approuvé par tous ceux qui le connaissent, Michel Tolmer croque le vin. À coup de traits fins mais riches de sens, son travail se décline sur les bouteilles des Breton (Catherine et Pierre), de Thierry  Germain, d’Anselme Selosse et de beaucoup d’autres. Petit-fils et fils d’illustrateur, l’homme est tombé dedans jeune. Diplôme de l’École supérieure d’arts graphiques, millésime 1982, en poche, il débarque sur le marché du travail à une époque où la communication visuelle explose. Du pain béni pour ce passionné des dessins de Gotlib et Brétécher qui sévissent au magazine Pilote. « J’aimais beaucoup la caricature, le dessin d’humour. J’adulais Sempé passionnément. À 14 ans, j’ai même créé un faux album de lui » rigole-t-il.  L’arrivée du vin dans la vie de Michel Tolmer arrive tôt.

Car son appétence pour le détournement le conduit à se faire lui-même « détourner » (parfaitement consenti !) par ses professeurs qui l’emmènent picoler au troquet du coin entre deux cours. « Déjà jeune, je ne refusais pas un verre de vin. Un jour, au lieu du traditionnel petit côte-du-rhône, un type ouvre une bouteille de Médoc. Là, je me dis que le vin peut être merveilleux. Aujourd’hui, cette bouteille ne m’intéresserait pas mais à l’époque, c’est une première révélation. » Achat d’un premier livre sur le vin, rencontre avec un caviste et premières sorties au Café de la Nouvelle Mairie (Paris 5e arr.), haut lieu du « vrai » vin, tendance « nature » et « sain ». Là, les rencontres s’enchainent autour d’une passion commune. Encore néophyte, il n’a que 23-24 ans, Michel Tolmer rencontre le tenancier, Bernard Pontonnier, mais également une bande d’agités qui débroussaillent le terrain du vin nature. Mais de toutes les rencontres, c’est celle avec Pierre Breton qui aura le plus d’importance. Le vigneron lui demande de dessiner une étiquette. Ce sera la fameuse « Épaulé Jeté » qui, depuis, est devenue une affiche iconique et totémique du vin nature.

Michel Tolmer a définitivement trouvé sa voie. « Grâce à Pierre Breton et d’autres, je comprends que cette nouvelle viticulture a besoin de communiquer de façon non conventionnelle pour valoriser sa production. Dans un monde saturé d’images, il faut en créer de nouvelles qui échappent à la reproduction classique du joli château sur l’étiquette. » Refléter l’âme du vin sur ce petit bout de papier, voilà la nouvelle mission du dessinateur Tolmer. Adulateur des affichistes Savignac, Loupot ou Cassandre, il travaille l’étiquette comme l’affiche : « Même si les formats sont différents, les deux supports reposent sur la même logique : un minimum de signe, de la fantaisie et un message à faire passer. » Pour cela, il n’y a pas que le dessin. « J’ai eu une formation polyvalente qui me permet d’aller au-delà du seul dessin. Cela peut être un travail sur la typographie, la photographie ou la mise en page. Je ne cherche pas à recourir à chaque fois au dessin ; il y aurait un risque de lasser. » Lasser, Michel Tolmer ne veut surtout pas, lui qui voit la liste de ses clients s’agrandir de plus en plus, et donc ses étiquettes représentées de plus en plus souvent sur les réseaux sociaux. D’ailleurs, l’homme ne pousse pas à la consommation. Le marketing, très peu pour lui. « À une époque où l’on zappe sans arrêt, où tout est en mouvement, c’est bien de voir des étiquettes de vin qui ne bougent pas. Qu’elles soient ringardes ou traditionnelles, c’est aussi agréable de les retrouver chaque année. »

Et, au fait, à quoi ça sert une belle étiquette sur une bouteille ? « L’étiquette, c’est un préliminaire au plaisir du vin. Parfois, certaines personnes me disent que je leur ai fait aimer le vin avant même qu’ils ne le goûtent. » Subtile paradoxe de l’exercice pour Michel Tolmer : dessiner une étiquette pour un vin qu’il n’a pas lui-même goûté. « Cela arrive bien sûr. Mais j’apprends à connaître les vignerons pour lesquels je travaille. » Si le dessinateur n’a pas toujours un petit carnet dans sa poche, l'homme, lui, a toujours de quoi noter sur un petit carnet. « J’essaie d’accumuler des mots et des idées, je regroupe, je dégroupe, j’assemble et je laisse infuser les idées. » A chaque fois, l’objectif est le même : « Je veux simplement embellir la vie et donner un petit peu de plaisir et d’émotion avec mes étiquettes » explique-t-il, tout en vraie modestie. Son trait, souvent épuré, sert à merveille le propos du vin. Un trait divin.

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Michel Tolmer collabore notamment au site Glougueule et à la revue 12°5

Auteur

Franck Pinay-Rabaroust / © Eric Fénot - 180°C

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