Alain Ducasse, le début de la fin ?

Il n’aime pas ça, mais alors pas du tout. Certes, perdre fait partie du jeu, il le sait parfaitement, lui qui se positionne sur tous les projets ou presque...

Il n’aime pas ça, mais alors pas du tout. Certes, perdre fait partie du jeu, il le sait parfaitement, lui qui se positionne sur tous les projets ou presque à Paris, en France ou à l’étranger. Mais là, c’est différent. Car la défaite est publique, médiatique, frontale. Humiliante. Il avait beau raconter dans le Tout-Paris qu’il savait la bataille perdue depuis plusieurs semaines – histoire de diluer la puissance de l’annonce ? –, Alain Ducasse considère son éviction de la Tour Eiffel comme un camouflet. Pour un homme de sa trempe, il n’y a pas d’offense sans réaction. Celle-ci sera judiciaire si l’on en croit un article du Parisien qui annonce que le Monégasque veut déposer un référé auprès du tribunal administratif. Bluff ? Coup de pression ? En réalité, la décision de la Société d’exploitation de la Tour Eiffel (Sete) doit être avalisée par la Mairie de Paris dans les trois semaines à venir. Si celle-ci a dit qu’elle n’irait pas contre la décision de la Sete, la menace d’une judiciarisation de l’affaire pourrait ouvrir de nouveaux champs de négociations. Il ne faut pas oublier que derrière la Tour Eiffel se cachent des intérêts économiques et… politiques : en taclant Ducasse, Anne Hidalgo tacle un « ami » d’Emmanuel Macron. À force de faire de la politique politicienne, Alain Ducasse est en train de payer l’addition.

Alain Ducasse peut rapidement apparaître comme un looser au palais. Or Emmanuel Macron, comme tous les politiques, aime les vainqueurs

L’addition, justement, commence à devenir salée pour le Monégasque. Bye bye la Tour Eiffel, bonjour les articles qui creusent le système Ducasse et les problèmes en tout genre. Récemment, Médiapart a mis en avant sa « cuisine fiscale » et ses accointances limites avec le président Macron. Il y a quelques mois, et comme le rappelle Médiapart, Atabula avait pointé du doigt les liens entre certains conseillers du président et le chef cuisinier. Tout ce raffut fatigue et énerve. Déjà du temps de François Hollande et Laurent Fabius, Alain Ducasse en avait trop fait, jusqu’à être évincé du fameux repas de la COP21 (auquel avait participé…. Frédéric Anton !). Aujourd’hui, il cherche à surfer sur une vague de plus en plus ténue. Car il a beau avoir ses réseaux et ses entrées à l’Élysée, Alain Ducasse peut rapidement apparaître comme un looser au palais. Or Emmanuel Macron, comme tous les politiques, aime les vainqueurs. Et il ne faudra pas compter sur le chef des cuisines de l’Élysée, Guillaume Gomez, pour redorer le blason du Monégasque.

« Dans quatre ou cinq ans, il se retirera » assure un fin connaisseur du chef

Contesté à l’extérieur, Alain Ducasse l’est aussi au sein même de son groupe. Il y a quelques semaines, il a perdu Nicolas Berger, le très talentueux chocolatier du groupe (il dirigeait la Manufacture Alain Ducasse) qui estimait que le développement de la Manufacture ne permettait plus de maintenir la qualité du produit. Un comble pour le chantre de la naturalité et du goût… Très prochainement, il se peut que quelques cadres dirigeants du groupe Ducasse Paris quittent le navire. Autre critique récurrente : l’homme aurait perdu son flair. Spoon 2 ? « Un échec » assure des proches. Quant au projet de Ducasse-sur-Seine (des repas servis sur des bateaux électriques sur la Seine), il fait grincer des dents. Vendre cinq plats avec un accord mets et vins à 500 euros, est-ce bien raisonnable ?  « Il est à la tête d’un système à bout de souffle » glisse l’un de ses anciens fidèles. Un autre le juge même très fatigué, usé par son propre système. « Dans quatre ou cinq ans, il se retirera » assure un fin connaisseur du chef.

Partout et nulle part à la fois, Alain Ducasse apparaît de plus en plus comme un grand enfant qui en veut toujours plus, ne sachant choisir entre tous les projets présentés. Il continue d’ouvrir de nouvelles affaires un petit peu partout sur la planète, de Dubaï à la Chine, en passant par les musées français ou étrangers. À force de faire le tour du monde en hors-sol, Alain Ducasse n’a pas seulement perdu la Tour Eiffel. Il est train de perdre pied. Le début de la fin ?

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Sur le même sujet → Grand perdant de la Tour Eiffel, Alain Ducasse compte porter la décision en justice / Alain Ducasse dans le viseur de Médiapart / Alain Ducasse perd la Tour Eiffel, Thierry Marx et Frédéric Anton en place dès septembre 2019 / Une table d’inspiration asiatique pour Alain Ducasse à Paris / Alain Ducasse vend sa filiale Les Collectionneurs

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Food's Who → Alain Ducasse / Guillaume Gomez

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Auteur → Franck Pinay-Rabaroust / © EZ

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