Lutte contre les risques de l’alcool en France : la guerre est déclarée entre pro et anti

Y a de l'eau dans le gaz ! Entre Vin & Société et l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), les divergences font partie de leur quotidien...

Y a de l'eau dans le gaz ! Entre Vin & Société et l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), les divergences font partie de leur quotidien mais là, les 10 propositions de cette dernière n'ont pas du tout été appréciées par l'organisation Vin & Société qui revendique "représenter les 500 000 acteurs de la vigne et du vin". 

Dans un communiqué de presse diffusé mercredi 18 avril, le président de Vin & Société, Joël Forgeau, s’oppose aux mesures proposées par l'Anpaa. « Certains addictologues et des associations sanitaires viennent de mettre en avant dix mesures coercitives stigmatisant la simple consommation de boissons alcoolisées » estime Joël Forgeau. Qui ajoute qu’il s’agit d’une « véritable croisade engagée contre le vin ». Et notre homme d'ajouter que "l'idéologie qui inspire ces mesures (cf ci-dessous) doit nous interroger. Dans les pays d'Europe du Nord, ayant mis en place des politiques de restriction de l'accès à l'alcool et des prix élevés, le taux d'alcoolodépendants est très élevé, comme le relève l'Organisation mondiale de la Santé. En revanche, les pays producteurs de vin d'Europe du Sud, comme l'Italie, ont une politique de prévention de mise en avant du patrimoine, du partage, avec un taux d'alcoolodépendants beaucoup plus faible."

Pour l'Anpaa, le son de cloche est totalement différent, avec un arrière-goût violent, voire complotiste. Extrait de leur communiqué de presse : "Nous devons tenir compte de la consommation d’alcool en France, une des plus élevée au monde, de la méconnaissance voire du déni des risques encourus, de la désinformation soigneusement organisée par la filière alcool, de la nécessité d’agir à la fois sur la consommation de l’ensemble des consommateurs (sachant que les consommateurs réguliers consomment en moyenne 5 verres par jour !) et sur celles ciblées par les industriels de l’alcool (les jeunes, les personnes en situation de précarité, les femmes). Sur ce paysage, se greffe la puissance de lobbying d’une industrie qui infiltre tous les niveaux de la société (le sport, la culture, les milieux scientifiques, le Parlement et jusqu’au plus haut niveau de l’Etat)." Et de rappeler que, chaque année, il y a en France quelque 49 000 morts à cause de l'alcool, dont 15 000 cancers, et que 40% des violences familiales et conjugales et 30% des viols sont la résultante d'une consommation d'alcool.

L'alcool, mère de tous les vices ? Oui pour l'Anpaa, non pour Vin & Société. Le débat ne fait que... continuer.

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Les 10 propositions de l'Anpaa

1. Indiquer sur les contenants la quantité en grammes d’alcool et de sucre, le nombre de calories de manière claire, lisible et contrastée.

2. Faire figurer sur les contenants et sur toute publicité pour une boisson alcoolisée un pictogramme clair, visible et contrasté marquant la contre-indication de toute consommation aux femmes enceintes.

3. Inscrire sur les contenants et sur toute publicité pour une boisson alcoolisée la mention "l’alcool est dangereux pour la santé" de manière claire, lisible et contrastée.

4. Interdire sur tout support toutes les mentions supplémentaires non légales du type "à consommer avec modération".

5. Interdire la publicité pour l’alcool conformément aux dispositions initiales de la loi Evin (interdiction de la publicité directe et indirecte dans les supports qui s’imposent à tous, forme réglementée sur tous les autres supports autorisés), et l’étendre au numérique (Internet, réseaux sociaux).

6. Diffuser les repères de consommation de l’avis d’experts de Santé publique France et de l’Inca[1] au travers de campagnes publiques multimédias et de tous les documents publics concernant l’alcool.

7. Taxer l’alcool proportionnellement au contenu en grammes d’alcool et définir un prix minimum de vente par unité d’alcool pour toutes formes d’alcool.

8. Mettre en œuvre et prendre en charge la prévention, le repérage précoce et l’intervention brève des consommateurs par les médecins, ainsi que le traitement des malades de l’alcool dans l’ensemble du système de soin.

9. Financer une recherche indépendante par la création d’un fonds alcool abondé par les taxes sur l’alcool et sur les bénéfices des industriels de l’alcool.

10. Publier un rapport parlementaire biennal évaluant la mise en œuvre et l’application de ces nouvelles mesures ainsi que l’application des textes existants dont les interdictions de la vente d’alcool aux mineurs, les "open bars" concernant tous les types de boissons alcoolisées, le sponsoring des soirées jeunes et toutes formes de parrainages sportifs et culturels… par des fabricants ou distributeurs de boissons alcoolisées.

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Auteur → Rédaction Atabula / © Photo by Hatim Belyamani - Roberta Sorge on Unsplash

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