Valérie Le Guern Gilbert (Mauviel) : « Quand les chefs viennent voir tous nos produits, ils sont comme des enfants dans un magasin de jouets »

Et Mauviel fit le bon choix. En 2013, la situation de la société normande n’était pas aussi limpide qu’aujourd’hui. La casserole ? Pour de nombreux chefs, qu’elle vienne de Villedieu-les-Poêles...

Et Mauviel fit le bon choix. En 2013, la situation de la société normande n’était pas aussi limpide qu’aujourd’hui. La casserole ? Pour de nombreux chefs, qu’elle vienne de Villedieu-les-Poêles ou de Chine, elle conserve la même fonctionnalité. Alors pourquoi payer plus cher un produit français ? Tel est le dilemme pour Valérie Le Guern Gilbert, présidente de Mauviel, arrivée dans la société en 2006, qui hésite alors entre deux choix littéralement opposés : évacuer la production à l’étranger et se contenter d’être un simple revendeur aux tarifs concurrentiels, soit maintenir la qualité française et faire comprendre qu’il y a casserole et casserole. À cette époque, elle le reconnaît sans sourciller : « Les chefs, je ne les connais pas, je ne sais pas qui ils sont. » Cela ne l’empêche pas de renifler la tendance : le retour du produit, le bon, le vrai. Et de sentir également qu’une frange importante des chefs n’est pas si insensible que cela aux ustensiles de cuisine. Si les grandes maisons – à l’instar du groupe Ducasse – répondent présents depuis longtemps, la nouvelle génération lorgne la belle came de Mauviel. « D’une certaine façon, ce sont les chefs issus du monde de la bistronomie, qui partent sourcer leurs produits sur le terrain, qui ont permis à Mauviel de se renouveler et de se réinventer. »

Valérie Le Guern Gilbert

Les premiers à commander des plats qui peuvent être déposés sur la table ? Deux noms de jeunes entrepreneurs désormais connus de tous : Victor Lugger et Tigrane Seydoux, alors installés à Avignon et qui, depuis, ont créé un petit empire qui répond au nom de Big Mamma. Comme quoi, les deux restaurateurs ont le sens de la tendance… En 2013, Mauviel a donc choisi : la qualité. Et la pédagogie. « Nous sommes comme un producteur de viande ou de légumes, il faut expliquer le pourquoi du comment de nos outils de cuisson. Dans une casserole, tout compte : le diamètre et la hauteur ne sont pas le fruit du hasard, c’est très précis. Idem pour les matériaux qui jouent directement sur la qualité de la cuisson » explique Valérie Le Guern Gilbert. Mauviel veut faire passer les messages : une première présence au salon Maison et Objet, un partenariat noué avec le guide Gault & Millau dès 1993, et le mouvement est lancé. Avec le temps, les gammes changent, se développent, deviennent également plus abordables pour séduire au-delà du pré carré. « Faire plus abordable, ce n’est pas renier sur la qualité assure Valérie Le Guern Gilbert. C’est comme lorsque l’on achète une voiture BMW. En fonction de la série, vous allez avoir des options différentes, mais l’ADN de la marque demeure ». Pour beaucoup de professionnels, Mauviel semble inabordable, un rêve presque inaccessible. « Je combats cela bien évidemment assène la présidence de Mauviel. Être élitiste, c’est bien, mais pas trop. Il y a quelques années, un acheteur américain compare ses casseroles Mauviel à des diamants. L’image est séduisante mais le problème, c’est que l’on ne sort pas ses diamants tous les jours, ses casseroles si ! » Autre cheval de bataille de la maison Mauviel : pas de muséal. Du traditionnel, oui ; de la pièce qui se regarde mais qui ne sert pas, non.

in situ1830  → Lundi 25 juin a eu lieu l'inauguration de in situ1830 : un nouvel espace de présentation des gammes Mauviel 1830 et un véritable lieu de vie culinaire où il sera possible de cuisiner aux côtés du chef de la marque ou de chefs invités. Ateliers culinaires, mais également visites de l'usine seront au programme pour une nouvelle expérience de la marque française Mauviel 1830.

Si Mauviel a fait le choix de la qualité, la maison conserve toujours une double production, l’artisanale à dimension industrielle d’un côté, le sur-mesure de l’autre. Ah le sur-mesure, les chefs en raffolent. Le premier à avoir demandé cela, c’est l’incontournable Akrame Benallal qui a voulu une gamme entièrement noire. Quand Gérald Passédat, chef triplement étoilé du Petit Nice à Marseille, a vu cela, il voulait lui aussi sa propre batterie. Et ainsi de suite. Aujourd’hui, le sur-mesure constitue une opération gagnant-gagnant : pour le chef, c’est la garantie d’avoir un objet identitaire ; pour la marque, c’est un moyen judicieux d’associer le savoir-faire et le nom d’un grand chef à sa marque. Mais attention à ne surtout pas tomber dans le sur-mesure à outrance. « Ce serait comme avancer sur une jambe rigole Valérie Le Guern Gilbert. Il faut quand même bien comprendre que lorsque les chefs viennent voir tous nos produits, ils sont comme des enfants dans un magasin de jouets. Alors quand, en plus, on leur dit que nous faisons du sur-mesure… » Et, en parlant de magasin, Mauviel vient tout juste d’ouvrir in situ1830, un immense atelier culinaire dans lequel la marque normande souhaite créer un lieu de vie culinaire singulier, entre le sérieux du laboratoire de tendances culinaires et l’indispensable transmission des savoir-faire, et la légèreté d’un espace de dégustations et de rencontres. Les (grands) enfants sont les bienvenus, Valérie Le Guern Gilbert les attend. Mauviel a fait les bons choix. Les chefs aussi.

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Auteur → Rédaction Atabula / © D Delmas

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