Gil Galasso (MOF Maître d’hôtel et arts de la table) : « On voit apparaître des comportements qui nuisent à l’image du titre de MOF »

Alors même que le conflit est patent entre certains MOF et le Comité d’organisation des expositions du travail (COET), organisatrice du concours, le MOF Gil Galasso rappelle que, si certaines personnes dévoient le concours, le titre de MOF ne doit à aucun prix rompre avec son historique rigueur.

________

Atabula – Que vous inspire le conflit ouvert entre certains MOF et le COET ?

Gil Galasso – Je n’ai pas à donner un avis personnel sur ce conflit, car je me concentre sur la classe Maître d’hôtel. En ce qui me concerne donc, il y a 15 ans, lorsque j’ai passé le MOF moi-même (2003) il s’agissait d’une démarche personnelle pour se confronter à l’excellence, une quête du graal, sans intérêt autre que le dépassement de soi. Aujourd’hui certaines personnes s’inscrivent pour d’autres raisons, pour booster leur carrière par exemple. On sait que certains groupes étrangers ou français exigent un niveau MOF pour embaucher un professionnel. Alors on voit apparaître des comportements qui nuisent à l’image du titre de MOF et de notre profession des métiers de la salle. Laquelle ne doit pas accepter de tomber dans cette médiocrité intellectuelle si elle veut conserver sur le plan international la place qui est la sienne, et pour continuer à participer activement à la promotion de la gastronomie française au côté des chefs.

Dans les métiers de la restauration – cuisine ou en salle -, le titre de MOF est très recherché. Est-ce que cela peut conduire à certaines déviances éloignées de l’esprit du diplôme ?

Malheureusement oui… Les comportements déviants sont par exemple des personnes qui se font prendre en photo avec des rubans bleu blanc rouge alors qu’ils savent pertinemment que c’est réservé aux MOF, ou pire, des personnes qui placent un titre qu’ils n’ont jamais passé sur leur CV. Il faut revenir à des comportements honnêtes. Un concours, ça se passe, un titre ça se gagne ! Cela ne doit pas être le fait du prince d’une décision d’une pseudo association, qui décide de créer des titres ronflants sans aucune crédibilité, et qu’on s’empresse de porter au lieu de s’inscrire à des concours et les gagner, contre d’autres candidats. Cette pseudo réussite facile est néfaste à toute la profession, car elle la déstabilise. Sur le terrain, les jeunes ne font plus la différence entre un professionnel sérieux et un parvenu, à l’image de la téléréalité qui gangrène notre profession.

Concrètement, que faut-il faire selon vous pour éviter que le titre de MOF ne se dégrade dans les années à venir ?

Si on devait illustrer ce qu’est le MOF par une image, on pourrait choisir celle d’un temple, d’un sanctuaire pour chacune des professions. Mais dans ce temple, il n’y a que les piliers qui sont très anciens et inaltérables, ce sont les bases d’une profession, comme le guide culinaire pour les cuisiniers. Les murs du temple sont déconstruits après chaque session, et reconstruit au moment du lancement de chaque nouveau concours, ils sont constitués de la maîtrise d’une profession telle qu’elle est au moment du concours, et les professions évoluent sans cesse. Le MOF n’est pas passéiste. Par exemple, pour les maîtres d’hôtels, les épreuves qualificatives du concours étaient axées sur la réactivité du maître d’hôtel auprès des clients cette année à Biarritz, mais il fallait aussi montrer sa maîtrise d’une découpe de notre patrimoine professionnel (la dorade). Je crois que notre président, Gérard Louis Canfailla, fait tout pour que le concours évolue et que sa valeur ne se dégrade pas. Le MOF est un concours qui est contrôlé par des inspecteurs, le COET, et c’est très bien ainsi. Nous savons tous que certains concours sont opaques, et que les gagnants ne sont pas toujours les meilleurs candidats ; dans combien de concours les notes sont données avec des remarques ? Cela devrait être toujours le cas. Lorsque j’ai organisé les épreuves cette année, des inspecteurs vérifiaient les rotations des candidats, le système de notation, l’anonymat des candidats, c’est normal et en rien ils n’ont dérangé le déroulement des épreuves. Pour ma part en tant qu’organisateur j’ai appris le sujet le jour même pour ne pas qu’on puisse dire qu’il y avait des fuites. C’est en continuant à miser sur la rigueur de ce concours qu’il perdurera car les lauréats savent que leur médaille à une valeur qui ne peut être contestée.

Info Plus → Avec son mouvement intitulé « 100 MOF en colère ! », Christian Janier, Meilleur ouvrier de France (MOF), maître-fromager à Lyon et président des MOF Fromagers, a lancé un énorme pavé dans la chaude mare du concours des meilleurs ouvriers de France. Dans le viseur : le Comité d’organisation des expositions du travail (COET), organisatrice du concours, qui rabaisserait volontairement le titre. Mensonges pour les uns, menaces et terreur pour les autres, la crise ouverte pourrait laisser des traces et remettre en cause un concours presque centenaire / Lire l’article

________

Sur le même sujet → Le torchon brûle autour du titre de Meilleur Ouvrier de France / « Tout le monde peut aspirer à devenir Meilleur Ouvrier de France » Pascal Caffet, nouveau président des MOF Pâtissiers Confiseurs

________

Auteur → Propos recueillis par la rédaction Atabula / © Lisa Klein Michel

[siteorigin_widget class= »SiteOrigin_Widget_Headline_Widget »][/siteorigin_widget]
[siteorigin_widget class= »Recent_Posts_Widget_With_Thumbnails »][/siteorigin_widget]
[siteorigin_widget class= »SiteOrigin_Widget_Headline_Widget »][/siteorigin_widget]
[siteorigin_widget class= »Recent_Posts_Widget_With_Thumbnails »][/siteorigin_widget]
[siteorigin_widget class= »SiteOrigin_Widget_Headline_Widget »][/siteorigin_widget]
[siteorigin_widget class= »Recent_Posts_Widget_With_Thumbnails »][/siteorigin_widget]
[siteorigin_widget class= »SiteOrigin_Widget_Headline_Widget »][/siteorigin_widget]
[siteorigin_widget class= »Recent_Posts_Widget_With_Thumbnails »][/siteorigin_widget]
Atabula 2020 - contact@atabula.com
Haut de page